J'en suis encore toute émue. Les deux dîners conférences ont su me charmer et attirer mon attention sur plusieurs phénomènes, j'en suis vraiment très satisfaite.
Tout d'abord, James Gee a su me transporter avec ses acétates et ses principes d'apprentissage qui sont présents dans les jeux vidéos. Faut dire que l'Homme n'arrête pas de me vanter les vertus des jeux vidéos pour son propre apprentissage et celui de son fils à venir. Paraît que c'est de là qu'il tient son instinct sur lequel je dois me fier en cas de cambriolage ou d'attaque dans son travail... Hum, pas certaine que je vais lui parler tout de suite de la conférence, je vais relire là-dessus pour voir quelles vertus peut avoir War Craft ;-) Toutefois, j'ai bien aimé comprendre une facette à laquelle je n'avais jamais réfléchi et qui concorde parfaitement avec un apprentissage actif : le fait que le joueur peut modifier et avoir un impact sur un univers. Je comprenais la facette du défi et de la résolution de problèmes, mais celle du co-design m'intéresse grandement. J'ai apprécié aussi la lucidité de Gee qui a mentionné qu'il y avait peu de chance qu'on se souvienne de son atelier à long terme. Toutefois, je crois que nous avons besoin de ce genre d'atelier pour allumer nos lanternes et nous pousser à aller plus loin.
En ce qui concerne Seymour Papert, Stéphane en a parlé abondamment dans un billet et je suis tout à fait en accord avec lui. Cet homme a su nous charmer et nous donner envie de changer le monde par son seul discours. Ce que j'ai préféré : quand il a mentionné que si nous ne changeons pas le système de l'éducation en préférant le statu quo, nous ne sommes pas seulement condamner à ne pas avoir de meilleurs apprentissages, nous sommes aussi condamner à décliner. Et ça je crois que ça confirme à quel point le système a besoin de changement, mais pas seulement de changement de type action-réaction, mais plutôt de changement en profondeur. Et ça cadre parfaitement dans la vision de Québec cité éducative puisque le statut quo ne s'applique pas seulement au système de l'éducation. Plusieurs autres systèmes sont confrontés à de nécessaires changements et il faudra qu'eux aussi réfléchissent à ça.
Après tout, comme je le disais à une élève de l'Institut, on ne concerte pas nos actions uniquement pour faire parler de nous ou pour imposer l'ordinateur comme outil. On le fait parce que nous pensons sincèrement que c'est ce qu'il y a de mieux pour les générations à venir, pour notre société que de se donner une vision à long terme qui incite à l'apprentissage peu importe le domaine et le lieu. Et c'est dans cette optique que nous devrions toujours agir afin d'évoluer, sans avoir peur de se tromper et de changer d'avis afin d'aller plus loin. Apprendre de ses erreurs, c'est aussi ça une culture de l'apprentissage.
Je m'attendais à un débat plus fort dans cet atelier des RIMA du lundi après-midi. On sait que le débat mobilise beaucoup les éditeurs et les producteurs, surtout dans le contexte actuel de la réforme du curriculum. Bon, bien entendu, peut-être que beaucoup de gens ont fait comme moi et préféré se taire afin de ne pas être trop arrogant ou irrévérencieux. Peut-être...
Voici maintenant mon avis, à la suite de longues discussions avec des enseignants, mais aussi des personnes qui enseignent le multimédia. C'est étonnant de voir à quel point les gens sont dans un paradigme de reproduction
(entendre ici la transmission des connaissances) lorsque cela concerne la production de matériel didactique. Et croyez-moi, ce ne sont pas les gens de l'édition qui sont les moins innovateurs. Ils ont le mérite d'essayer d'adapter une formule peu souple (autant pour la production que pour la présentation), soit le livre aux besoins des enseignants et ils semblent, à tous le moins ceux qui se sont faits entendre lors de cet atelier, préoccupés par l'adaptation des contenus à la réforme du curriculum. Je doute encore que cela soit possible, mais on peut toujours me surprendre.
