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Le clone

05 mars 2005

Je marchai donc, mais accompagné, jusqu'au 900, rue Fullum. Ça n'a pris que dix minutes, et dix étages, pour obtenir un relevé. C'était gratuit, encore heureux. La cafétéria trône au onzième de l'édifice. Ça vous digère un canneloni, mais il faut prendre les escaliers pour se descendre l'estomac après le dîner.
J'avais depuis longtemps effacé l'existence de l'école secondaire, mais nos ministères conservent précieusement nos permanents records. J'ai le papier devant moi, maintenant. Mon relevé de notes. Je ne lis pas les notes. Moi je lis les années: 1992, 1993... Ces années n'ont même pas existé.

Tous les documents sont réunis, tous les documents sont partis. Je n'ai pas voulu chercher mon certificat de naissance: l'appartement bordélique s'en préparait des belles, se préparait, pour être précis, à un changement salutaire de personnel. Pour que l'ancienne (coloc) quitte en paix et ne quitte pas par erreur avec des effets qui m'étaient personnels, j'avais transporté en ma Chambre tout ce m'appartenait et occupait le sale-long, c'est-à-dire DVD, vinyles, vidéos, et cetera.
Plan B donc, pour revenir dans le sujet du second papier à chercher. Je téléphone au registrariat, où un certain Monsieur Pérusse me répond d'un acoustique à l'autre, d'une voix graissante, mais cepandant avec beaucoup d'à-propos et de bonhommie, ce qui me permet d'employer ce mot.

-- Plutôt que de chercher l'original, je me demandais s'il n'était pas possible d'obtenir une copie du document qui se trouve déjà dans vos dossiers.
-- Mais ce serait plus rapide si vous utilisiez votre copie. Il est où votre original ?
-- C'est c'que j'me demande !

Bref silence. Puis l'homme laisse entendre un rire enroué de sincérité:
«Aaaaaaah ! J'comprends ! Vous avez pas l'ordre !»

Il m'offre de produire une copie du document, bien que ce ne soit pas une politique usuelle, et me dit de passer la chercher le lendemain.
L'endemain vient. Je trône sur le Plateau et, avant de rentrer à la maison, je détourne mon chemin de quelques rues, pour quérir le document demandé la veille.
J'investis les lieux, je me la présente au guichet; je saisis l'air de celui qui n'a pas d'amis dans la boîte, mais qui veut en donner l'air: «Bonjour, je viens chercher une enveloppe à mon nom, qui est censée avoir été laissée par Monsieur Pérusse...»

L'employée ne me laisse pas finir, m'interrompant d'un «Avez-vous une pièce d'identité ?».
Je lui présente une carte, qu'elle approuve. Elle quitte et rapplique dix secondes plus tard avec une enveloppe non-cachetée, sur laquelle figure mon nom. Elle me la tends mais, au moment où je vais saisir l'enveloppe, elle la ramène vers elle, l'entrouve et regarde à l'intérieur, comme si le contenu lui était destiné.

--C'est un certificat de naissance ?
--Oui.
--C'est Monsieur Pérusse qui vous a photocopié ça ? Yé pas supposé...

Je rétorque: «Il m'a dit au téléphone qu'il allait le faire», en lui pointant l'évidence.

-- Bin, y va se l'faire dire! J'me demande pourquoi il vous donne ça: c'est la copie d'une copie; ça n'a aucune valeur, personne n'acceptera ça nulle part!
-- C'est pour les bureaux à côté. On m'a dit qu'une copie comme celle là était suffisante, que je n'avais pas besoin de présenter le document original, ni de faire une copie certifiée
-- Ça m'étonnerait parce...

Je saisis mon tour, sourire devant, pour l'interrompre: «Je vais aller leur demander». Et je me barre.
Aux bureaux kissont à droite, je passe immédiatement. On me réitère qu'une copie de copie suffit, me pointant le paragraphe dans le guide où la chose est spécifiée.
Je rentre chez moi, rassemble tous les papiers au centre des débris de la chambre. Pendant ce temps, la Nouvelle n'arrive pas, elle ne se montre pas à l'heure pour emménager. Je lui colle un mot sur la boîte aux lettres, l'encourageant à aller chercher les clés ailleurs, où je les lui aurai déposé, puis, satisfait de pouvoir éviter d'offrir mon aide à l'emménageuse, je file au bureau de poste, faire la phil.

J'investis les lieux, enveloppe devant, et au guichet, kissont à droite, je me la présente. Tous les documents sont réunis, l'enveloppe cachetée. Tous les document sont partis. Qu'adviendra-t-il de ce bon Monsieur Pérusse et de sa bonhommie ?

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