jeudi, le 8 janvier 2004

Le froid et le chaud

Aujourd'hui, 11h30, il fait –26° C dehors. Ça n'a rien d'exceptionnel en ce pays et malgré ce que plusieurs peuvent croire, il peut faire chaud à cette température. Une température glaciale à fendre l'écorce d'un arbre, comme mon souvenir de ce gros et grand merisier en face de notre ancien chalet dont l'écorce s'était fendue durant une nuit polaire sur toute sa hauteur. Plus tard, la plaie s’est refermée et l’on apercevait une grande cicatrice sur cet être immense.

J'ai toujours considéré les arbres comme des êtres à part entière. L’été, je m’évadais dans la forêt environnante pour écouter leurs feuilles au vent, tandis que l’hiver, malgré leur nudité, le froid et le vent faisaient parler les arbres autrement. Raquettes aux pieds et emmitouflé, j’adorais marcher dans la forêt lors des nuits glaciales à travers les arbres, où seule la lune éclairait faiblement mon chemin. Je me croyais presque en expédition avec ma lampe de poche, mes allumettes et mon grand couteau au cas où des loups m'attaqueraient. J'aimais me faire peur, car je doute qu'il y avait de ces animaux. Alors les nuits où je me sentais brave, je m’enfonçais un peu plus loin à travers les bois et après plusieurs minutes de marche, je m’arrêtais pour écouter les arbres gelés qui craquaient parce que le vent les faisait balancer. Parfois, pour résister au froid, j’allumais un petit feu non loin de la source au bout de notre immense terrain. En me réchauffant, j’étirais le plaisir d’être là.

Ça fait près de quinze ans la dernière nuit où je suis allé dans ma forêt et je me demande si mon merisier était encore là. Si lui se dresse toujours aussi droit, aussi fièrement.

Envoyé par - François - le janvier 8, 2004 11:44 AM
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