Les enfants, lorsqu'à la tombée de la nuit, vous trouvez dans le couloir de l'immeuble où vous habitez un autochtone ivre, probablement sorti de la prison de Bordeaux le matin même, dormant par terre tout en empestant le fond de cuve, et que les policiers de la ville de Montréal, que vous aviez pourtant alerté alors qu'ils ne faisaient rien d'autre que de boire du café au coin de la rue, ne se sont toujours pas déplacé 90 minutes plus tard, ne succombez surtout pas à la tentation d' expulser vous-même l'indésirable en le réveillant et lui jetant une chaudière d'eau à la figure.
L'indésirable aux longs cheveux noirs frisés vous apercevant de ses yeux de tueur fou pourrait vous poursuivre dans la rue en brandissant un bâton plein de clous.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?C'est ce qui se produit quand on devient straight edge sans avertissement.
Exploit personnel du jour: avoir réussi à m'enlever de la tête « Come On Feel The Noise » de Quiet Riot.
Montréal, 4 septembre: je suis tombé sur elles en descendant l'escalier, ou elles sont tombées sur moi, en cherchant à monter.
Il y avait d'abord G., qui m'a dit qu'elle s'était informée auprès de certaines personnes, depuis les deux années -pratiquement jour pour jour- qui nous séparaient de notre dernière rencontre, fortuite, devant son appartement de l'époque, dans le Vieux-Québec.
Nul n'avait été en mesure de repondre à ses interrogations. Aucune personne, parmi celles qu'elle avait questionnées, ne savait où je vivais, ce que je faisais.
Il y avait aussi A. que je n'avais pas vue depuis les premiers jours de 1997, et dont la vision me rendait confus.
Cette ville dont je suis si loin semble me poursuivre ces temps-ci, mais elle ne peut me rejoindre, même si elle vient me chercher dans mon quadrilatère.
Les paroles de G. m'ont rendu fort satisfait.
J'en aurais jubilé si je n'avais point, à l'étage superieur, passé les quatre heures précédentes à ingurgiter autant de vieille piquette vin blanc.
Nous devons, en un sens, nous estimer heureux d'être en vie. Ce site, personnellement, parce qu'il a survécu au grand désastre informatique 2003 d'iXmédia, et nous, collectivement, parce que nous avons tous survécu au bogue de l'an 2000.
C'est lorsque l'on va bien, et même encore mieux que bien, que les gens autour de soi se mettent à tomber comme des mouches.
Alors les vagabonds retiennent leurs larmes, s'assoient sur le rebord des lits et se transforment en pilliers, en rochers, en surhommes.
Puis lorsqu'ils retirent leurs habits de superhéros et qu'ils se levent pour quitter la pièce -car un vagabond est généralement le premier à partir- c'est pour aller marcher longuement sous le déluge.
Dans le désert mouillé qu'est devenu le centre-ville, ils se demandent s'il ne vaut pas mieux endosser l'uniforme, rester là jusqu'au bout.
Ne pas avoir peur de voir son coeur et son âme imploser, si là ne se trouve pas la raison de vivre, le but ultime.
Les deux entrées précédentes ont été tirées des flammes, de la fumée et de la cendre, après la grande explosion du serveur qui a paralysé ce blog, ainsi que quelques autres sittouebs, au cours de la journée d'hier.
Il ne reste plus qu'à me faire imprimer un t-shirt:
« I survived iXmedia's 2003 burning ».
UnVagabond > hello
Luz > allo toi, comment tu vas ?
UnVagabond > je suis furieux
Luz > et pkoi donc
Luz > parles moi pas des blogs
UnVagabond > et wala !
Dans ma chambre en désordre, je réussis à me frayer un chemin jusqu'a une table dont j'avais oublié l'existence, tant je suis habitué depuis dix semaines, à ne voir en cette pièce qu'un amoncellement de boites de carton, de papiers divers, de vêtements, et d'objets qui ne m'appartiennent pas et dont la présence en cet endroit est antérieure à la mienne.
On arrive à cette table en prenant la droite, immediatement apres avoir franchi la porte de la chambre, puis en enjambant le lit.
J'ai deplacé quelques boites, en ai perché deux autres sur une commode, pour approcher de cette table un fauteuil à roulettes sur lequel j'ai négligemment jete un drap que je n'utilise jamais.
Pour la première fois en 75 jours, je me suis installé de manière productive dans ce taudis, et je m'interroge pour savoir quel monstre je suis.
