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J'avoue que c'est quand même un peu difficile de retourner au travail, après sept semaines entières de "congé".
La journée de lundi fut pénible. J'ai passé l'après-midi et la soirée à me torturer, à me poser de grandes questions sur mon avenir et à me demander si je ne me tapais pas déjà un burn-out après seulement cinq heures de ce nouveau boulot.
Le lendemain, je suis arrivé plusieurs minutes en avance. Comme je connais plus ou moins mes nouveaux collègues et que, du reste, je ne me sentais pas particulièrement en état de faire de nouvelles connaissances, je me suis attardé un peu dans le petit centre commercial situé à proximité de mon lieu de travail.
C'est l'instant qu'ont choisi les mauvais souvenirs de mes 15 ans pour me revenir à la gueule. L'école secondaire...
Puis les bons souvenirs de mes 15 ans me sont revenus à la gueule !
Je me suis alors rappelé, sourire en coin, le chemin des écoliers que j'empruntais plus souvent qu'à mon tour, à cette époque. Le souvenir d'avoir foxé tous ces cours il y a une décennie m'a donné envie de rendre hommage à cette glorieuse époque en foxant le travail, ici et maintenant, à 25 ans.
Je me suis dégonflé.
Je suis allé travailler quand même.
Et je ne le regrette pas: au bout de quelques minutes, je me sentais beaucoup mieux.
On a eut tôt fait de me laisser tout seul, je ne me suis pas torturé au sujet de quoi que ce soit...
Evidemment je suis loin d'être en burn-out, et je me pose de grandes questions sur mon avenir glorieux en sachant bien que j'aurai les grandes réponses glorieuses sous peu.
Si vous me dites qu'il y aura quelqu'un sur place à une heure précise pour me faire visiter l'appartement, moi je vous crois. Je m'attends à ce qu'il y ait effectivement quelqu'un sur place.
S'il y avait effectivement quelqu'un sur place, je pourrais visiter l'appartement.
Si je pouvais visiter l'appartement, je pourrais éventuellement le louer.
Mais comme il n'y a personne lorsqu'on me dit qu'il y aura quelqu'un, je ne visite pas et je ne loue rien.
« Une semaine plus tard dans les maritimes !!!!! » (dixit l'employé du terminus d'autocar), mes bagages sont arrivés en ville.
Sont intacts: deux sacs de chips à la lime, trois cannettes de Fresca, une casquette des Ramones achetée à México, dix rouleaux de pellicule Fuji à faire développer des que j'aurai de l'argent, un restant de crème solaire devenu obsolète, une revue de cul mexicaine peu affriolante (mais drôle), et une chaussette à la blancheur révolue qui ne m'appartient pas et que je me suis empressé de maudire aux vidanges avec dégout.
...Un peu plus tôt, chez Tower Records, rue Niza, un agent de sécurité m'avait poliment enjoint de déposer mon sac derrière le comptoir pendant que je regardais les disques. J'obtempérai avec soulagement.
Lorsque je fus prêt à quitter la boutique, la sympathique employée qui me rendis mon sac le glissa de peine et de misère jusqu'à moi, et bien qu'elle ne parla pas un mot d'anglais, elle exprima sa surprise de voir un être humain transporter sur son dos une chose aussi lourde.
En temps normal, mon sac n'était jamais aussi pesant. C'est que dans les derniers jours du voyage, j'avais dilapidé mes pesos en souvenirs de toute sorte, principalement des provisions de chips au limón et des cannettes de Fresca, qui, bizarrement ou non, me laissent du Mexique un souvenir plus vibrant que n'importe quel pipeau prétendument aztèque duquel vous êtes incapable de tirer la moindre note, et qui se brise dans vos bagages avant que vous ne soyiez rentré chez vous.
En retraitant vers la station de métro Insurgentes, je passe devant le Red Rebel, sur la calle Londres, où j'avais effectué quelques achats le mardi soir précédent.
Les deux employées se tenaient à l'avant du magasin, presque sur le trottoir. Celle qui m'avait servi deux jours plus tot me reconnait et me lance un joyeux ¡Hola! qui me poursuivra jusqu'à ce que le froid hivernal me rattrape, quelque part vers Richmond, Virginia, et auquel je répondis en flanquant par terre le mannequin devant la boutique.
