Dans un article précédent, j'ai insisté sur la nécessité d'accoucher de politiques urbaines mieux adaptées à notre environnement et au climat. Au Québec, notre position nordique et le climat qui lui est associé s’accompagnent de sentiments ambigus dans la population ; rapidement, l’émerveillement des enfants et des adultes pour les premiers flocons cède le pas aux grognements des adultes lorsque s’abat la première tempête de neige qui paralyse la ville.
Bien qu’imprévisibles à long terme, les chutes de neige sont inévitables à chaque année et nous apportent des précipitations de 200 à 500 centimètres en moyenne par an au Canada selon la région. Pour la région de Québec, les données climatiques recueillies entre 1961 et 1990 font état d’une moyenne annuelle de 337 centimètres, ce qui la place au deuxième rang des villes importantes du Canada pour ces précipitations, loin devant Montréal (214,2 cm), Toronto (135 cm) et Ottawa (221,5 cm) :
Moyenne des précipitations de neige dans les agglomérations
urbaines du Canada (1961-1990)

Source : Environnement Canada
UN CLIMAT RIGOUREUX
Outre les données relatives aux chutes de neige, un outil plus complexe nous permet d’évaluer les impacts de l’hiver sur la ville de Québec, à savoir l'indice de sévérité hivernale dont l’utilité est diverse:
« The Winter Severity Index can be used for a wide range of purposes, including remuneration allowances or compensation for working under severe climatic conditions, designation of localities by those suffering from weather-related illnesses, and knowledge of the data germane to planners dealing with projects related to workplaces, residences or recreational areas. » (1)
D. Philips a construit cet outil en tenant compte de multiples facteurs :
1. Facteurs d’inconfort :
- vents ;
- durée de l’hiver ;
- sévérité de l’hiver (froid) ;
2. Facteurs psychologiques :
- noirceur ;
- moyenne de jours de précipitations ;
- moyenne de la durée des ennuagements ;
- total des heures d’ensoleillement ;
3. Facteurs ponctuels :
- vents forts ;
- total des quantités de précipitations sous zéro degré celsius ;
4. Autres facteurs :
- nombre moyen de jours avec brouillard ;
- total des quantités des précipations sous zéro degré celsius.
Par une méthode de calcul, Philips arrive à assigner aux villes nordiques un indice de sévérité dont le tableau ci-dessous montre les principaux résultats. Ainsi, on a pu déterminer un indice élevé de 54 pour la ville de Québec et un de 49 pour Montréal, ce qui est près d’agglomérations comme Moscou (52), Saint-Petersbourg (50) et Ottawa (50).
Indice de sévérité hivernale pour quelques villes

Source : Pressman (1995)
L’importance des quantités de précipitations de neige annuelles ainsi qu’un indice de sévérité hivernale élevé démontrent que le territoire québécois doit faire face à un défi important, soit concilier ses politiques territoriales avec un climat hivernal vigoureux. Plus que dans d'autres territoires nordiques comme la Scandinavie, les villes doivent impérativement mettre en place des politiques urbaines pour optimiser les ressources mises en place.
(1) Norman Pressman : « Northern cityscape. Linking design to climate », Yellowknife, Winter cities association, 1995, p. 18.
Envoyé par - François - le octobre 30, 2003 10:50 AMAprès « L'erreur boréale », il nous faudrait imaginer « L'erreur hivernale », où on pourrait facilement démontrer jusqu'à quel point nos urbanistes, architectes et ingénieurs ont négligé ou plutôt ignoré l'environnement.
L'erreur n'est pas récente, mais on dirait qu'elle s'est inscrite dans notre culture. Tout a commencé quand on a ramené d'Europe (de France d'abord, d'Angleterre ensuite) une façon de construire les maisons ou édifices et d'aménager la rue. Et quand on a cessé d'importer d'Europe, on s'est mis à importer de la Californie.
L'automobile a aussi une grande part de responsabilité dans notre inadaptation à l'hiver. De vouloir à tout prix qu'une voiture roule à la même vitesse en hiver comme en été tout en lui préservant son immense territoire nous a fait faire des choix désastreux. L'inconfort urbain hivernal (ce qui nous empêche de se sentir bien dans la rue l'hiver) est dû en très grande partie à l'automobile.
Envoyé par: Jean le octobre 31, 2003 07:07 AMMerci pour ces infos..
Envoyé par: neige le novembre 5, 2003 10:36 AM