(22 septembre 2003, 2h00 AM)
Mon père est un menteur. Il avait promis de me mettre dehors à la minute où j'aurais dix-huit ans. Lorsqu'il l'a fait, je n'en avais que seize.
De grandes clôtures de métal ceinture Ground Zero. On peut voir, mais pas aussi bien qu'on le souhaiterait. De toute façon, qu'y a-t'il à voir ?
Un vieil homme blanc, chevelu, d'une soixantaine d'années, est assis sur le sol, en retrait des clôtures, dos à Church Street par où nous sommes arrivés.
L'homme tient une copie d'un journal où apparait sa photo. Deux ou trois cartes sont étalées devant lui. Deux ou trois cartes où sont représentées des planètes, des constellations accompagnées de calculs, entrecoupées de traits.
Deux femmes, assises sur le sol elles aussi, font face à l'homme, écoutent ses explications, prennent des notes.
Sur les clôtures qui ceinturent Ground Zero, la plupart des messages, écrits au stylo-bille, s'effacent déja.
Quelques mots tout pâles. De sobres textes. En noir et blanc, et les photos aussi. Une interminable liste de noms. En ordre alphabétique, sur plusieurs colonnes.
Pas de veuves éplorées errant autour du site. Pas d'enfant que l'on juche sur une estrade pour qu'il pleure son pere à CNN.
Du jour au lendemain, je sautai dans un train pour le Centre du monde, et à chaque heure ou je vagabondai dans cette immense cité, au milieu de cette multitude à 2 ou 6 pattes, au milieu de cette multitude de toutes les formes, de toutes les couleurs, aux innombrables accents, jamais je n'ai pu voir à mes pieds la gigantesque cible blanche et rouge dont tous les journaux du monde ont parlé depuis deux ans. J'eus beau me répéter que je me trouvais à l'endroit précis que l'on cherchais à détruire, jamais je ne me suis senti sur la cible.
Je n'ai trouvé aucun symbole, aucune allégorie du « système », aucun instrument de l'empire, ni dans les insectes à 2 ou 6 pattes, ni dans les listes de noms en ordre alphabétique.
J'ai trouvé des gens, beaucoup, beaucoup de gens, toujours des gens, qui vagabondent matins, soirs et nuits, dans leurs rues, sur leurs trottoirs, dans leurs parcs et leur métro.
Ground Zero, en plein centre-ville du Centre du monde, est une plaie béante qu'on n'essaie pas de cacher, mais que, dans cet endroit au moins, on ne se complait pas à exposer telle une cicatrice.
On voit. Ou on fait semblant de ne pas avoir vu.
Autour, les voitures, jaunes ou autres, n'arretent pas. West Street est depuis longtemps ouverte à une dense circulation. Les locaux traversent les rues, les vendeuses de hot-dogs vendent des hot-dogs et un Noir débonnaire, sans se lever de la chaise pliante où il a choisi de vivre une autre fin de journée au Centre du monde, m'avertit de bien ouvrir l'oeil car la tête de Saddam Hussein vaut 25 millions de dollars... « You never know... maybe he's here in New York City... »
Photos reporduites avec la permission de George Weld ( LikeAnOrb.com ).
Autres photos du 9-11 ici: http://www.likeanorb.com/wtc/index.php .
Is Chicago? Is not Chicago? À New York, la seule chanson, il me semble, que j'ai eu en tête, était d'un groupe local justement. Et il ne s'agissait pas du groupe d' Oncle Joey, mais d'un band, dissout depuis quelques années, qui avait pour nom Soul Coughing.
Et ce que j'entendais était la chose suivante: « A man / drives a plane / into the Chrysler Building ».
Je suis entré au Chrysler Building. Il ne s'est rien passé.
Avant que l'été soit terminé pour vrai, je veux réitérer ceci.
Le jour se levait lorsque, très tot jeudi matin, je me fourvoyai de ligne de métro en voulant rentrer à l'hôtel.
Pâle et fatigué, somnolent et désorienté, j'ai assisté impuissant à l'émergence de ce monstre de tôle qui quittait les rails du New Amsterdam souterrain pour continuer sa route à travers des quartiers inconnus.
Debout dans le wagon, j'étais, je l'avoue, plus occupé à observer, stupéfait, le paysage dans lequel nous emmenait cet engin anachronique, plutôt qu'à chercher un moyen simple de retrouver la direction qui nous mènerait à l'hôtel.
Nous nous trouvions dans Queens. Le métro se remplissait peu à peu d'ouvriers encore ensommeillés, se rendant à leur travail, et moi, les yeux remplis de fatigue, j'allais dormir comme je vais dormir chaque matin, à New York ou à Montréal.
J'ai été malade pour la première fois en sol américain vers l'âge de 8 ans, alors que j'avais regurgité sur une plage du Maine tout ce que mon petit estomac pouvait contenir de pizza, de fromage et d'oignons.
Mais ma première cuite en sol américain, ce fut dans les anciens locaux de la ligue ukrainienne de New York City.
Apres une Guinness pleinement méritée dans un endroit énigmatique et étrangement familier, j'allai me terrer au KGB Bar, sombre mais accueillant débit de boisson peint en rouge, où les gloires déchues de l'ancienne Union Soviétique contemplent notre décheance, et où Lénine lui même, installé sur le comptoir, assiste à nos libations capitalistes.
Surgit une sympathique femme de 45 ans, vêtue de noir et chaussée de Converse. Elle s'assoit à ma droite, commande un verre et ouvre un petit carnet dans lequel elle se met à écrire.
Lorsqu'elle me parle enfin, je me rends compte à quel point l'alcool peut aider à comprendre l'accent australien, et je commence aussi à réaliser qu'il est à peu près impossible, dans cette ville, de rencontrer quelqu'un qui soit Américain.
Puis en quittant le KGB, je me retrouve assis par terre un long moment. Face à moi, une pharmacie. Par terre, pas d'insecte indésirable. Quelques passants, qui passent et qui ignorent. Et bien entendu des taxis jaunes, sur Broadway, tout le temps.
Puis cet écho lointain, ce bruit de fond qui, de nuit comme de jour, n'arrête jamais, ou alors qui s'interrompt si subitement qu'on en suspend tout de suite sa conversation, déstabilisé par ce silence inhabituel, voire suspect, qui nous laisse sans voix cinq ou dix secondes, plus vraisemblablement cinq, juste le temps que l'éternel grondement de la ville reprenne.
Face au Roseland Ballroom, un mendiant jovial a sagement refusé, sans grande surprise et sans perdre son sourire radieux, l'argent canadien que lui offrais. Rémunéré en devises locales, il s'est montré coopératif pour une photo, sur laquelle on distingue surtout ses dents.
Au coin de la 52e rue et Broadway, j'ai acheté des frites à un Arabe sympathique qui ne s'est même pas fâché lorsque nous avons cochonné de boisson gazeuse son comptoir et son plancher.
Sous une onctueuse couche de mayonnaise à la mangue, je noyai mon dégoût d'avoir vu, sur le mur de gauche, une image de Celine Dion et Rene Angelil photographié dans la même friterie, et je dévorai mes frites sous les néons de Times Square.
Une fois de plus j'admirai la quantité, impressionnante pour celui qui pour la première fois met les pieds à New York, de taxis jaunes, ces voitures auxquelles on s'habitue si rapidement qu'en revenant chez soi, on se surprend à se demander pourquoi nos propres taxis sont de couleurs si drabes.
Détour inévitable lors d'une visite à New York, Times Square n'en est pas moins un endroit dont on veut s'échapper au plus vite.
Trop tape-à-l'oeil, trop touristique, trop lumineux... et puis Rudy a fait disparaître les peep shows de la 42ème rue.
D'un commun accord, nous décidâmes d'avoir soif, et avons décrété qu'après toute cette route, il était temps de trouver ailleurs dans la cité un ou plusieurs breuvages froids, alcoolisés de préférence.
Et cet ailleurs, meilleure place à être au nord du Tropique du Capricorne (ou du Cancer), s'appelle East Village.
En moins de trois semaines, nous ont quitté deux des grands weirdos de ce monde trop ordinaire:

Wesley Willis (1963 - 2003): 2 mètres, 150 kilos, schizophrène, claviériste, compositeur, chanteur, fondateur du Wesley Willis Fiasco, icône underground admirée par Eddie Vedder, Billy Corgan et Jello Biafra.
Célèbre pour: 50 albums auto-produits, contenant des chansons à peu près toutes pareilles, dont I Smoke Weed, Cut The Mullet, ou Casper The Friendly Homosexual Ghost.
Nous a quitté: le 21 août 2003, dans sa ville natale de Chicago.

Antonio Barichievich, dit Le Grand Antonio (1925 - 2003): 2 mètres, 225 kilos, homme fort né en Sibérie, qui était installé à Montréal depuis les années 1940. Tresse blanche aussi longue que sa personne. Pouvait être aperçu, ces dernières années, à la station de métro Berri, ou il vendait de vieilles photos de lui, assis sur un banc, sa tresse occupant les cinq sièges.
Célèbre pour: avoir tiré des autobus avec ses cheveux.
Nous a quitté: le 7 septembre 2003, victime d'un arrêt cardiaque au supermarché rue Beaubien.
SEARCH AND DESTROY
D'ailleurs j'ai tout raté. Ou presque. Je me rappelle un rappel. Je me rappelle une chanson. I wanna be your dog On a vu la raie d'Iggy. Trente dollars le billet: trente dollars la chanson, ou quinze dollars par fesse. On a vu Iggy humide et luisant disparaitre dans le mosh pit. J'ai entendu le bruit d'un pied de micro que l'on massacre. J'ai vu un pied de micro que l'on démolissait. Nous étions en 1973.
Les lumières du Roseland Ballroom se sont allumées, éclairant des centaines de freaks, freaks de vingt ans et freaks de cinquante, mohawks, mullets, tattoos, grande fleur de lys bleue sur le bras d'une jeune femme, et plancher jonchés de débris, débris de freaks et débris d'Iggy.
PENN STATION
Le train entré en gare à 20h20, j'errais au milieu des voyageurs sans but particulier, sinon trouver le moyen de m'extirper de ces couloirs et d'émerger du flot de voyageurs.
Ni les lumières de la ville aperçues précédemment par les fenêtres du train, ni ces omniprésents drapeaux américains suspendus au plafond de la gare, ne me persuadaient que j'étais parvenu à destination.
J'ai compris que le but était atteint lorsque l'escalier roulant m'a mené sur la 7ème avenue.
PREMIERE RENCONTRE
Deux types, au sommet des escaliers, vendaient des trucs, des fleurs je crois, et criaient des choses auxquelles je n'ai porté aucune attention.
Dehors il y avait New York. New York le soir. Déjà, des taxis jaunes.
Déjà, beaucoup de taxis jaunes.
Et surtout, une chaleur intense, une humidité rassurante qui vous entoure, vous englobe et vous surprend d'autant plus que vous avez quitté un Montréal assombri par les nuages et passé une journée dans les bus et les wagons climatisés.
Je souhaitais régler, dès mon arrivée, la question de l'hébergement, et je m'engouffrai, après quelques brefs appels logés d'une boite publique, dans Penn Station, pour trouver le chemin du métro newyorkais.
PREMIER VAGABONDAGE
Sans trop comprendre les subtilités des sinueux parcours du métro, je me suis engagé dans le premier wagon venu, pour en descendre au coin de la 103è rue et Central Park West.
L'hôtel se trouvait une avenue à l'ouest de l'endroit ou j'étais sorti du New York sous-terrain, ce qui ne m'a pas empeché de prendre illico la mauvaise direction.
Je ne trouvai donc pas l'hôtel, d'autant plus qu'il n'y avait rien à comprendre parmi les notes et les chiffres confus, imprécis, que j'avais inscrit sur ma main gauche. Il a fallu téléphoner une seconde fois.
HOTEL
Au Central Park Hostel, j'ai payé pour deux nuits. J'ai regardé les lieux, pas extraordinaires mais propres et somme toute bien tenus -pas d'insectes en vue... du moins pas encore- puis je suis redescendu au lobby pour décider de la suite de cette première soirée en tête à tête avec New York City.
J'amenai avec moi mon unique bagage, qui devait m'accompagner durant tous les vagabondages qui ont peuplés ces trois jours et ces trois nuits.
SECONDE RENCONTRE
Dans le lobby de l'hotel, j'ai feuilleté un Village Voice.
Au Roseland Ballroom, 52è rue, il y avait ce soir là Iggy Pop and the Stooges.
PERILLEUX TRAJET EN AUTOBUS
Par la fenêtre du bus, je tentais vaguement de comprendre ce qui arrivait à cette jeune fille aux cheveux violets et blonds qui, en pleurs, tentait d'expliquer quelque chose à ce conducteur qui ne semblait guère coopératif.
Elle nous a rejoint à bord. Resté à Montréal, son copain était parti depuis longtemps.
