lundi, le 27 octobre 2003

De vulgaires hiverniens

En parcourant la blogosphère, j’ai lu récemment quelques billets sur la question de notre climat. Celui de Neige (24-10-03) était intéressant et citait le géographe Louis Edmond Hamelin, le père du concept de nordicité. Et c’est quoi la nordicité ? On peut la définir comme une notion qui fait référence à tous les éléments qui influencent les conditions de vie à l’intérieur de la zone froide de l’hémisphère boréal, tels que le froid associé à l’humidité, la neige, la glace, le vent, les extrêmes saisonniers.

Dans notre nordicité québécoise, le froid et la neige sont partie prenante de notre culture comme les nombreux contes et légendes en font foi. Pourtant, dans notre société, il semble que le climat froid ne soit pas tellement pris en compte dans l’urbanisme et la planification urbaine alors qu’il est assurément un agent de modification significative dans l’élaboration des politiques urbaines. Quelques auteurs dont le plus célèbre est peut-être Norman Pressman, ont évalué nos politiques urbaines en fonction du froid et ont voulu proposer des pistes de recherches devant aboutir à l’élaboration de ce qu’on pourrait appeler des politiques urbaines hivernales. C’était l’objectif que je poursuivais dans mon mémoire de maîtrise en urbanisme : élaborer des directives de planification et d’aménagements qui viseraient à mieux intervenir sur la ville nordique et dans mon cas précis, pour la Ville de Québec.
Au départ, un constat : de nombreux facteurs ont fait que nos politiques urbaines ont négligé le facteur climatique :
- avant la crise énergétique de1973, une croyance en des sources énergétiques inépuisables ;
- un haut standard de vie ;
- une tradition d’architecture et d’urbanisme calquées sur des concepts généraux ;
- une forme urbaine fortement inspirée de la forme américaine (faibles densités, maisons unifamiliales détachées, nombreux déplacements automobiles, etc.) ;
- une urbanisation rapide d’après-guerre ;
- peu de recherches appliquées en climatologie urbaine.

Selon plusieurs auteurs, tous ces aspects ont fait en sorte que la forme urbaine canadienne et québécoise, dans leur contexte nordique, sont inadaptées pour les plusieurs raisons :
- elles sont inefficaces énergétiquement ;
- leur gestion est coûteuse ;
- elles sont un calque de la forme urbaine du sud.

Comment peut-on justifier la répétition de la même forme urbaine pour les villes du Yukon et de la Nouvelle-Écosse, alors qu’il existe de fortes amplitudes thermiques ? L’explication résiderait dans la protection de la propriété privée, une valeur importante qui a comme effet de rendre difficile des innovations dans les établissements humains. En d’autres mots, la planification urbaine conventionnelle et la gestion qui en découle sont des pratiques fortement implantées qui négligent les différences climatiques régionales.

Par ailleurs, Pressman et Zepic (1) ont mis en lumière une série de facteurs socio-économiques comme l’énergie, la mobilité des personnes, l’habitat, l’espace public et l’environnement visuel qui ont contribué à l’édification d’une forme urbaine inadaptée au froid. Par exemple, la mobilité pour accéder au travail, aux services ou aux commerces se caractérise par de longs déplacements en automobile qui entraînent de la congestion, de la pollution, de nombreux accidents et des coûts énergétiques élevés. Dans une position nordique, le froid, la neige, le vent et la noirceur qui s’abat rapidement en hiver aggravent ces facteurs.

La nordicité nécessite inévitablement une planification urbaine qui lui soit adaptée et c’est pourquoi elle doit prioriser une approche microclimatique qui prend en compte les contraintes climatiques. Ainsi, il faut que la forme urbaine soit compacte, donc efficiente en termes de conservation de l’espace et de l’énergie.

Les avantages d’une forme urbaine compacte sont les suivants :
- conservation de terrains à des fins récréatives et agricoles ;
- protection de l’environnement par l’utilisation optimale des terrains ;
- économies d’infrastructures urbaines ;
- efficience et consolidation des services urbains, évitant la dispersion et la duplication d’institutions comme les écoles ;
- économies de temps dans les déplacements ;
- diminution de la consommation énergétique.

Une forme urbaine compacte efficace énergétiquement passe par une approche où les concepts de design urbain, les politiques de développement territorial et les stratégies d’implantation des services urbains tiennent compte du climat. Une plnification intégrée quoi.

En ce qui concerne plus précisément l’efficacité énergétique dans les communautés urbaines nordiques, son atteinte passe par six principes :
- accroître les densités commerciales
et résidentielles, réduisant ainsi la longueur des déplacements ;
- construire des bâtiments multi-fonctionnels ;
- favoriser la mixité des usages ;
- intensifier les fonctions en adéquation des infrastructures urbaines existantes ;
- favoriser les transport en commun ;
- intégrer les usages, c'est-à-dire favoriser le regroupement des activités complémentaires. Par exemple, les zones récréatives doivent être facilement accessibles à partir des zones résidentielles et d’emplois.

Ces diverses mesures devraient servir de guide dans la planification des nouveaux développements, car elles permettent de réaliser le meilleur ratio coûts-bénéfices dans la perspective énergétique. En ce sens, les auteurs ont fait mention d’une suite de directives pour le développement des nouvelles communautés mais aussi pour les zones urbaines existantes comme la consolidation des zones construites, la construction d’habitations à haut rendement énergétique, etc.

Finalement, je crois que l’urbanisme doit avoir une approche microclimatique des projet qui prend en compte les effets du climat sur la ville et l’ensemble du territoire et dont l’application dans le processus de planification permettra d’optimiser la gestion des services.

Y a un objectif important : rendre la ville d’hiver plus vivable. En ce sens, on ne peut que souhaiter qu’on révise nos politiques urbaines. On peut croire que le secteur public doit être le précurseur d’une nouvelle approche pour le développement et la gestion des villes nordiques.
C’est une proposition intéressante mais on peut douter de sa réussite ; notre forme urbaine, fortement implantée sur le territoire et dans nos valeurs, est perçue comme un standard quelque peu immuable. Pour véritablement agir sur la forme urbaine et rendre la gestion des services plus efficace et moins coûteuse, les instances en amont du processus de planification doivent adopter des mesures plus coercitives afin de favoriser cet état.

On peut aussi mettre en évidence le caractère non-définitif des propositions émises qui intègrent bien la complexité des dimensions à tenir compte pour le développement des villes nordiques, où les emplacements des entités territoriales, la culture et les particularités respectives de ces communautés sont des aspects importants dans tout exercice de planification dans le nord comme ailleurs.



(1) PRESSMAN, Norman, ZEPIC, Xenia : « Planning in cold climates : A critical overview of canadian settlement patterns ans policies », Winter communities series, no. 1, 1986, 139 p.

Envoyé par - François - le octobre 27, 2003 07:23 AM
Commentaires

Fermont ... comme ville nordique, ça dit quoi ? (c'est pas cette ville qui est emmurée par ses édifies ? pour la protéger du froid )

Envoyé par: neige le octobre 29, 2003 06:20 PM

Le concept de nordicité et l'application de mesures qui en tiennent compte pour l'organisation des villes nordiques est très intéressant.
J'aimerais avoir plus d'information sur ce qui entoure ce concept et sur les réalisations exemplaires de villes qui en ont tenu compte.
André Ouellet

Envoyé par: André Ouellet le mai 2, 2004 10:28 PM
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