mercredi, le 3 septembre 2003

Les dix ans d'un divorce de velours

En 1989, on avait qualifié de « Révolution de velours » les événements ayant conduit à la chute du communisme dans l'ex-Tchécoslovaquie et qui avaient permis du même coup le retour à la démocratie, disparue pendant plus de 40 ans. Comme c'est parfois le cas quand on soulève le couvercle de la marmite, ça mijote fort dessous. Les peuples qui composent la mosaïque de certains états et qui se sentent marginalisés ou opprimés profitent souvent du flottement régnant pour revendiquer, soit une place plus importante dans l'état, soit tout simplement l'indépendance. Des fois, ça donne des bourbiers et des fiascos comme l'ex-Yougoslavie, alors qu'ailleurs les changements s'opèrent d'une façon plus pacifique. Ce fut notamment le cas pour l'ancienne Tchécoslovaquie qui s'est disloquée officiellement le 1er janvier 1993 et qu'on a qualifié depuis de « Divorce de velours ».

J'en parle aujourd'hui, car on a publié dans une livraison récente de Courrier international un article qui fait l'autopsie de cette séparation de la Tchécolovaquie dix années plus tard (Voir l'article de Courrier international mis à la suite de celui-ci).

J'ai vécu de façon très personnelle cet événement, car j'étais en Slovaquie à ce moment, parti durant quelques mois rejoindre l'appel du coeur. Paradoxe dans ce cas-ci : c'est ce même coeur qui, vous ayant attiré, devient plus tard le prétexte pour rentrer au bercail. Peu de souvenirs de cette première journée de l'indépendance slovaque, car nous étions dans un chalet dans l'est du pays mais je me souviens qu'il y avait eu un rassemblement sur une place de Bratislava. Curiosité par exemple : des Bretons nationalistes avaient pris part au rassemblement, drapeaux bretons en main... Vive la Bretagne libre ?

L'un des aspects cocasses lors de la transition a été la monnaie, la couronne. Avant que chacun des deux nouveaux pays ne frappe sa propre monnaie, la couronne tchécoslovaque a été en quelque sorte divisée et identifiée à chaque état par un timbre. On était alors en présence d'une couronne tchécoslovaque slovaque et d'une couronne tcécoslovaque tchèque. Ça va ? Tout le monde a suivi ? Pas compliqué tout de même... ;-)

Pour toutes sortes de raisons, je ne suis plus retourné en Slovaquie depuis, mais j'ai passé quelques jours à Prague un an plus tard. Je garde d'excellents souvenirs de ces mois en Slovaquie, surtout des gens. Pour me tenir au courant de l'évolution de la société slovaque, il m'arrive souvent de tendre l'oreille du côté de la section française de Radio-Slovaquie internationale qui diffuse une sympathique émission quotidienne, animée par de non moins sympathiques animateurs et qu'on peut écouter quotidiennement sur internet.

***

REPUBLIQUE TCHEQUE - SLOVAQUIE

Je t'aime, moi non plus

Il y a dix ans, en 1993, la Tchécoslovaquie disparaissait, laissant place à deux nouveaux Etats, la République tchèque et la Slovaquie. Le politologue allemand Karel Vodicka s'est interrogé sur ce divorce à l'amiable. La "Central Europe Review" raconte.

“La division de la Tchécoslovaquie : dix ans après” : cet ouvrage collectif coordonné par l’Allemand Karel Vodicka tente, avec l’aide de spécialistes et de politiciens, d’expliquer la scission de l’ancien pays d’Europe centrale en République tchèque et Slovaquie. Une séparation qui, “bien qu’elle n’ait pas donné lieu à des violences, n’a pas été simple”, commente la “Central Europe Review”. Financé par une fondation allemande, ce livre est d’autant plus important qu’il comble le manque d’intérêt porté par les institutions des deux pays à ce divorce.

L’ouvrage propose un éclairage nouveau sur les événements qui ont conduit à cette séparation : dans un ajout à la première édition, qui date de 1993, chapitre écrit par Vodicka lui-même, le spécialiste en sciences politiques revient sur cinq des causes profondes qui ont mené la Tchécoslovaquie à la désintégration. D’après lui, les différences culturelles, politiques et économiques entre les sociétés tchèque et slovaque ont
été ignorées lors de la création de la Tchécoslovaquie, en 1918.

La séparation était-elle évitable ?

Les Tchèques auraient, par exemple, une attitude plus individualiste en matière d’économie. La Slovaquie, quant à elle, aurait souffert, à partir de 1989, de son manque d’expérience démocratique, laissant apparaître des partis politiques aux tendances populaires et nationalistes. L’échec de la Constitution fédérale proposée en 1968 serait également un pas vers la séparation. Enfin, “la nouvelle élite sociale slovaque a encouragé la création d’un Etat souverain, pensant que cela permettrait la création de milliers de poste à responsabilité”, révèle la “Central Europe Review”.

Ce divorce est donc envisagé par les différents intervenants comme un processus inéluctable. Pour Pithart, c’est la montée de deux formes de nationalisme dans l’Europe contemporaine qui est responsable de cette scission. L’association d’un courant nationaliste “pauvre”, radical et utopique à un courant nationaliste pragmatique, voire égoïste, a transformé la Tchécoslovaquie entre 1989 et 1992.

Réunis à nouveau

Toutefois, Vodicka affirme que “la division n’était pas nécessaire”, même s’il admet que les politiques slovaques réclamaient cette modification constitutionnelle depuis la chute de l’URSS, qui instaura de profonds changements politiques dans le pays. “Après 1989, les Slovaques en ont eu assez des erreurs politiques des Tchèques et de leur paternalisme”, écrit la “Central Europe Review”.

Alors la création de deux Républiques à partir de la Tchécoslovaquie a-t-elle été aussi bénéfique que le laissaient entendre les hommes politiques tchèques et slovaques ? Aucun des trois chapitres analysant l’évolution des deux pays depuis leur séparation n’apporte de réponse claire à cette question. Le résultat de cette division reste pour la plupart mitigé. Par exemple, le fossé économique qui existait à l’époque entre la partie tchèque et la partie slovaque n’a pas disparu. En outre, les différents auteurs soulignent l’incapacité des politiques tant slovaques que tchèques à gérer les crises et à envisager le futur proche de leur pays.

Certains historiens, comme Jan Mlynarik, cité par l’hebdomadaire, rappellent que, malgré tout, la tradition culturelle tchécoslovaque reste forte, et pensent que, tôt ou tard, “les Tchèques et les Slovaques seront de nouveau unis dans un Etat intégré dans l’Europe, comme cela s’est produit en 1918 et 1945”.

BL

Source : Courrier international, 27 août 2003.

Envoyé par - François - le septembre 3, 2003 11:25 AM
Commentaires

Intéressant billet, Monsieur Marcotte. Fort stimulant aussi, ça donne véritablement le goût d'en savoir plus sur le sujet.

Envoyé par: Émanuelle le septembre 3, 2003 12:36 PM

je veux vous dire que votre site n'est pas bien deja dite ce qui c'est passé et pk pas" machin pense que........."
voilà répondez au Starlilly90@hotmail.com
c'est l'adressse de ma fille

Envoyé par: Allison Yvard le février 1, 2004 10:41 AM

Bonjour!
J'ai lu l'article du Courrier International, et j'ai cherché ce livre, "La division de la tchécoslovaquie; dix ans après" mais je ne l'ai trouvé nullepart. Savez-vous où je peux me le procurer?
Merci d'avance
marie-anne

Envoyé par: Marei6anne le novembre 26, 2004 08:58 AM
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