Moi, je suis demeuré éveillé, malgré la courte nuit. Je voulais observer la route, et, je dois l'avouer, le passage à la frontière me rendait un peu nerveux.
A Venise-en-Québec (est. 1810), Joe Webb a bien failli tous nous tuer, mais il a su freiner à temps.
BRUTALITE A LA FRONTIERE
Le passage du Canaduh aux Etats-Unis s'est déroulé beaucoup mieux qu'anticipé.
Joe Webb est descendu de son bus pour indiquer aux douaniers américains le nombre de passagers qu'il leur amenait. Puis, de la fenêtre, j'ai pu le voir ouvrir la soute à bagages, et en expulser vigoureusement les sacs qui y étaient entreposés, lesquels atterissaient brutalement sur le trottoir.
Passant sous silence toute cette brutalité, je m'entassai calmement avec les autres, à l'intérieur de la douane, en me félicitant d'avoir préservé de Joe Webb mon maigre bagage, que je conservais avec moi, dans l'autobus.
LE PASSAGE
Trois douaniers sont apparus. Nous avons tous défilé devant eux. J'ai vu deux ou trois personnes être expédiées dans une pièce connexe, d'où ils ressortaient quelques minutes plus tard, apparament en bonne santé et avec tous leurs membres aux mêmes endroits.
Un des douaniers, étonnament sympathique, m'a posé quelques questions d'usage, a regardé mon passeport, qui du reste lui semblait sans grand intéret, puis a voulu voir mon billet de retour.
Pour finir, il m'a demandé:
"What's in your bag ? Clothing ? "
"Mostly clothing "
Satisfait de cette réponse, il m'a souhaité bon voyage sous la dictature de Monsieur Bush, ou quelque chose du genre.
BONNIE
St.Albans (Vermont): à bord du train de 10h45, je rencontrai Bonnie.
Elle m'offrit aimablement de choisir le wagon de droite ou de gauche, à ma guise. J'optai pour la gauche.
"People are ugly " ai-je justifié en pointant la droite.
Lorsqu'elle revint, pour vérifier mon billet, Bonnie crut bon de poursuivre cette importante conversation:
"You say that because they are mean ? "
"No ! They're ugly ! Their faces are ugly ! ... I don't like people, I want to travel alone "
Bonnie a déchiré mon ticket, avant d'ajouter qu'il ferait très beau, à New York, dans les trois prochaines journées.
LE TRAIN
Malgré ce qu'on m'en avait dit, le train, sobrement décoré de tapis brun, était confortable. J'en remarquai les plafonds, qui conservaient le jaune d'antan, vestige sans doute d'une époque ou les fumeurs pouvaient encore s'adonner à leur vice dans les wagons.
Je n'avais pas pris le train depuis mes 14 ans, depuis une nuit de décembre ou les chemins de fer enneigés m'avaient portés de Montréal à Rimouski, 600 kilomètres plus loin.
J'étais bien éloigné de toute cette merde maintenant. Plus que jamais.
En dix ans, on oublie forcément certains détails, comme amener avec soi quelque chose à manger pendant le voyage.
Les prix, au casse-croute du train, étaient peu invitants, mais c'etait ça ou crever de faim. Comme pourboire, j'ai refilé de la monnaie canadienne au gros Lomax.
MONNAIES
Le reste de mon argent canadien, je l'ai égaré quelque part dans les rues de New York. Les trois dollars trainent encore par terre, sûrement, au détour de quelque avenue, car aucun américain, même réduit à l'indigence, n'en voudrait.
Pour ce qui est de Lomax, je me suis fait pardonner en lui donnant de l'argent américain lors de mes visites subséquentes. Il fera ce qu'il voudra avec l'argent canadien. Je me suis bien fait refiler deux euros lors du voyage, et je n'en ai rien à faire non plus...
CINQ ETATS
Le train a traversé quatre états avant d'entrer dans cet Empire State tant espéré.
J'ai raté le Massachussets, puis je me suis éveillé en bénissant le ciel de ne pas avoir vu le jour à Hartford.
Il ne me restait qu'à laisser les maisons délabrées et les tristes rues abandonnées de ce déprimant Connecticut céder leurs places dans le crépuscule naissant aux milliers de lumières de Manhattan.
à suivre...
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Toutes les inquiétudes concernant le passage à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis n'etaient pas fondées.
Le seul endroit où mes bagages ont été fouillés, ce fut là...

Les détails du voyage dans les prochains jours...
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