Je lis avec beaucoup d'intérêt les discussions qui portent sur la troisième chaise (initiées par le prof Noël). Je comprends le désir de chacun d'un espace cohésif qui permettrait une discussion plus ouverte que celles des carnets. Les carnets sont ouverts, mais on a qu'à suivre la piste de la 3e chaise pour voir que les idées sont très éparpillées dans les carnets des participants et que c'est difficile de suivre la progression de celles-ci.
Quand on parle de communauté d'enseignants en ligne, j'ai parfois l'impression qu'on veut mettre la charrue avant les boeufs pour reprendre l'expression populaire. De fait, combien d'initiatives de communauté d'enseignants en réseau parties de l'extérieur de la communauté réelle ont porté fruits ? À force de naviguer sur le Web dans le domaine des communautés, on s'aperçoit qu'il existe plusieurs communautés d'intérêts pour l'éducation, mais peu d'entre elles peuvent prétendre rejoindre les enseignants. Pourtant ceux-ci disent manquer de ressources quand on les rencontre sur le terrain.
Je me demande si on s'interroge réellement sur les «bons besoins» en ce qui concerne les enseignants, surtout dans la perspective d'accompagnement de plusieurs enseignants que nous vivons depuis bientôt 4 ans. Présentement, l'offre est probablement plus grosse que la demande, en ce sens, que les enseignants disposent de beaucoup d'outils (entre autres les portails), mais qu'ils ne savent toujours pas quoi en faire puisqu'ils n'ont pas développé encore de culture de réseau (et aussi parce que plusieurs outils sont là pour les enfermer dans leur propre réseau, mais c'est un autre sujet). Finalement, en bout de ligne, ce sont toujours les mêmes qui sont présents (autant les enseignants que les CP et animateurs RÉCIT). Je sais que les enseignants sont réputés pour travailler en vase clos et que la collaboration n'est pas encore la meilleure solution pour eux pour réussir leur année scolaire. Donc, quel besoin aurait-il d'avoir une telle communauté à leur disposition ? Une communauté doit nous permettre, entre autres, de s'épanouir et souvent de trouver des solutions aux problèmes que nous rencontrons réellement.
Ce qui m'interpelle le plus dans tout ça, c'est que je trouve que l'effet de diffusion de l'innovation de Rogers (1995) selon sa courbe d'utilisateurs de l'innovation est vraiment encore à mes yeux très en retard en éducation. Et si nos initiatives en développement d'une culture de réseau n'avaient pas réellement un effet domino chez les enseignants ? Comment créer du sens pour que la culture de réseau ait un sens finalement ?
Envoyé par christine at août 23, 2005 12:44 PMVous soulevez un bon point.
Dans le rapport du CEFRIO on mentionne : " [...]à la lumières des traveaux consultés, ce sont cependant les vidéos et autres matériels visuels, les plans de cours avec compposantes intéractives et les leçons clefs en mains, qui sont, entre tous, les plus demandés.[..]"
Lorsque nous nous serons aperu qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, peut-être développerons nous une nécéssité de collaborer et de partager (espérons le).
Et je tien également à vous dire que les petites communautés fermées qui se forment un peu partout me préoccupent moi aussi, grandement.
Envoyé par: Éric Noël at août 23, 2005 02:36 PMÉric, effectivement, j'ai été très surprise moi aussi de ce constat du CEFRIO étant donné mon travail avec 13 commissions scolaires dans lesquelles oeuvrent des enseignants qui font des demandes en ce sens, mais qui en même temps n'utilisent pas ces ressources dans leur pédagogie. (D'ailleurs, je connais peu d'enseignants qui utilisent les leçons clé en main...)
Je me questionne sur la portée des besoins identifiés très souvent dans ces questionnaires puisque même quand les enseignants ont du soutien (adapté à leur besoin ou non), il est parfois inutilisé. Est-ce qu'à l'instar de d'autres groupes les enseignants cibleraient des besoins qui ne sont pas réellement pour eux ? Je sais que dans un cours à la maîtrise on avait beaucoup étudié cette question en précisant que la nature des questions avaient très souvent une grande influence sur la réponse, mais que celle-ci ne traduisait pas la réalité.
Envoyé par: Christine Hamel at août 23, 2005 03:18 PMCe que les gens recherchent, je crois, ce ne sont pas les activités cannées en tant que tel, mais les idées qu'elles peuvent leur apporter dans l'élaboration de leurs propres activités, dans leur propre contexte. C'est probablement une raison qui fait en sorte que la consultation de sites Web demeure une activité répandue lors de la préparation des cours. En tout cas, c'est de cette façon que j'interprète les résultats du Cefrio.