Bon, je sais que les producteurs de contenu multimédia ne sont pas tous à mettre dans le même lot. Toutefois, je me permets de donner mon avis sur les propos de Mme Tardif de Cogniscience lors de sa portion d'atelier. Je ne veux pas isoler trop ces propos en citant certaines des phrases qui m'ont fait bondir de ma chaise. Cependant, c'est assez triste de voir à quel point le désir d'infantiliser les enseignants est omniprésent dans ce genre de discours. En plus, le vocabulaire pédagogique était loin d'être adapté au contexte actuel de la réforme et encore moins à la pédagogie tout court. Par exemple, la gestion de classe est rarement une contrainte technologique selon moi, et je n'ai jamais entendu parler de connaissances transversales, encore moins de la possibilité pour un programme ou un logiciel d'assurer l'apprentissage de l'élève. C'est là ma plus vive réaction ! Combien de chercheurs de haut niveau se sont lancés dans le débat afin de pouvoir prouver qu'il y avait bel et bien eu apprentissage ? En plus, on prend pour acquis que les enseignants ont BESOIN de ce type de matériel pour leur classe. Est-ce qu'on leur a déjà demandé leur avis ? Sûrement pas puisque Mme Tardi avait l'air de remettre en question le fait que les éditeurs de livre travaillaient avec des équipes d'enseignants pour la conception de matériel didactique... C'est vrai qu'un concepteur multimédia doit être plus au courant de ce dont on besoin les élèves et les enseignants !
J'ai bien hâte au jour où on cessera ce débat de sourds entre le livre et le contenu multimédia puisque là n'est pas la réelle question... D'ailleurs, on comprend sous le discours des deux qu'ils essaient de se battre pour conserver leur place sur le marché, surtout avec l'omniprésence d'Internet. La réelle question est de savoir qui sera en mesure d'adapter et d'offrir aux enseignants ce dont ils ont besoin pour faciliter leur tâche d'enseignement dans un contexte scolaire où l'on mise sur les interactions sociales et l'implication active de l'élève pour son apprentissage. Et je suis loin d'être certaine qu'il existe une solution unique pour répondre aux besoins des enseignants, surtout si on travaille pour sa poche et son intérêt plutôt que pour l'apprentissage de l'enfant. Je crois qu'il faudrait retenir trois choses essentielles en ce qui concerne le développement de contenu et de scénario d'apprentissage pour les enseignants :
- souplesse et flexibilité du matériel. La plupart du temps, les enseignants utilisent les cahiers d'exercices et autres didacticiels parce qu'ils n'ont pas eu assez de temps pour préparer une activité, pas nécessairement parce que ça leur plaît. Question de survie ici comme le disait un représentant de l'édition. Il faut donc penser à la souplesse afin que les enseignants et les élèves puissent adapter tout cela pour que cela répondent à leur besoin. Sinon, on utilise le matériel par défaut, et ça ne dure généralement pas longtemps.
- soutien et accompagnement personnalisé. Les enseignants ont besoin d'être accompagnés afin de mieux comprendre les rouages du socioconstructivismes et des approches pédagogiques actives. Et ce ne sont pas les formations en grand groupe qui permettent cela, ni un manuel scolaire, ni un logiciel. Arrêtons de croire qu'il existe une solution aussi simple pour la mise en oeuvre de la réforme du curriculum. N'oublions pas que dorénavant on ne mise pas sur le contenu, merci.
- créativité et complexité. Les enseignants sont des personnes créatives qui aiment mettre à profit cette créativité dans leur situation d'apprentissage de même que celle des élèves. Ils ont besoin d'une tâche complexifiée qui leur permet de se dépasser, pas d'une recette à appliquer.
Fachée de cet atelier ? Déçue ? Non ! Mieux vaut faire réagir les gens que de les laisser indifférents :-)
Je n'en crois pas mes oreilles ! Les fonctionnaires du Ministère du Revenu, par la voix de leur syndicat ou de leur association, demandent aux citoyens de ne plus transmettre leurs rapports d'impôt par Internet pour ne pas entraîner de pertes d'emploi ! On ne précise pas dans le reportage de quel palier de gouvernement il s'agit, m'enfin !
Bien entendu, je suis une adepte de la transmission de l'impôt par Internet, surtout que le traitement se fait en général en deux semaines. Pourquoi revenir en arrière mes amis... On arrêtera pas le progrès alors autant relocaliser ces personnes dans des emplois où elles seront utiles. C'est une vision étrange que celle d'arrêter le progrès pour des emplois qui seront bientôt désuets à cause d'Internet. Cherchons des solutions plutôt que de faire du chantage sur les pertes d'emplois !