Comme quoi il n'est pas nécéssairement vain de visionner 833 fois les mêmes films: je viens à peine de me rendre compte que Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers, apparait dans Back To The Future II et III.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Quatre jours après mon retour à Montréal, j'attends toujours mes bagages en réfléchissant à la façon de je pourrais, un jour, vous expliquer l'enchainement de quiproquos qui a mené a la perte de mes biens. C'était une folle aventure dont le récit vous emmenera aux quatre coins de la dictature de Monsieur Bush.
Mais en ce moment, mon cerveau dégèle et l'histoire de mes bagages perdus m'apparait trop complexe pour être résumée.
Écrit de MÉXICO (D.F.) -
La désormais célèbre pointe de pizza à un dollar qu'on retrouve, pour le meilleur et (souvent) pour le pire, à tous les coins de rue, ou presque, du centre-ville de Montréal, se vend 8 pesos à México. Une pizza personada se vend 12 pesos, soit un dollar et demi.
Le prix est donc à peu pres équivalent, mais au Mexique, on y gagne au change. La pizza est beaucoup moins douteuse: c'est de la Domino's... Plusieurs de ces comptoirs sont visibles au détour d'un des interminables corridors du métro de la Capitale.
L'après-midi de mon départ de México, mon dos et ma nuque me faisaient sérieusement souffrir, à cause de ce sac-à-dos trop lourd que je trainais partout depuis le matin, alors que j'avais défintivement quitté l'hotel.
Vers 15 heures, je n'avais qu'un désir: m'affaisser quelque part, et dévorer avant qu'elle ne soit froide la pizza personada aux champignons que j'avais achetée lors de cette longue randonnée, que j'avais cru ne jamais voir finir, dans les circonvolutions de la station de métro La Raza.
Après m'être jeté sur le premier banc aperçu à l'immense Terminal del Norte, j'arrosai copieusement mon diner de salsa et de picante, et j'engouffrai les quatre pointes en quelques secondes...
«I used to know aPartager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?girlboy...SheHe had two pierced nipples and ablackred tattoo
We'd drink that Mexican beer
We'd live on Mexican food
I wish I could go back
Yes, back in time »
Deux jours après mon retour, je remets les choses en place tranquillement.
D'abord un manteau d'hiver, et un foulard des Expos acheté avant le départ, à la St-Vincent-de-Paul.
Maintenant un job, que je commencerai la semaine prochaine.
Bientôt un appartement à moi.
Puis un jour, mes bagages, qui aux dernières nouvelles étaient toujours coincés à Mobile, Alabama.
«--Is Mr.Rhodes' back ?(Extrait de ma conversation aux locaux de Greyhound Baggages, Port Authority (New York City), 19 janvier 2004).
-- ...bake ???»
Maintenant les deux pieds dans l'hiver québécois, auquel on n'échappe peut-être jamais complètement, et mes yeux pleins d'eau tournés vers le vent qui balaie janvier, j'attends mon bagage, qui lui aussi a ressenti l'urgence de vagabonder seul dans ce beau et (très) grand pays, juste au-dessous.
Mon sac, localisé dans ce lieu de villégiature unique qu'est Mobile, Alabama, remonte tranquillement vers le nord, et j'ai pris à New York, lundi matin, -God bless Mr. John Rhodes, célèbre jusqu'a Houston, Texas- les dispositions nécéssaires pour qu'il traverse la plus longue frontière commune au monde sans que j'ait besoin de m'y rendre.
Je suis arrivé au terminus d'autocar du centre-ville de Montréal hier soir, vers 21 heures. J'ai un manteau d'hiver, un futon à squatter pour la semaine, un peu plus de cet argent canadien que je commence à rapatrier de mes planques à Québec Citi, et un moral à toute épreuve. Je vais en avoir besoin.
Que c'était beau le pays du soleil levant...
MONTRÉAL (QUÉBEC) -
Ce matin, j'ai pu traverser une rue du centre-ville sans juger bon d'énoncer au préalable mes dernieres volontés.
Je suis rentré à Montréal, c'est un signe qui ne trompe pas.
NEW YORK CITY (NEW YORK) -
Retour au Starbuck's, coin huitième avenue et 39ème rue ouest, New York City.
