Le cri du coeur de Gilles m'a beaucoup plu puisqu'il est un ode à la beauté de la communication et à l'ouverture. Et j'abonde dans le même sens que lui sur plusieurs points. Je me questionne par contre sur le rôle de l'université dans tout ça.
Je suis d'accord quand il questionne les cours qui sont donnés pour l'intégration des TIC. J'ajouterais même que plusieurs profs d'université n'intègrent pas nécessairement les TIC aux activités d'apprentissage que les étudiants font. Certains le font, mais ils sont marginaux... Par contre (je prêche sans doute un peu pour ma paroisse), à mon université, ce sont plus les étudiants qui se battent pour ne plus avoir de cours de technologie (manque de sens, ils ont raison !) mais en même temps l'utilisation des TIC dans les cours ne les attire pas beaucoup non plus. Et je sais pertinemment que dans leurs stages, les activités qu'ils font avec les TIC sont limitées à la suite Office et à la recherche d'infos, faute de savoir quoi en faire. Je ne dis pas que ce n'est pas la faute de l'université bien au contraire, mais je crois que la culture scolaire nuit considérablement au désir d'innovation et de développement de compétences de certains étudiants. Donc, l'amalgame de la culture scolaire et de la culture universitaire ne porte pas nécessairement à l'intégration, encore moins au développement de la compétence TIC. Je crois toutefois que l'université a un rôle important à jouer : celui de faire connaître plusieurs possibilités technologiques à travers le parcours global de l'étudiant, et ça c'est essentiel. Il sera intéressant de voir ce que Stéphane pourra tirer comme constat avec ses nouveaux étudiants.
Et pour terminer, j'ajouterais que je trouve déplorable que l'éducation soit encore le dernier bastion où l'on se demande encore si il est nécessaire d'intégrer les TIC à l'apprentissage. Je crois qu'à force de parler d'intégration, c'est fait un peu n'importe comment en autant que ce soit fait. Et on perd de vue le plus important : l'ouverture et la proximité que les TIC peuvent créer. Et ça, les jeunes le découvrent autrement parce que l'école, ce n'est pas fait pour ça. N'est-ce pas en stage qu'on nous apprend de toujours se rappeler que l'école est le reflet de la société et qu'il faut s'y coller au maximum pour respecter l'apprenant ?
Je lis avec beaucoup d'intérêt les discussions qui portent sur la troisième chaise (initiées par le prof Noël). Je comprends le désir de chacun d'un espace cohésif qui permettrait une discussion plus ouverte que celles des carnets. Les carnets sont ouverts, mais on a qu'à suivre la piste de la 3e chaise pour voir que les idées sont très éparpillées dans les carnets des participants et que c'est difficile de suivre la progression de celles-ci.
Quand on parle de communauté d'enseignants en ligne, j'ai parfois l'impression qu'on veut mettre la charrue avant les boeufs pour reprendre l'expression populaire. De fait, combien d'initiatives de communauté d'enseignants en réseau parties de l'extérieur de la communauté réelle ont porté fruits ? À force de naviguer sur le Web dans le domaine des communautés, on s'aperçoit qu'il existe plusieurs communautés d'intérêts pour l'éducation, mais peu d'entre elles peuvent prétendre rejoindre les enseignants. Pourtant ceux-ci disent manquer de ressources quand on les rencontre sur le terrain.
Je me demande si on s'interroge réellement sur les «bons besoins» en ce qui concerne les enseignants, surtout dans la perspective d'accompagnement de plusieurs enseignants que nous vivons depuis bientôt 4 ans. Présentement, l'offre est probablement plus grosse que la demande, en ce sens, que les enseignants disposent de beaucoup d'outils (entre autres les portails), mais qu'ils ne savent toujours pas quoi en faire puisqu'ils n'ont pas développé encore de culture de réseau (et aussi parce que plusieurs outils sont là pour les enfermer dans leur propre réseau, mais c'est un autre sujet). Finalement, en bout de ligne, ce sont toujours les mêmes qui sont présents (autant les enseignants que les CP et animateurs RÉCIT). Je sais que les enseignants sont réputés pour travailler en vase clos et que la collaboration n'est pas encore la meilleure solution pour eux pour réussir leur année scolaire. Donc, quel besoin aurait-il d'avoir une telle communauté à leur disposition ? Une communauté doit nous permettre, entre autres, de s'épanouir et souvent de trouver des solutions aux problèmes que nous rencontrons réellement.
Ce qui m'interpelle le plus dans tout ça, c'est que je trouve que l'effet de diffusion de l'innovation de Rogers (1995) selon sa courbe d'utilisateurs de l'innovation est vraiment encore à mes yeux très en retard en éducation. Et si nos initiatives en développement d'une culture de réseau n'avaient pas réellement un effet domino chez les enseignants ? Comment créer du sens pour que la culture de réseau ait un sens finalement ?
La venue de nos collègues de Barcelone nous permet jusqu'à maintenant de beaux échanges en lien avec la mise en place d'une collaboration entre leurs écoles et les écoles de notre réseau.
Les 8 enseignants et leur deux accompagnatrices sont dynamiques, motivés et pour l'instant quatre langues nous permettent de mieux nous débrouiller et d'avancer dans la construction du discours. Le ministère de l'Éducation de la Catalogne les envoie ici continuer à approfondir leur démarche de coélaboration de connaissances. Ce qui est fascinant c'est de voir à quel point les points de levier, les difficultés et les besoins pédagogiques sont les mêmes dans une autre nation et que notre accompagnement garde le même sens (tu confirmes Stéphane ? ;-)). Bien entendu, l'objet partagé est le même : coélaborer dans le KF, mais la principale récurrence demeure le travail avec le programme dans une dynamique socioconstructiviste. Comment l'intégrer avec tous ses savoirs essentiels sans nuire à l'évaluation minitérielle ? Comment assouplir la séquence didactique (surtout au secondaire) ? Comment évaluer la progression des élèves ?
Ce qui me plait depuis leur arrivée : jamais ils n'ont remis la capacité des élèves en question, c'est plutôt leur propre capacité en tant qu'enseignant qu'ils remettent en question. Et c'est plaisant puisque c'est le meilleur moyen d'innover et de se dépasser en tant qu'enseignant. J'ai bien hâte à aujourd'hui, moi !