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Beep beep

06 mars 2005

Je suis au Starbucks tôt le matin de congé, et une panne de courant, dix minutes après mon arrivée, débranche un Français solitaire, qui se pianotait le laptop. Les lumières s'éteignent, les rares clients n'en font pas de cas, et à ma droite immédiate, le Français lance un «fuck!» ainsi que sa souris. Il soupire, regarde de tous côtés, cherchant l'approbation, mais personne n'approuve. Et personne ne désapprouve. En fait, nous nous en fichons tous, de lui, de son portable, de sa thèse de maîtrise, de la France en général, tous, sauf moi, qui ne me fiche pas de la France et qui ne me fiche pas des déboires universitaires de mon voisin, puisque j'en prends bonne note et que je l'épie de ma vision périphérique (et myope).

L'étudiant se déplie, se désankylose, se lève de tout son long, soupirant, engorgeant sa dernière gorgée de café. Il enjambe les trois marches, se dirige vers le comptoir et informe les deux employées de sa mésaventure. Elles sympathisent. Il ne tempête pas, ne se plaint pas, n'exige pas d'être remboursé où je ne sais quoi encore, ne menace pas de ne jamais plus revenir. Il demeure poli, malgré la catastrophe. Les Français se civilisent au contact de leurs colonies. L'étudiant quitte, déçu, avec son bras par dessus le portable.

Les deux employées verrouillent les portes sur nous. Il fait de plus en plus froid. La rue Saint-Denis serait plongée dans la noirceur si la journée neuve n'avait pas enclarté toute la rue. Les pompiers passent, Hydro-Québec aussi.

Il commence à faire froid à l'intérieur. Des camions fument à l'extérieur. Plus de chauffage dans le café, et Bob Marley qui réchauffait les enceintes à mon entrée, a été remplacé par cette alarme produisant un beep beep, en deux variétés de ton, depuis une heure.

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