Moi seul ici.
Mes bagages, l'essentiel de mes humbles possessions terrestres, sont à Mobile, Alabama !
Avec moi, heureusement : mes lunettes, mon passeport, 4 dollars US, 5 dollars canadiens, 150 pesos mexicains (soit l'équivalent d'une quinzaine de dollars américains)... et 10,69 $ que je ne peux retirer de mon compte bancaire.
Après une escale de 2 jours à Houston, au Texas, je rentre à Montréal ce soir, sans emploi, sans place où dormir, sans manteau d'hiver. Je ne sais pas quand je mettrai ce site à jour la prochaine fois, mais attendez-vous à une diarrhée de mots et de phrases.
À la prochaine.
--Fred. Vagabond Somptueux... de confection européenne
19 janvier 2004, New York City (New York), USA.
MÉXICO (DISTRITO FEDERAL) -
Départ du Terminal del Norte de Mèxico la Ciudad: aujourd'hui, 15h30.
Rentrons à Montréal.
What's next ?
Hauteur: Soleil 70 mètres, Lune 43 mètres.
Premier étage: Soleil 49, Lune 48.
Deuxième étage: Soleil 68, Lune 36.
Troisième étage: Soleil 48, Lune 27.
Quatrième étage: Soleil 20, Lune 8.
Cinquième étage: Soleil 48, Lune 0.
Total: Soleil 233 marches, Lune 119 marches.
MÉXICO (DISTRITO FEDERAL) -
Question d'étirer les maigres ressources pécuniaires qu'il me reste, et d'économiser au maximum maintenant que je suis tout seul au Mexique, j'ai opté pour une auberge de jeunesse, ici, à México.
Fini les grandes chambres roses et blanches (Acapulco), les pièces silencieuses et fraîches sur les toits (Guadalajara) ou les étages à moi tout seul (Cuernavaca). Je subis maintenant -mais pour seulement deux nuits, par bonheur- les affres des dortoirs malodorants, et les corridors par où transitent des hordes de happy campers en exil.
Je partage depuis mardi un dortoir à quatre places. Je dors a l'étage supérieur d'un lit superposé, au-dessus d'un individu cafardeux, teint blême et regard malsain, qui n'est pas sorti de la chambre depuis deux jours m'a-t'il semblé.
Dans la couchette opposée, deux Français.
Celui du bas, lève-tôt et lecteur fidèle du "Guide du (p)routard" de mes deux, m'apparait fort sympathique. Mais bon, c'est un Français quand même.
MÉXICO (DISTRITO FEDERAL) -
J'ai reçu une fleur. Quelqu'un avait laissé une fleur blanche, pour moi, à la réception de l'hôtel où j'ai résidé, dans les dernières journées de mon séjour à Cuernavaca.
La fleur avait été déposée dans le casier numéro 27, avec la clé de ma chambre.
L'employé de service dimanche dernier ignorait la provenance de ce cadeau. De toute manière, s'il l'avait su, comment aurais-je pu comprendre ce qu'il m'aurait expliqué ?
Et moi j'ignore si ce cadeau m'était destiné ou non.
Le même matin, lorsque j'étais descendu pour payer une nuit supplémentaire à cet hôtel, j'avais remarqué que, sur le registre de la veille, mon nom avait été inscrit par erreur à la chambre 21, alors que j'occupais la 27.
Voilà j'y suis. Une des plus importantes agglomérations urbaines du monde, la Capitale de ce pays... une des cités les plus polluées de la planète...
México !
CUERNAVACA (MORELOS) -
Je n'ai pas totalement renoncé à comprendre, ici et tout de suite, la langue de ce pays.
De ma chambre d'hôtel à Cuernavaca, je regarde sur Multicinéma des films en version originale, sous-titré en espagnol.
Lorsque je débarquai dans ce nouvel hôtel, samedi dernier au beau milieu de la nuit, je combattis l'insomnie et me changeai les idées avec «Parfait Amour ! » de Catherine Breillat, film francais dont les longs dialogues (interminables pour certains...) sur l'oreiller et les vibrantes engueulades m'ont donné tout le temps nécéssaire pour bien lire les phrases au bas de l'écran, et noter plusieurs grossièretés (gulfa, escoria, joto, maricon, ¡cállate! ).
