Voici un bref historique des deux périodes charnières de la restauration et de la reconstruction de la Place Royale de Québec et de leur contexte respectif.
Suite de l'introduction et de la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec.
LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)
© François MARCOTTE
Extraits
LA RESTAURATION ET LA RECONSTRUCTION DE LA PLACE ROYALE
1967 à 1978 :
1967 est une année charnière car il s’agit de l’année de la promulgation de la Loi de la Place Royale. Cette loi délimite officiellement le secteur de la Place Royale, précise la composition du Comité consultatif et confère par-dessus tout l’entière responsabilité de l’opération de restauration de la Place Royale au ministère des Affaires culturelles, tout en n’accordant que très peu de place à la Ville de Québec, « chargée par ailleurs de la conservation de l’ensemble de l’arrondissement historique dont la Place Royale fait partie » (1).
Les larges pouvoirs accordés au ministère des Affaires culturelles par la loi de 1967 firent que tout le déroulement du projet de restauration de la Place Royale se caractérisa par un climat secret et autoritaire (2). En effet, les exemples suivants sont probants de l’attitude du ministère :
- expropriations ou évacuations par la force de résidents ;
- incapacité de donner des informations adéquates aux résidents sur la durée des déplacements et les modalités de retour ;
- peu d’explications sur les options de restauration ;
- une attitude belliqueuse de certains auteurs du projet.
Jusque là seul maître du projet de la Place Royale, le gouvernement provincial signe en 1970 une entente avec le gouvernement fédéral, « stipulant que le gouvernement fédéral financerait les trois quarts du projet pour une période de cinq ans » (3). À partir de ce moment, la direction du projet passe sous la responsabilité du Bureau de coordination de la Place Royale (BCPR), créé par le gouvernement provincial. Jusqu’à 1975, année où prit fin l’entente entre le provincial et le fédéral, le projet se déroula rondement et on assista à une reconstruction plutôt qu’à la restauration des bâtiments existants.
1978 à aujourd’hui :
En 1978 se tint un colloque sur l’avenir de la Place Royale réunissant divers spécialistes des questions de la restauration urbaine et patrimoniale. À la suite des vives critiques qui se dégagèrent du colloque, le gouvernement québécois réorganisa le projet. Aujourd’hui, autant l’entretien que la location des maisons sont la responsabilité à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), anciennement la Société générale des industries culturelles (SOGIC). En 1998, nous assistions à la restauration de la maison Smith et la reconstruction de la maison Hazeur qui fut complètement détruite par un important incendie, il y a plusieurs années. Ces travaux furent rendus possibles par un décret gouvernemental qui accorda un budget de sept millions de dollars au projet. Il est à noter que ce projet rompit avec la philosophie qui avait guidé l’ensemble de la restauration de la place ; au-delà de la notion patrimoniale, le projet a insisté sur la nécessité d’intégrer une mixité des fonctions où des logements et des espaces commerciaux côtoient un centre d’interprétation de la Place Royale.
(1) Isabelle Faure : « La conservation et la restauration du patrimoine bâti au Québec. Étude des fondements idéologiques à travers l’exemple du projet de Place Royale ». Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Paris, oct. 1995, p. 233.
(2) Isabelle Faure, op. cit., p. 277
(3) Isabelle Faure, op. cit., p. 235