Bien sur, le potentiel qu'on voit au réseautage, c'est la possibilité d'approfondir et d'enrichir les idées au contact des autres. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres car les retombées de ce genre de démarche ne sont pas nécessairement évidentes à percevoir et, comme vous le savez bien, ce qui est quantifiable/mesurable à court terme prend souvent le haut du pavé sur le reste.
Par ailleurs, l'immédiateté des besoins peut réduire l'intéret porté aux dynamiques communautaires dans la mesure où les échanges qui ont lieu sont tels l'eau d'une rivière: elles coulent sans s'arreter, donnant ainsi l'impression que la boucle ne se referme jamais. Or, les gens sont généralement conditionnés par la réalisation de taches précises en raison notamment des balises temporelles imposées par les horaires. J'imagine que ça dicte en partie leurs activités sur le Web.
Que faire pour briser ce moule? La question demeure entière. Devrions-nous peut-etre d'abord nous demander si les gens ont envie de le briser... Après tout, n'est-il pas admis que nous faisons partie de sociétés qui sont de plus en plus individualistes?
Envoyé par: Stéphane Allaire (Ytsejamer) at août 23, 2005 05:21 PMJe vous trouve quand même un peu pessimistes. Il faut quand même constater que les progrès dans le développement de la culture de réseau sont manifestes depuis un an. Vraiment! Ok, les acteurs sont encore souvent les mêmes, mais la dynamique a vraiment profondément changés. Je trouve la chose très encourageante, et stimulante, même si j'aimerais toujours que ça aille encore un peu plus rapidement.
Je trouve par ailleurs toujours un peu dangeureux de poser des questions comme celle-ci:
« Devrions-nous peut-etre d'abord nous demander si les gens ont envie de le briser... »
parce que cela sous-entend que « les gens » forment un groupe homogène, Or, c'est rarement le cas. Je pense qu'il faut plutôt focuser sur l'objectif qu'on cherche à atteindre, dans le cadre d'une stratégie d'action particulière.
Est-ce qu'on tentera de convainre les gens de briser le moule?
Ou si on avancera avec ceux qui sont prêts, en espérant/planifiant une émulation à partir de leurs réalisation? (en supposant cela possible).
J'ai personnellement choisi la seconde option. J'en suis ravi et je suis plus convaincu que jamais de l'efficacité de la méthode.
Désolé pour le sophisme apparent de généralisation hative, je sous-entendais les gens qui sont davantage réfractaires plutot que l'ensemble de la population.
Moi aussi j'ai envie de travailler avec ceux qui ont le gout d'avancer mais, en meme temps, qu'advient-il du fossé qui se creuse? Tout le monde ne peut avancer en meme temps mais cet écart me préoccupe tout de meme...
Je suis un peu surprise. Que s'est-il passé depuis un an qui ait permis de faire avancer la culture de réseau dans les écoles plus que les autres années ? Je parais probablement encore plus pessimiste, mais je ne vois pas encore de grands changements ni de grandes demandes par rapport aux autres années. Je crois que les changements dont tu parles Clément, ne sont pas encore arrivés dans beaucoup d'écoles et que sans généraliser, nous avons encore beaucoup de pain sur la planche ! Moi aussi, je travaille avec ceux qui veulent avancer (et ceux qui ne veulent pas aussi), et je m'aperçois surtout que la majorité silencieuse a un impact important présentement. On s'arrête souvent à ceux qui veulent ou ne veulent pas, mais les autres, ils font quoi ?
Envoyé par: Christine Hamel at août 24, 2005 10:04 AMIl ne faut surtout pas jeter l'éponge maintenant. Ce serait non seulement abandonner les élèves à leur triste sort, mais également trahir les jeunes enseignants qui débutent dans le système scolaire qui, à défaut de compétences, ont une belle largesse d'esprit.
Tout comme Clément, je demeure optimiste, malgré ma rage contre la gabegie du système scolaire. L'optimisme, à mon avis, est une attitude essentielle quand on forme de jeunes esprits.