Le lendemain au réveil, je supportai assez bien « Borderline Normal », léger, niais et pas désagréable. On y voit les fesses de Caterina Scorsone. Ou, plus vraisemblablement celles de sa doublure, mais on s'en fout.
Dimanche soir, par contre, on passait « Casino »de Martin Scrosslesese, film qui m'avait déjà ennuyé, un jour, il y a longtemps. J'ai donc éteint la télé, pour me lever et coller mon oreille au mur de droite, afin de mieux entendre baiser ma voisine mexicaine de la chambre 26.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Je cherchais des pyramides, celle de Tepozteco, mais cette saloperie de "Guide du (p)Routard" m'a encore une fois lancé sur une fausse piste, celle de Tepoztlán, insignifiant village situé à une demie-heure de Cuernavaca.

Dans cette morne localité, j'eus le bonheur de voir défiler sur la grand route la fanfare locale, dont le gai claironnement s'entrecoupait de brutales explosions, fruits des pétards et fusées garrochés vers le ciel par le sous-fifre fermant la marche.
Puis je me déplus à etre observé ingénument par le type soupçonneux qui jouait les sentinelles dans la cour de la coquette petite église du village.
Mon vagabondage sans conséquence en fut perturbé, j'en attribuai la faute à cet homme, sans doute un bedaud zelé.
En revenant vers Cuernavaca, le bus est demeuré coincé une heure dans les travaux routiers et les embouteillages. Je pris la chose avec légèreté. Les égarements d'aujourd'hui m'ont permis de voir la noire statue d'Emiliano Zapata à cheval, statue qui orne quantité de cartes postales, et la circulation bordélique sert d'avant gout à la prochaine grande étape de ce voyage.
L'impossibilité de communiquer se muerait-elle en volonté de réduire à la fréquence minimale les occasions et les tentatives de communications ?
Je me suis aventuré, tout à l'heure au bureau de poste, à user de croquis pour acheter un article dont j'ignorais la dénomination espagnole.
En revanche, je communique sans trop de problèmes chez Taxco, mais je n'ai pas de mérite. Après y avoir diné huit fois en neuf jours, je commence à saisir le principe, et l'accueillant Javier Guzman est toujours quelque part dans la salle, prêt à roucouler son anglais impeccable en cas de pépin.

CUERNAVACA (MORELOS) -
Soudainement je me sens mieux. Je n'ai pas dormi de la nuit, mais je me sens mieux.
Mes ressources financières s'amenuisent, et je sais que la fin de ce voyage est très proche... Mais il n'est pas dit que je passerai les derniers jours à ruminer des pensées confuses et à regarder tourner en rond les canards du Jardin Borda.
J'ai de grands projets, et un glorieux voyage au Mexique à terminer.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Il me vint à l'esprit que, peut-être, rien n'était réellement différent.
Que je sois à Cuernavaca, ou à Québec ou Montréal, je n'entrerais pas en contact avec ces gens.
Je m'assoierais à cette table branlante et je perdrais mon temps, comme j'en ai déjà tant perdu en des circonstances similaires.
Il m'est aussi venu à l'esprit que ce chansonnier mexicain braillait peut-être l'équivalent local des chansonniers que j'ai entendu brailler jadis chez moi, et que si j'avais été, samedi, familier avec le répertoire de ce pays, j'aurais entendu ni plus ni moins Heureux d'un printemps de Paul Piché.
Or j'aurais trouvé cela aussi vomitif, et j'aurais fais la tournée des visages réunis dans ce bistrot en honorant mes victimes de mon cynisme habituel.
Mais je n'avais aucun moyen d'entrer en contact avec eux. Ni avec ces gens dans le bistrot, ni avec le chansonnier, ni avec ses mots. Rentrons à Montréal et écrivons un grand livre sur l'impossibilité de communiquer.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Dans la portion piétonnière de la rue Las Casas, je tirai une chaise devant la table (branlante) d'un des bistrots animés qui sont légion sur cette toute petite place publique, et je commandai deux bières Sol.
Pour être honnête et précis: je n'en commandai même pas une.
