Hier, j’ai commencé cet article sur cette dame dont j’ai caché l’identité, question d’enrober le tout d’un petit halo de mystère, mais qui est simplement la maison familiale du bas du fleuve. J’en ai publié une partie, car je voulais peaufiner le reste. Voilà, je suis un peu moins enclin à étendre mes mots aujourd’hui. C’est peut-être novembre qui est entré en moi. Voici le reste.
C’est une vieille dame dans un pays tout jeune, un pays qui ne se nomme pas. Une centenaire que j'aime, qui porte les rides de ses cent soixante ans et comme elle est âgée, elle craque, surtout lorsque le vent souffle fort et se joue d'elle en se faufilant dans le grenier. Vieille, mais solide. Peut-être l’est-elle même plus que ces jeunes filles qui poussent aujourd’hui. Elle a entendu et écouté des hommes et des femmes : les disparus que j'ai souvent connus que par quelques photos et la voix des vivants, ces mêmes vivants que j’aime et qui m’aiment malgré l’adversité. Dans son corps résonnent encore des chants, des rires, des pleurs, des cris, ceux de la joie ou de la colère. Elle a aussi vu naître et mourir. Puis, il y a moi.
Un petit garçon qui dormait dans un lit souvent trop haut et trop grand pour lui et qui craignait tant les bruits de la maison que ses silences, eux que je fuyais sous les couvertures. Y a tout un amalgame d’odeurs, de sons, d’images et de touchés qui sont imprégnés dans mes sens et qui composent un chapitre important de mon enfance.
Devenu un homme, tout ça a plutôt apaisé et bercé mes nuits lorsque je la visitais. Récemment, on l’a en quelque sorte violé en la vidant de son contenu parce que l’autre vieille dame, ma grand-maman, a dû la quitter pour un foyer. Sa séparation a sans aucun doute été plus malheureuse que la mienne. Pour ma part, y a des montagnes que je ne grimpe plus, si petites soient-elles. La montée qui mène au ciel de cette maison, celui qui a veillé au-dessus de moi et que je voulais à mon tour léguer à mes enfants, est un autre Everest qui fait partie d’une chaîne déjà très longue et à laquelle s’est ajoutée encore une montagne cette semaine.
Envoyé par - François - le novembre 4, 2003 03:42 PMQu'est-ce que je disais déjà?
Ah oui, ta poésie!
Très beau et touchant ce texte!
Envoyé par: Nathalie le novembre 4, 2003 04:15 PMTrès belles images François - j'aime ces maisons. Me rappelle celle de ma grand-mère, j'aime y retourner pour aller fouiller au grenier.
Une amie avair écrit ceci : « En peu de temps, cette pièce était devenue mon chez moi, la lampe est devenue 'ma' lampe, le lit, 'mon' lit. Cette vieille maison renferme des trésors de banalité, de pas racontable, de rien de spécial à dire. Blottie à l'ombre des ramparts depuis 200 ans, elle abrite ses propriétaires, un vieux couple qui se ratatine. Maison et maisonnée vieillissent ensemble du même temps, de la même usure. Toutes deux recroquevillées, se vouant passionnément à l'ordinaire. Tout est réuni pour l'intimité... ». Rien d'autre jusqu'à l'arrivée de M. »
... même usure... et c'est bien vrai.
Envoyé par: neige le novembre 5, 2003 10:35 AMneige > Les mots diffèrent mais on y lit les mêmes émotions. Ma nostalgie, elle me prend à la fois au coeur et à la gorge mais fait surtout partie de moi et me réjouit.
Envoyé par: Francois le novembre 5, 2003 10:43 AMBon Jour François. Je t'avais envoyé un courriel pour me présenter mais va savoir ce qui s'est passé, il se balade maintenant dans ce si étrange univers virtuel...Quoi qu'il en soit: Des amis communs. Un parcours de vie qui se ressemble. Des raçines communes et peut-être même la passion de l'écriture en commun... Si tu as le goût d'échanger avec moi de façon toute simple, tu as mon adresse électronique...
Avec toute ma tendresse océane,
dame brume :o)
Envoyé par: brume le novembre 5, 2003 03:01 PMc nul
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