J'aimerais conclure ce petit voyage à Kamouraska par ce magnifique texte sur le fleuve St-Laurent. Un fleuve qu'on admire, sur lequel voguent des rêves d'hommes et de femmes, où ses rives sont porteuses de multiples réalités de populations et dans lequel je me suis souvent perdu pour mieux vivre la vie qui s'écoule.
Ce texte est de Marc CHABOT, écrivain, essayiste, parolier et ami. Il l'a écrit et lu dans le cadre des festivités du 325e anniversaire de fondation de la seigneurie (1) de Kamouraska en 1999.
Merci à Marc d'avoir autorisé sa publication.
Le fleuve
Il y a des jours où je ne le vois pas. Alors, je sais qu’il me manquera du bleu. J’ai besoin de ce bleu. J’ai besoin de cette immensité en moi.
Partager avec les autres le beau et le bleu du fleuve.
C’est un paysage dans l’âme.
Le fleuve nous habite comme une idée. Il est tout aussi important que le sang qui coule dans nos veines.
Il y a des dizaines de fleuves. Celui de la baie de Beauport. Celui de l’île d’Orléans. Celui de l’île aux Grues. Celui de Montréal. Celui de Trois-Rivières et celui de Baie-Comeau et celui de Kamouraska.
Combien de rêves flottent sur ces eaux ? Des rêves qui se sont faits bateaux, bouteilles et goélettes. Des rêves qui sont devenus voyages, fuites et découvertes.
Une ligne d’eau que l’on suit dans nos villages et nos villes.
Une ligne d’eau qui est une ligne de vie.
Mes pieds qui s’enfoncent dans le sable de la grève.
Le bruit que font les vagues.
Une femme qui marche à mes côtés.
Un ami qui ne sait pas encore en voir toute l’étendue.
Je ne sais que m’asseoir devant.
Je suis d’une génération urbaine. De ceux et celles qui ont réduit le fleuve à un paysage.
Sur le quai, un enfant lance sa ligne. Il y a peut-être moins de poissons qu’avant, mais il peut y capturer quelques rêves et notre histoire.
À Kamouraska.
Sur le bord d’un quai qui aurait besoin d’être rénové.
Ils viennent en grand nombre pour parler. Ils viennent pour faire silence. Des gens du village et les autres.
Le soleil tombe et nous le regardons tomber. Nous le regardons s’enfuir derrière les montagnes de Charlevoix.
Lentement.
Parfois camouflé derrière des nuages, parfois rouge comme un feu qui refuse de s’éteindre.
Il n’y aura aucun coucher de soleil identique.
Ils seront tous différents. Mais je voudrais les voir tous. Je voudrais pouvoir marcher ici chaque soir.
La fin du jour y est apaisante.
C’est une invitation à la mer. Une invitation à l’infini du regard. Une invitation à plus loin que nous.
L’au-delà terrestre, peut-être. L’au-delà de l’humanité.
De Kamouraska on peut comprendre que le regard peut se perdre dans plus grand que lui. Comme l’homme qui tombe en amour, comme la femme qui tombe en amour. Les humains tombent en amour en même temps qu’ils s’élèvent vers plus grand qu’eux.
Parfois vient un poème, parfois vient un enfant. Le poème et l’enfant, il nous faudra apprendre à les mener au plus loin d’eux-mêmes.
Le plus loin de nous est parfois tout près de nous.
Le plus loin de nous est parfois tout près de nous.
Marc Chabot
8 août 1999
(1) Grosso modo, la seigneurie est d'abord un ancien système politique mis en place par le régime français en Nouvelle-France à partir du 17e siècle. C'est aussi un découpage du parcellaire où les terres sont divisées en longues bandes étroites avec un accès au réseau fluvial. Pour en savoir plus.
Envoyé par - François - le octobre 23, 2003 11:05 AMBeau texte - - - Kamouraska c'est trop beau. Je pense surtout aux falaises près du fleuve dans le coin de St-André et le petit camping qui s'y trouve. C'est aussi un endroit que les autochtones ont reconnu bien avant nous - il y a eu de nombreux camps.
De belles photos que tu as mis.
Envoyé par: neige le octobre 27, 2003 10:08 AMJe ne me souviens plus si je l'avais mentionné mais le mot Kamouraska est un nom amérindien qui veut dire « là où poussent les joncs ».
Envoyé par: Francois le octobre 27, 2003 03:08 PMfélicitation votre texte sur le fleuve st-laurent est très beau.
valérie
Envoyé par: valérie dionne le mai 1, 2004 11:23 AM