Je regardai bêtement ce très grand type avec un tablier, le serveur, et je prononçai: «Sol », sans même prendre la peine de placer «cerveza de...» juste avant cette syllabe.
Je dus répéter deux fois, car le serveur ne comprit pas immédiatement ma demande.
Lui aussi articula quelque chose que je ne compris pas.
Même en français, je n'aurais pas compris, cette rue étant fort bruyante. Qui plus est, à l'intérieur de ce bistrot dont j'occupais la terrasse, un chansonnier mexicain braillait en s'accompagnant à la guitare.
Le serveur, donc, émit un son. Il prononça une phrase complète que non seulement je ne compris pas, mais que je n'essayai pas même de déchiffrer.
Et justifier mon attitude par le simple fait que la rue piétonnière Fray Bartolome de las Casas est animée et bruyante à 23 heures un samedi soir serait de mauvaise foi.
Le fait est que je n'éprouve plus le désir de comprendre ce que l'on essaie de me dire dans cette langue étrangère.
Le serveur revint avec deux Sol plutôt qu'une, probablement parce que c'était ce que l'on nomme ici: la hora feliz.
En déposant devant moi les deux bouteilles, le serveur émit encore...
Distraitement, j'entedis «mesa » (table) et je fis le lien à partir de ce mot que je connais, car je voyais bien que cette table en métal était bancale et que tout risquait de foutre le camp, ce dont ce serveur me prévenait.
Cependant, là encore, je n'éprouvai pas le désir de comprendre. Je ne cherchai pas à déstructurer la phrase qui venait de m'être adressée, à y identifier les liens présents entre les mots que je reconnais, ces liens qui me manquent pour construire une phrase complète en espagnol.
Rentrons à Montréal et écrivons un grand livre sur l'impossibilité de communiquer.
Le serveur, quelques minutes après, posa devant moi, sans mot dire, un bol de chips généreusement arrosées de picante, qui risquait moins de foutre le camp que les bouteilles.
Je grignotai quelques chips. La première des bouteilles de cerveza était encore pleine aux deux tiers.
Je me levai, sans jetter par terre la mesa branlante, je traversai la foule, plus dense à mesure que l'on avance vers l'angle des avenues Galeana et Hidalgo en passant devant toutes les terrasses. Je suis rentré à l'hôtel.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?CUERNAVACA (MORELOS) -
Le dépanneur, ouvert 24 heures, est au coin de Morelos Norte et Aragón y León.
La nuit, les employés verrouillent les portes, sauf une ouverture par où un vieux type nous remet nos achats, qu'on lui dicte au préalable et qu'il va chercher dans le magasin et fait scanner par mon pote Filiberto, ce dernier arborant toujours aussi harmonieusement ses cheveux gominés et sa tronche de cake.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Je souffre de timides maux d'estomac ainsi que de douleurs abdominales sporadiques causées par le stress, le café, l'agua de Jamaica aux effets secondaires étonnants -voilà deux fois que j'en fais l'expérience- et une alimentation fort peu équilibrée qui oscille entre cette excellente nourriture nationale dont je saurai m'ennuyer le jour venu, et la bouffe de dépanneur, cette dernière venant combler mes fringales nocturnes trop fréquentes en ces nuits plus ou moins blanches sur les toits de Cuernavaca.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Alors les vagabonds ne retiennent aucune larme, car il semble qu'ils n'en aient pas. Ils restent debout, accoudés au rebord d'une fenêtre, quelque part dans une petite rue vaguement sordide du Mexique, se fichent éperdument d'être ou non des pilliers, des rochers, des surhommes.
Lorsqu'ils se lèvent pour quitter la pièce -car un vagabond est généralement le premier à partir- il y a déjà longtemps qu'ils ont retiré leurs habits de superhéros.
Dans le désert mouillé et visqueux qu'est devenu la ville, ils se demandent s'il ne vaut pas mieux renoncer à l'uniforme, ne plus jamais jouer les superhéros. Un coeur ou une âme qui implose n'est pas une raison de vivre, ni un but ultime.
- The Damage Done (première partie), 23 septembre 2003.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Il a plu la nuit dernière. Il pleut encore cet après-midi. C'est la première fois que je vois de la pluie depuis le matin où je suis parti de Montréal.
Au coin des rues Degollado et Morelos Norte, on retrouve un square où des livres sont étalés sur de longues tables. Une grande toile est tendue au-dessus, pour protéger la marchandise des centaines d'oiseaux qui survolent la place, en faisant parfois un vacarme indescriptible qu'on entend trois rues plus loin, et qui va jusqu'à enterrer le bruit de la circulation.
Cette nuit, la pluie a ramollit les crottes d'oiseaux, qui deviennent visqueuses, et on glisse sur les trottoirs au coin Degollado et Morelos Norte.
Je n'avais pas non plus glissé sur un trottoir depuis ce jour où je suis parti de Montréal.

CUERNAVACA (MORELOS) -
Filiberto, mon ami souriant, j'aime tes cheveux gominés et ta tronche de cake quand tu mets dans mon sac une bouteille de Fresca.
CUERNAVACA (MORELOS) -

Dans ses succursales mexicaines, Ronald vend aussi des chaussons (poy en espagnol). Mais ils sont à l'ananas.

-- But you know what the funniest thing about México is?
-- What ?
-- It's the little differences. A lotta the same shit we got here, they got there, but there they're a little different.
-- Examples ?
-- ...you know what they call a Quarter Pounder with Cheese in Cuernavaca ?
-- What'd they call it ?
-- Cuarto de libra con queso.
-- Cuarto de libra con queso...
What'd they call a Big Mac ?
-- Big Mac is a Big Mac, but they call it El Big Mac.
-- ¡El Big Mac! .... What do they call a Whopper ?
-- I dunno, I didn't go into a Burger King. But you know what they put on french fries in México instead of ketchup ?
-- What ?
-- Salsa !
-- Goddamn !!!
Je faisais tranquillement la lecture, mardi soir, assis sur une chaise brune près de la fenêtre, quand parvint de l'autre extrémité de la petite rue où je réside temporairement, à Cuernavaca, une lointaine pétárade dont le vacarme allait s'intensifiant.
Toujours prompt à m'introduire partout, sauf dans les lieux et situations où je devrais sagement me confiner, je tends le nez à la fenêtre, et observe l'évolution d'une extrême lenteur, mais d'une bruyance spectaculaire, d'un perturbant cyclomoteur.
Celui-ci poursuit imperturbable son avancée dans l'avenue, lève la tête vers le ciel, et me remarque, accoudé au rebord de la fenêtre, la tête étirée dans la rue.
À travers la visière de son casque, ses yeux me fixent durant deux secondes, après quoi je retourne à mon livre ainsi qu'à ma chaise brune.
Mais voilà que l'assourdissement grondement du moteur ne s'éloigne point de mon hôtel, et que je devine le motocycliste immobilisé, toujours sous mes fenêtres.
Stupidement, j'étire le bras et tire le rideau.
Enfin, après quelques secondes, j'entends la pétarade du moteur doubler d'intensité, puis aller en diminuant à mesure que son conducteur se dirige vers l'ouest, et s'éloigne de l'hôtel.
À peine deux minutes plus tard, la pétarade recommence ! J'en distingue l'écho, au loin !
Sagement (et stupidement), je ferme rapidement la fenêtre de ma chambre avant que le bruit ne me semble trop proche, puis j'éteint la faible lumière qui m'éclairait, moi, mon livre, et ma chaise brune.
De la même évolution lente, le motocycliste, dont je reconnais aisément, sans avoir à risquer un oeil à l'extérieur, le tapage unique, passe devant l'hôtel -ce qui lui prends une éternité- puis continue sa route.
Il reviendra ensuite une troisième fois... puis une quatrième, au bout de quinze ou vingt minutes.
Je suis maintenant assis à la gauche de ma couchette, dans l'obscurité, attendant qu'une pierre traverse la fenêtre de ma chambre. Je visualise les carreaux qui voleront sous peu en éclats.
Le motocycliste ne s'arrête pas, s'éloigne...
Je sors de la piéce à présent: un rapide coup d'oeil en bas de la mezzanine me permet de constater, non sans soulagement, qu'un imposant rideau de métal bourgogne a été refermé devant l'entrée principale de l'hôtel.
