Comme il arrive souvent le lendemain d’une tempête, le soleil brille. Ce matin, un mince filet d’une lumière blanche, tirant sur le jaunâtre, s’est glissé entre les lamelles de ce store que j’ai toujours détesté. Elle frappe mon œil droit qui était, il y a quelques minutes à peine, encore voilé par cette paupière nerveuse qui bat rapidement pour couper l’entrée d’une lumière bien trop forte pour l’œil matinal. Qu’une envie à cette heure si matinale, celle de m’enfouir un peu plus la tête pour la noyer dans l’oreiller pour fuir dans le sommeil. Mais mon éveil est maintenant complet. De sa petite mitaine, le chat vient caresser la porte de la chambre, qui grince et qui perce le silence de la pièce. Comme à tous les matins, mon amour est là, jetant ce regard tendre vers le bleu de mes yeux. En me retournant dans le lit, je remarque que la lumière du soleil noie la chambre d’une douce chaleur et que la poussière des meubles voyage comme mille étoiles, chacune s’étiolant vers l’ombre au fond de la pièce.
Fuyant son regard, je me lève du lit pour enfiler le jean noir, la chemise noire, les chaussettes de même couleur et le veston gris qui tranche à peine avec la monotonie de mon habillement. Encore incertain de n’avoir rien oublié pour cette autre journée où je serai une fois de plus cloîtré entre ces murs sentant la tristesse, je jette ce regard quotidien à cette jeune femme si belle que j’aime et dont rien au monde ne pourrait m’empêcher d’admirer la beauté, sinon elle.
Comme je le fais parfois, je m’en approche. D’une main délicate qui a effleuré son corps pour la dernière fois voilà plusieurs mois, je prends cette photo où, assise sur un banc du parc de ce petit village de France, lieu de notre rencontre, elle sourit au grand jour. Je la glisse dans la poche intérieure du veston pour qu’elle m’accompagne et je quitte mélancoliquement la pièce.
Envoyé par - François - le décembre 16, 2003 09:47 AMLa photo près de ton coeur (poche de ton veston) m'a fait penser au poeme d'arthur rimbaud. Aucun lien, juste un souvenir de ce poeme en te lisant.
Ma bohème
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal,
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !