J'avais 19 ans. Durant les dix heures de route d'autocar qui m'amenaient à Prague au départ de Paris, j'étais parvenu à commencer l'écriture de ce que j'appelais pompeusement un roman. De temps à autre par contre. Il y avait cet Ukrainien francophile assis à côté de moi, un homme fort sympatique qui regagnait son pays et qui m'avait parlé et parlé pendant des heures. L'envie de raconter son pays et de la difficulté de s'en être déraciné. Je l'écoutais. Je ressentais une certaine affection pour cet homme dans la cinquantaine ; sa voix, calme, m'apparaissait sincère et ce qu'il dépeignait comme étant sa vie était à la fois dramatique et plein d'espoir. À l'écouter et le côtoyer, j'avais l'impression qu'on pouvait devenir un meilleur homme. Cette nuit de décembre 1992, j'ai connu l'humilité.
Envoyé par - François - le décembre 1, 2003 09:11 PM