De longues minutes s'écouleront ensuite sans qu'un bruit ne se fasse entendre. Il est à présent minuit passé depuis une vingtaine de minutes.
Je me déshabille, et dispose sagement (et stupidement...) mes vêtements au pied du lit, à côté des mes bottes d'armée, ce dérisoire mais rassurant moyen de défense.
Je me mets au lit, les yeux grand ouverts, guettant le moindre pétarade de cyclomoteur. Je crois entendre, mais je n'entends rien. Les bruits normaux de la maison endormie me font croire, stupidement toujours, au son d'une voiture garée en bas, dans la rue, le moteur tournant toujours. Quelques voyageurs discutent dans leur chambre, à l'autre bout de l'étage. Leurs voix indistinctes m'inquiètent.
J'essaie de dormir, évidemment sans succès.
Je suis un vagabond en sursis.
On cogne violemment, trois coups dans le lourd rideau de métal qui bloque l'issue principale de l'hôtel. Je devine l'employée de nuit qui se dirige vers la porte...
Je bondis hors de mon lit, me rhabille en vitesse, et mets mes bottes d'armée.
L'oeil magique de ma porte de chambre me donne vue sur le couloir du premier étage, où je ne remarque aucune activité.
Je distingue mal les voix qui montent du rez-de-chaussée, une voix de femme et une voix d'homme, en plus de celle de l'employée de service.
Soulagé, je concluerai, suite à une attente interminable, à deux chambreurs un peu saouls qui réussiront, au prix de maints efforts, à ouvrir la porte de leur chambre.
Plus de motocycliste.
Des cris parfois, les chants improvisés de deux buveurs qui déambulent.
Des projectiles lancés au loin, dans la cité endormie.
Il devait être une heure trente lorsque je trouvai enfin le sommeil.
Enfin, premières coquerelles en sol mexicain, hier soir, rue Mariano Abasolo.
Quelques minutes plus tard: première effigie d'Elvis ! Grandeur nature, s'il vous plaît, dans un bazar de la rue Morrow.
Je ne me suis même pas informé du prix, de toute facon je ne pourrais même pas le ramener chez moi.
Je me suis réjoui immédiatement d'une première différence, dimanche après-midi, lorsque j'eus rejoint, après mon arrivée en autocar, le centre de Cuernavaca, et que je me mis à la recherche d'un hôtel. Le prix des chambres est beaucoup moins élevé dans ce coin du pays, à plus forte raison depuis que les vacances de Noël sont terminées.
À peine peut-on remarquer une légère augmentation des tarifs, dans les comidas corridas (sortes de cafétérias familiales que l'on retrouve partout au Mexique), par exemple la fin de semaine, alors que les résidants de México viennent passer leur weekend à Cuernavaca.
Je trouvai encore plus réjouissant de constater qu'à Cuernavaca, les Mexicains s'occupent à leurs activités habituelles sans que celles-ci ne soient absolument dépendantes de l'afflux touristique.
Il m'est donc enfin possible, pour la première fois peut-être depuis Guadalajara, de goûter la liberté de me balader au centre-ville, de m'attarder devant une quelque boutique, d'observer le menu qu'un restaurant affiche sur le trottoir, ou simplement de m'arrêter trois secondes sur le coin d'une rue sans être interpellé par un indésirable, vendeur de souvenirs, de croisières, de tatouages mal faits ou de substances illicites.
Cette cité ensoleillée est agréable, relativement calme malgré l'activité normale qui agite une ville d'un million d'habitants.
Après quarante-huit heures pénibles à me perdre dans Acapulco, je peux vivre ici comme je vis chez moi, et j'envisage de m'y attarder aussi longtemps qu'il me plaira de vagabonder autour de l'hideuse statue de Benito Juárez, de flamber mes pesos aux arcades, d'acheter un café digne de ce nom en face du zócalo, d'ingurgiter quantité de piments farcis au restaurant Taxco de l'avenue Galeana, et d'observer les putes au coin de ma rue.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?CUERNAVACA (MORELOS) -
Le Mexique est un « pays de flics, à tous les coins d'rue y'en a cent »...
Mais il y en a quand même beaucoup moins ici qu'à Acapulco...
CUERNAVACA (MORELOS) -
À l'entrée de l'État de Morelos, dimanche dernier, j'ai passé avec succès mon premier barrage militaire.
