Si on m'avait dit que 17 ans plus tard, je serais tout aussi fébrile d'acheter des billets pour un spectacle de Bryan Adams, vraiment je n'y aurais pas cru. Je me rappelle encore l'angoisse de ma mère et son premier non intransigeant quand je lui ai demandé si je pouvais y aller (seule puisque personne ne partage ma passion) lorsque je n'avais pas tout à fait 13 ans encore. Et je me rappelle encore tout le courage que ça lui a demandé pour venir à un spectacle rock, elle qui était une pantouflarde convaincue et adepte d'une musique pas écoutable. Je me rappelle surtout son regard attendri devant mon plaisir très évident et mes larmes d'adolescente devant son idole de la chanson. Ces souvenirs me guident pour avoir cette ouverture face à mon fils, accepter certaines de ses envies quitte à les partager avec lui pour mieux comprendre et me rassurer. Et le 6 décembre, je serai aux premières loges (je l'espère !) pour tripper encore 17 ans plus tard ! Ça m'aidera dans mon inévitable crise de début de trentaine ;-)
Comme plusieurs, je suis ressortie bouleversée par ce documentaire poignant. Je dois dire que tout le battage médiatique m'avait un peu refroidi, surtout les réactions mielleuses des autorités interpellées dans leur conférence de presse. Mais le documentaire vraiment, j'ai été fessée. Pourtant, je connais très bien le centre jeunesse à Beauport et son fonctionnement, et j'ai eu des cousins placés en centre d'accueil très jeunes. Donc les changements incessants de travailleurs sociaux et d'avocats et souvent l'impuissance de la famille proche ont fait partie de mon enfance et il teinte sans aucun doute ma perception.
Le traitement subit par certains enfants est certes choquant, mais vraiment ce qui choque encore plus c'est le système en lui-même de par son nombrilisme et son je m'en foutisme frôlant l'arrogance. Bien entendu, Hotte et Delisle ont effectivement l'air de deux crétins et je suis stupéfaite qu'à paraître aussi mal, ils soient encore en poste aujourd'hui.
Comme pour les autres services publics, je maintiens la même chose : c'est pas de davantage de fric dont on a besoin, mais de diminuer les intermédiaires et de rétablir une réelle relation de service à la population. Et ça ne condamne pas la DPJ dans son ensemble, mais il faut reconnaître que depuis sa création on entend rarement parler de ses bons coups, mais plutôt de ses ratés incroyables. Quand on apprend que le tyran de Beaumont a sévi aussi longtemps, entre autres, parce que c'était l'été et que le service est plus difficile à suivre...
C'est un signal important pour nous alarmer que nous devons nous relever les manches et travailler collectivement à faire avancer notre société sans que les enfants maltraités soient perdus d'avance. Et c'est à nous aussi de réagir lorsque les modifications à la loi sur la protection de la jeunesse sortira.
Le deuil est un processus lent et douloureux.
Très humblement, jamais je n'aurais pensé qu'un deuil puisse réprésenter autant de déchirements, de ruptures et de désillusion sur ce qui fût. Le départ de ma mère a maintenant un an, c'est étrange pour moi de considérer cet anniversaire peu réjouissant. Est-ce pour nous permettre de voir le chemin parcouru dans le fameux processus de deuil ? Je ne sais pas.
Aujourd'hui, je voulais m'arrêter pour ressentir ce deuil. Prendre le temps de vraiment m'arrêter pour penser à ma mère et uniquement à elle, mais surtout à ce que cette perte représente toujours pour moi. Honnêtement, je n'ai pas l'impression d'avoir avancé d'un iota depuis un an. Je n'ai malheureusement pas trouvé de réponses dans le spirituel, le manque et l'absence sont tout aussi cruels que la maladie tant détestée. Certains membres de ma famille ont choisi la nouveauté, d'autres la fuite, d'autres la thérapie. Pour ma part, j'ai l'impression d'avoir choisi la vie tout court, coûte que coûte. Parfois, j'ai l'impression que ce n'est pas sain (ou on tente de me le rappeler) et d'autres fois, je me dis que peu importe les démarches rien ne me ramènera ma mère, ni la famille solide que nous avions auparavant. La base est toujours là, mais tellement fragile.
Je ne comprends pas toute la notion de faire son deuil. Je comprends que j'ai à faire mon deuil d'une complicité, mais surtout d'une présence rassurante et confiante. Et ça, j'ai l'impression que toute ma vie durant, ce manque sera là, dans des manifestations totalement imprévisibles.
Est-ce que mon deuil est avancé ? Je ne sais toujours pas. Je suis plus sensible que jamais, pleurnicharde, émotive et moins naïve sur la vie malheureusement. J'espère seulement que les épreuves nous rendent effectivement plus forts, parce que ce n'est pas vraiment comme ça que je me sens, très loin de là. Est-ce encore une vérité inaccessible ? La vie se chargera bien de me le dire. Pendant ce temps, je vais retourner à ce que la vie m'a donné en même temps qu'elle m'a repris ma mère. Parce que malgré tous mes questionnements sur la mort et le deuil, il y a un petit enfant humain qui me rappelle tous les jours que j'ai bien fait de choisir de vivre tout court.