Par une belle journée d'été, lorsque j'ai découvert que l'amour a aussi un autre visage que celui du papa ou de la maman, j'ai fait ce que tous les garçons et jeunes filles s’amusent à faire un jour ou l’autre : j’ai cueilli une marguerite qui poussait là, à travers la haie et je l’ai déshabillée, arrachant un pétale à la fois :
- Elle m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout…
Le cul assis sur la chaîne de trottoir, je scrutais la fleur dénudée et j’écrasai son cœur jaune sur ma main, libérant les semences par dizaines. Combien aurons-nous d’enfants ? Tape sur la main : un, deux, trois, quatre, cinq… Beaucoup des semences ont collé à ma main. Elles sont trop nombreuses pour être chacune un enfant. Le derrière posé sur le ciment, la marguerite fait rêver.
La nuit dernière, j’ai rencontré l’insomnie. Au lieu de faire le vide et relaxer, j’ai pensé à cette image de la marguerite, qu'on peut en devenir une et que la vie s’amuse alors à retirer nos pétales, lentement, un à un, en récitant :
- Tu vivras un peu… Beaucoup… Passionnément… À la folie… Pas du tout.
Elle a aussi écrasé et pressé un coeur pour le vider, non pas de son sens, mais de sa capacité d'être.
L’impuissance. L’impuissance à arrêter le viol de son intégrité. Une marguerite, on peut en cueillir une autre.
Envoyé par - François - le décembre 11, 2003 01:17 PMAlors j'aimerais être une margueritte pour que l'on me dénude un peu, beaucoup ... !
Envoyé par: Elle le décembre 11, 2003 04:23 PMJe ne savais pas que l'on devait ensuite écraser son petit coeur dans notre main...
Beaucoup d'insomniaque sur la toile, décidemment...