mercredi, le 18 juin 2003

Fusion, défusion, adhésion et confusion

Vous connaissez la LNI (Ligue nationale d'improvisation) et son arbitre Yvan Ponton ? Parfois, lorsque l'impro. va tous bords tous côtés, que les joueurs jacassent mais ne s'écoutent pas, l'arbitre siffle et lance dans la salle un « confusion ! ». Le PM et ses p'tits namis (sic!) y auraient droit aujourd'hui avec le projet de loi sur les consultations menant aux défusions. Je ne vous tracerai pas un résumé de la loi, les médias s'en chargent et on peut la lire sur le site du MAM.

La loi sur les fusions était loin d'être parfaite : peu innovante dans les structures, bâclée et pour certains, antidémocratique. Des Marcel de banlieue se sont senti bousculés. Pas tous des lumières ces Marcel. Quelques connards pour qui un terre-plein fleuri est synonyme d'identité ou d'autres qui perçoivent en l'arrivée d'une coop ou un foyer de vieux comme un viol de leur qualité de vie. Mais surtout, un discours d'une incroyable ignorance de la ville. La vraie. Et Québec c'est pas Rio, New-York ou Mexico avec des problèmes de grande ville. Québec, c'est blanc, franco. Ça ne pue pas, c'est propre, tranquille et sécuritaire. Loin de la méga ville que certains laissent entendre dans les médias.

La loi 1 proposée la semaine dernière porte sur l'adhésion. L'occasion est belle de s'assoir, se gratter l'esprit pour accoucher d'un projet de développement pour notre ville. Mais peut-être est-ce trop demander à bien des nostalgiques. S'il faut leur confier la gestion des vidanges pour les rendre heureux, alors faisons-le... Depuis hier, cette façon qu'on a d'avancer de reculon me furieux. Je m'y attendais par contre.

Ces derniers jours, j'ai vu un reportage sur Prague. Ville superbe et un pays fascinant. J'ai vécu quelques mois dans l'ex-Tchécoslovaquie et je me suis passionné pour ce pays. Un Québécois qui y vit se disait impressionné par l'ardeur des Tchèques à relever des défis et leur esprit d'initiative depuis la chute du communisme. Croyez-moi la tâche était beaucoup plus importante que « bâtir » une ville d'à peine un demi-million d'habitants. Une leçon.

Voilà. C'est tout et ça me suffit. Une année de pure perte d'énergie se profile. On les entendra trop ces peureux et paresseux. J'aurai bien d'autres occasions de revenir sur le sujet.

Envoyé par - François - le juin 18, 2003 04:56 PM
Commentaires

Pour celles et ceux qui ont un intérêt pour les questions liés aux enjeux socioéconomiques des fusions, signalons qu'il y a un échange sur le sujet, traité avec sérieux, sur le site du quotidien Le devoir.

Voici un extrait de l'un de ces textes, paru dans l'édition du vendredi 27 juin 2003 du Devoir :


"Les intellos et le cul-de-sac des fusions"
Jean-Paul Gravel
Économiste, urbaniste et coauteur de la section économique du rapport Poitras


"[...] Récemment, Le Devoir a publié quatre articles sur les fusions. Le premier, celui de Peter Trent, défend une position sur les fusions qui s'appuie en tous points sur les principes fondamentaux de l'économie du bien-être, qui repose sur le respect des individus pris un à un. C'est, à ce propos, la position sur laquelle repose le rapport Poitras.

Marie-Claude Prémont a répondu à l'article de M. Trent. Dans un élan éperdu, elle y établit une position clairement et purement organique face aux fusions. Piqué par cet article, François Des Rosiers n'a pu s'empêcher d'y répondre, ce qu'il a fait selon un langage et une critique orthodoxe (c'est-à-dire dans le respect des principes d'analyse de l'économie du bien-être).

À ce point des échanges, l'honnête lecteur ne voyait pas très bien ce qui pouvait être utilement ajouté. Mais, signe évident que ni M. Trent ni M. Des Rosiers n'avaient compris ce qui se passait, l'article de ce dernier a fait l'objet d'une attaque cette fois olympienne et passionnée par Luc-Normand Tellier (on remarquera qu'en vertu de ma nature «naturellement» anarchiste, je n'ai associé à aucun des intervenants les titres nobiliaires, gagnés de haute lutte, qui établissent sans équivoque le respect et les multiples avantages socioéconomiques de tous ordres que leur accorde un Québec encore virilement inégalitaire).

M. Tellier inaugure son envolée en n'y allant pas avec le dos de la cuillère. Il réduit par l'absurde la position de M. Des Rosiers en imaginant un processus de défusion qui spirale vers la myriade de plus petits communs dénominateurs, soit les villes anciennes. Mais qu'arrive-t-il à sa logique si on spirale vers le haut plutôt que vers le bas, comme son approche nous invite à le faire ? Ne devrait-il pas défendre la logique d'«une région métropolitaine, une ville» ? Ou la logique de la nécessaire et inconditionnelle domination du fédéral sur les provinces ? La critique de M. Tellier n'a rien à voir avec la logique de l'analyse économique du bien-être ni avec celle de l'analyse économique tout court. Il est engagé dans une autre voie, qui est aussi celle de Mme Prémont et celle des héritiers bureaucratiques non cléricaux de la Révolution tranquille.

Pour les tenants de la bureaucratie d'État québécoise et ceux qui la défendent, la question des fusions n'est visiblement pas une question de l'ordre de la science économique.

Les éclaircissements que se donnent mutuellement et charitablement les tenants du rapport Poitras et leurs critiques tournent à vide. C'est éminemment une question d'ordre politico-social qui vient jouer dans les «tripes» les plus profondes des héritiers de la société organique cléricale transformée en société organique non cléricale. Or, et c'est ce qui permet de jeter un peu de lumière sur l'«affaire Poitras», cette société organique non cléricale est une héritière qui s'ignore des thèses sur la doctrine sociale de l'Église revues par le père Lebret.

Peu de gens au Québec connaissent le père Lebret. SES THÈSES sur le bien commun, qui traite de la responsabilité et du pouvoir irréductible de décider des responsables sociaux et politiques selon leur niveau de contrôle dans la structure hiérarchique de la société, SE RETROUVENT SANS MODIFICATION, à l'état pur pourrait-on dire, DANS LES DISCOURS QUI ONT DONNÉ LIEU AUX FUSIONS DE MÊME QUE DANS LE DISCOURS DE CEUX QUI EN DÉFENDENT LE PRINCIPE AVEC UNE FOI DÉSARMANTE [...]
On peut poser, sans trop de risques de se tromper, que la question des fusions soulève des passions qui touchent à des valeurs similaires à celles qui sous-tendent les mouvements fondamentalistes... "

Envoyé par: A. V. le juin 27, 2003 10:05 AM