lundi, le 10 novembre 2003

Le centaure (I)

En compagnie de ma mère, j’écoutais un documentaire qui montrait des chevaux attelés travaillant avec des hommes en bordure de mer. Une race de chevaux dont j’oublie le nom, mais ils étaient des mastodontes, des bêtes immenses et puissantes. Ma mère m’a alors raconté l’histoire d’un homme et de son cheval.

Il y a quelques décennies, la vie rurale au Québec était rythmée par les saisons qui conditionnaient les activités des hommes et des femmes sur la terre. Dans ma famille maternelle, cette terre était autrefois une mère nourricière, parfois ingrate, parfois généreuse, et dans laquelle des hommes et des femmes ont mis la main pour puiser ce qui allait devenir le pain et le beurre. L’été, on récoltait ce qu’on avait semé plusieurs semaines auparavant pour nourrir les personnes ou les bêtes, ces dernières donnant le lait et ultimement la viande. L’hiver pointant son nez avec le retour du froid, la terre entrait alors dans son hibernation et les hommes quittaient leurs champs pour gagner les terres forestières.

Parmi ces hommes, y avait mon grand-père maternel. Il rejoignait l’arrière-pays du Kamouraska, là où le plateau appalachien est inondé de forêts, tandis que grand-maman avait la tâche importante et parfois ingrate de veiller sur la famille et au bon fonctionnement de la ferme. Comme beaucoup d’hommes, mon grand-père allait arracher les arbres à la terre et à la forêt pendant les longs mois d’hiver, luttant contre le froid et la neige. Cependant, il ne partait pas seul, car son coéquipier l’accompagnait.

Avant la grande mécanisation des chantiers, bûcher était un travail d’équipe entre l’homme et le cheval ; les deux entraient dans la forêt dense, le bûcheron abattait l’arbre, attachait la bille à l’attelage du cheval avec des chaînes et celui-ci la tirait dans un sentier. Une opération de transport qu’on nomma le halage. Mais ce qui m’a fasciné dans le récit de ma mère, c’est cette relation et cette symbiose qui existaient entre mon grand-père et le cheval. La bête effectuait parfaitement son travail en suivant ce que lui commandait la voix et parfois il anticipait même ce qu’on allait lui demander. Un cheval déterminé, têtu et au caractère bien senti paraît-il, comme mon grand-père qui était le seul à pouvoir l’approcher.

À suivre...

Envoyé par - François - le novembre 10, 2003 07:59 PM
Commentaires

Il reste encore quelques endroits au Québec où il est encore possible de voir cette belle relation. Je pense à la forêt de l'aigle en Outaouais où j'ai eu la chance de voir des chevaux sourire en travaillant... et les bucherons siffler... c'était vraiment extra.. Tout comme ces moments personnele que tu partages avec nous... C'est très passionnant.

Envoyé par: pascal le novembre 10, 2003 08:31 PM
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