samedi, le 18 octobre 2003

La place royale de Québec, une place urbaine muséifiée (V)

Je suis de retour, à tout le moins pour compléter les articles sur la muséification de la Place Royale de Québec. J'ai tenté d'apporter un éclairage sur cet espace urbain qui a été fortement affecté par des opérations de restauration et de reconstitution. Alors voici la conclusion de cette série de plusieurs articles tirés d'un mémoire de géographie que j'ai publié en 1998. J'ai mis des liens vers les articles précédents pour ceux et celles qui ne les auraient pas lus.


Suite et fin des articles. Vous pouvez accéder l'introduction, la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec, l'historique de la restauration et la reconstruction de la Place Royale et son espace vécu.

LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)

© François MARCOTTE

Extraits

CONCLUSION

Au départ, le constat le plus flagrant qu’on puisse faire dans le projet de la Place Royale réside dans le décalage entre le projet initial et le résultat final. L’objectif de départ était « la conservation et la restauration d’un ensemble historique qui portait les marques de trois siècles d’architecture » (1) mais qui a finalement été l’objet d’une véritable reconstitution dans sa forme du XVIIIe siècle « en faisant valoir des arguments idéologiques et touristiques » (2).

Quarante ans plus tard, force est de constater que les réflexions et l’opération de restauration/reconstruction en elle-même sont fort discutables, compte tenu des conséquences qu’elles ont entraînées sur la dynamique urbaine du secteur. La citation suivante est fort probante des réactions suscitées chez certains spécialistes :

« Ainsi, la moitié de la restauration architecturale dans l’arrondissement de Place Royale est basée sur des approximations livresques et sur une conception mesquine et faussement « nationaliste » d’un patrimoine urbain qui supprime deux siècles d’histoire urbaine (après la Conquête de 1760) et l’apport précieux des Britanniques à la beauté et à l’urbanité du Vieux-Québec. » (3)

Derrière le décor qui s’est érigé à la Place Royale se cache une intervention architecturale fort contestée qui a entraîné des conséquences dramatiques où, à toutes fins pratiques, l’âme d’une partie du quartier s’est dissipée. Certes, la Place Royale était dans un état de délabrement au début des années soixante et nécessitait la mise en place d’un programme de restauration. En réalité, ce fût une opération de table rase du secteur qui a fait naître trois principales caractéristiques :

- l’absence d’une multiplicité d’usages qui pourraient attirer les citadins ;
- la domination de certaines pratiques sur la place comme la traversée, la contemplation ou la courte flânerie ;
- la tendance à la muséification de la place, c'est-à-dire que son rôle n’est pas la satisfaction des besoins des habitants.

Quel pourrait être l’avenir de la Place Royale ? Assisterons-nous à plus ou moins long terme à la renaissance du secteur et par le fait même à une qualité de vie porteuse d’une augmentation des résidents ? Est-il permis de croire qu’on puisse concilier la mise en valeur de ce patrimoine, certes ressucité et contestable à plusieurs égards mais à tout le moins présent, avec un cadre urbain où se déroulent les fonctions élémentaires de l’habitat, du commerce et de l’emploi ?

Malheureusement, on peut douter que la Place Royale puisse évoluer en ce sens compte tenu de son statut juridique actuel et de la rigidité du paysage modelé sur un concept de quartier-musée. Bien que le projet de l’îlot 4, plus exactement la restauration et la reconstruction respectives des maisons Hazeur et Smith, a intégré des fonctions plus traditionnelles, avec par contre un centre d’interprétation, l’avenir du secteur n’apparaît pas plus porteur d’une émergence urbaine, à contrario du concept de quartier-musée si important pour les succès touristiques et qui continuera certainement à perdurer.

FIN



(1) Isabelle Faure : « La conservation et la restauration du patrimoine bâti au Québec. Étude des fondements idéologiques à travers l’exemple du projet de Place Royale ». Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Paris, oct. 1995, p. 357.
(2) Faure, op., cit., p. 310.
(3) Jean Cimon
: « Promoteurs et patrimoine urbain ». Montréal, Éditions du Méridien, 1991, p. 38.

Envoyé par - François - le octobre 18, 2003 08:01 AM
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