CUERNAVACA (MORELOS) -
Ma passion pour le twist évolue. Lorsque je reviendrai à Montréal, ce sera en tant que champion de ce jeu. En attendant, vous pouvez m'observer flamber mes pesos et twister tel un damné au coin de la calle Las Palmas et du boulevard Benito Juárez, à Cuarnavaca. C'est de toute beauté de me voir évoluer.
ACAPULCO (GUERRERO) -
«Elvis met le cap au sud. À peine débarqué du bateau, il est embauché comme garde côte et chanteur, admiré par de superbes femmes et doit relever le défi de plonger d'une falaise haute de 40 mètres. Il parvient à maîtriser son vertige de manière exemplaire. »
(Synopsis de Fun in Acapulco)
Merveilleux... Maintenant que j'ai vu plonger les clavadistas de la Quebrada, qui plus est en refusant de payer les 3 dollars qu'on me demandait, il ne me reste plus rien à faire à Acapulco.
Je me suis tellement perdu dans cette ville mal foutue que je considère avoir assez traîné dans ses rues sales et trop respiré ses effluves malsaines.
Mr Presley, je vous chercherai à Memphis la prochaine fois...

ACAPULCO (GUERRERO) -
Les 18 et 19 décembre, j'ai passé vingt heures en autobus, entre New York et Atlanta.
Le second plus long trajet de ce voyage jusqu'ici, fut celui entre Puerto Vallarta, que j'ai quitté à 20h30 le 1er janvier, et Acapulco, où je suis arrivé hier à quinze heures.
Je me suis éloigné rapidement des voyageurs qui congestionnaient le terminus d'autocars, et me suis empressé de contourner les désagréables chauffeurs de taxis qui me sautent littéralement dessus dès ma sortie du central (« ¡Taxi, amigo! ¿Hotel, zocalo ? »), et que je ne prends même plus la peine de regarder.
Je suis un as des autobus de ville mexicains maintenant. Je les aime tellement que j'en oublie de descendre...
Ou plutôt: je rate la rue où je devrais descendre, car, à Acapulco, installer des plaques indiquant les noms des rues ne semble pas occuper une grande part du budget municipal.
Je me suis promené, par une chaleur étouffante, avec tout mon bagage, chargé comme un âne, pour trouver le vieil Acapulco, où se trouvent les hôtels les moins dispendieux, en m'entêtant et refusant catégoriquement d'avoir recours à un taxi.
Je loge maintenant dans un joli hôtel rose et blanc, dans une rue non-identifiée. Cette ville est inhospitalière, sale, bruyante et polluée. J'y cherche des traces du King...

En comparaison avec les Greyhounds américains, les autobus voyageurs mexicains, c'est le grand luxe. Et ce n'est pas plus cher qu'au Canada ou aux États-Unis.
Sièges numérotés et réservés, eau chaude dans les toilettes, rideaux pour se protéger du soleil, bancs inclinables qui ne font pas semblant de s'incliner, beaucoup d'espace pour les jambes entre chaque banquette, air climatisé abusif, et téléviseurs, où l'on diffuse à intervalles réguliers, et à fréquence appréciable selon la durée des voyages, une sélection internationale et variée de navets divers: Like Mike, une vieille comédie mexicaine non-identifiée avec un espèce de Louis de Funès local dans le rôle d'un policier maladroit, Wasabi de Luc Besson, et l'indigeste Autumn in New York avec Richard Gere.
Et encore, je ne voyage jamais avec la compagnie ETN, qui offre, à coût plus élevé évidemment, un service apparemment encore plus classe.
Dernière balade endiablée en colectivo dans les rues de Puerto Vallarta, jeudi soir, pour quitter la ville et rejoindre le central d'autocars.
J'y suis arrivé à 20h25, juste à temps pour attraper l'autobus de 20h30...
Acapulco (Guerrero), Mexique -
«So this is the new year. and i don't feel any different...
So this is the new year and I have no resolutions...
I wish the world was flat like the old days then I could travel just by folding a map,
no more airplanes, or speedtrains, or freeways there'd be no distance that can hold us back...»
(Death Cab For Cutie, The New Year, 2003)