Je dormais donc depuis assez longtemps lorsque je me sentis secouer rudement par le boss des piqueurs, Baptiste Durand, qui me dit :
- Joe ! Minuit vient de sonner et tu es en retard pour le saut du quart. Les camarades sont partis pour faire leur tournée et moi je m'en vais à Lavaltrie voir ma blonde. Veux-tu venir avec moi ?
- À Lavaltrie ! lui répondis-je, es-tu fou ? Nous en sommes à plus de cent lieues et d'ailleurs aurais-tu deux mois pour faire le voyage, qu'il n'y a pas de chemin de sortie dans la neige. Et puis, le travail du lendemain du jour de l'an ?
- Animal ! répondit mon homme, il ne s'agit pas de cela. Nous ferons le voyage en canot d'écorce, à l'aviron, et demain matin à six heures nous serons de retour au chantier. Je comprenais.Mon homme me proposait de courir la Chasse-Galerie et de risquer mon salut éternel pour le plaisir d'aller embrasser ma blonde, au village. C'était raide ! Il était bien vrai que j'étais un peu ivrogne et débauché et que la religion ne me fatiguait pas à cette époque, mais risquer de vendre mon âme au diable, ça me surpassait.
- Cré poule mouillée ! continua Baptiste, tu sais bien qu'il n'y a pas de danger. Il s'agit d'aller à Lavaltrie et de revenir dans six heures. Tu sais bien qu'avec la Chasse-Galerie, on voyage au moins 50 lieues à l'heure lorsqu'on sait manier l'aviron comme nous. Il s'agit tout simplement de ne pas prononcer le nom du bon Dieu pendant le trajet et de ne pas s'accrocher aux croix des clochers en voyageant. C'est facile à faire et pour éviter tout danger, il faut penser à ce qu'on dit, avoir l'oeil où l'on va et ne pas prendre de boisson en route. J'ai déjà fait le voyage cinq fois et tu vois bien qu'il ne m'est jamais arrivé malheur. Allons mon vieux, prends ton courage à deux mains et si le coeur t'en dit, dans deux heures de temps, nous serons à Lavaltrie. Pense à la petite Liza Guimbette et au plaisir de l'embrasser.
C'était un extrait de la légende de « La chasse-galerie » écrite par Honoré BEAUGRAND. Cette légende fait partie des classiques de notre imaginaire collectif. L'arrivée officieuse de l'hiver qui a souvent servi de toile de fond aux contes et légendes québécois m'a donné envie de péparer un document PDF (532 ko) dans lequel vous pourrez lire l'oeuvre intégrale. On le télécharge en cliquant ici.
Envoyé par - François - le décembre 17, 2003 07:44 AMBonjour !
Et merci pour le conte; j'ai relayé ton billet sur mon carnet!
À la prochaine!
Zénon
Et bien moi, je bouquine tout ça, des que l'imprimante à terminer son boulot :c)
Envoyé par: Wille le décembre 17, 2003 11:00 AM