L'éducation, c'est bien connu, est toujours en retard sur la société. C'est encore plus flagrant en ce qui concerne les TIC. Mes observations me portent à croire qu'on se situe actuellement tout près du tipping point d'une courbe exponentielle de changement. Quand je vois les initiatives entreprises par certains enseignants, bien minoritaires, j'en conviens, il est rassurant de constater que certains enseignants se maintiennent à l'avant-scène du changement. Comme je viens de le dire dans un commentaire sur le blogue de l'AQUOPS, je crois que nous assistons actuellement à un clivage entre les enseignants technophiles et technophobes. Où cela nous mènera-t-il ? Je n'en sais trop rien. Chose certaine, cela ne mènera nulle part si nous ne soutenons pas la flamme.
Il est vrai que les maigres ressources financières ne facilitent pas les choses. Mais le propre des TIC est de stimuler la créativité. Si les enseignants croient que les TIC ne doivent que leur faciliter la tâche, la partie est perdue. Il faut plutôt leur faire valoir la satisfaction qu'on gagne à faire éclater les limites de ce qu'on croyait possible en tant qu'individu et professionnel.
Envoyé par: François Guité at août 24, 2005 05:35 PMCitation de François provenant du blogue de l'AQUOPS: «Ce qui est plus important de constater n'est pas tant le rythme de l'intégration comme le fossé entre les technophiles et les technophobes. Et précisons que les premiers sont beaucoup moins nombreux que ces derniers. Cela mènera tôt ou tard à un clivage néfaste pour le climat pédagogique dans les écoles.»
C'est un peu à ce genre de conséquences auxquelles je songeais quand je mentionnais que l'écart qui se creuse m'inquiète. Certes, il est bien dommage que l'éducation soit encore en retard, mais que peut-on faire pour ne pas ralentir les pionniers tout en ne creusant pas sans cesse l'écart? A-t-on le gout d'en arriver à un fossé semblable à celui qui existe entre les pays occidentaux et ceux de l'Afrique? Je dramatise mais je crois que la question n'est pas banale. Croit-on vraiment qu'en misant toutes nos billes sur les quelques-uns qui sont plus rapides, cela encouragera les plus lents à embarquer dans la danse? Une telle façon de procéder est intéressante dans la mesure où l'on désire mettre en lumière ce qu'un modèle a dans le ventre. Or, on ne pourra pas demeurer en mode «prototype» éternellement, mode où il n'y a qu'une minorité de gens qui sont impliqués. L'expansion devra s'accélérer car le fossé, lui, n'attend pas pour se creuser. Est-ce ce genre d'idéal de partage et de démocratie auquel nous aspirons? Une démocratie batie dans un monde qui est en quelque sorte parallèle de ce que vit la majorité? Bien sur que non!
Je sais que historiquement, les grandes innovations n'ont été adoptées que par une minorité de gens au départ. Or, dans le cas actuel, la situation me semble particulière en ce sens que l'évolution est exponentielle. On ne parle pas d'un guichet automatique dont les mises à jour se font aux 5-10 ans! J'espère que vous voyez juste quand vous parlez d'un tipping point imminent car j'ai tendance à croire qu'on pourrait atteindre un jour un point de non retour entre les avancés et les retardataires. Ce qu'il y a de particulier avec la société du savoir, c'est que, plus on y prend gout et plus on s'y investit, plus on dispose du potentiel pour aller de plus en plus loin. Quand on parle d'écart exponentiel...
Cela dit, mes excuses d'avoir mis quelques nuages dans votre paysage de la journée et pour mes propos quelque peu incohérents...
Envoyé par: Stéphane Allaire (Ytsejamer) at août 24, 2005 06:42 PMJ'aimerais préciser que le but de ce billet n'était pas un qui critiquait la lenteur de l'adoption chez les enseignants, bien au contraire. L'objet est vraiment de remettre en question les méthodes que nous utilisons afin de répondre à leurs besoins puisqu'ils en ont sûrement et malheureusement faire partie d'une communauté en réseau ne semble pas en être un pour l'instant.
Et tant mieux si on est près du fameux tipping point, j'ai probablement le nez trop «dedans» pour le voir venir. Mais pour l'instant, je cherche des solutions pour que l'écart soit moins important, mais aussi pour qu'au moment où mon fils entrera à l'école, il puisse évoluer dans un milieu qui ne sera pas si déconnecté de sa réalité. C'est utopique et idéaliste, je sais. Mais après tout, à 14 mois, il babille déjà avec sa marraine sur Skype, il aura probablement des attentes plus élevées que les miennes ;-)
Envoyé par: Christine Hamel at août 24, 2005 07:14 PM