Le Rat de ville et le Rat des champs
Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans.
Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.
- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;
Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.
Jean de la Fontaine, Le Rat de ville et le Rat des champs, Livre I.
Il y a de belles leçons à tirer des fables de Jean de la Fontaine. Dans celle-ci par exemple, où il a illustré par un rat de ville et un rat des champs une certaine opposition entre celui qui impose et celui qui acquiesce quelque peu naïvement, ou en d'autres mots il a démontré l'ascendance du premier sur le deuxième, je jugerais à des écoutes et des lectures çà et là qu'il existe des ratés sympathiques et des ratés pathétiques. Les premiers nous font sourire par leur bonhomie, leur innocence et leur grande naïveté, tandis que les deuxièmes en font pitié tellement ils sont risibles, grotesques et simplement minables et pitoyables.
Envoyé par - François - le janvier 25, 2004 10:17 AMDe Jean de la Fontaine à Félix Leclerc, il faudrait voir jusqu'à quel point notre littérature anti-urbaine est à la base de la crainte de la ville et de sa triste corollaire : l'engouement pour la banlieue.
Envoyé par: Jean le janvier 25, 2004 08:49 PMLes Tremblay, Jasmin, Lemelin ou Lelièvre ont tout de même écrit et décrit des quartiers dans leurs oeuvres. Chez Gabrielle Roy, elle a décrit la misère d'un quartier Saint-Henri. C'était tout de même une réalité de classe populaire. Et je doute fort que les villes de l'époque de De la Fontaine étaient bien attirantes. Alors je peux comprendre l'idéalisation de la vie rurale (même si elle ne correspondait pas à la réalité). Faire un parallèle entre littérature et l'engouement pour la banlieue, ça, je sais pas.
Envoyé par: Francois le janvier 25, 2004 09:22 PMOui, il y a eu une littérature et une chanson urbaines (Tremblay, Lemelin, Beau Dommage, Lelièvre), et elles ont aussi eu leur influence.
Mais il n'y a pas, que je sache, de littérature anti-rurale - alors qu'il y a celle anti-urbaine. Le gris du béton, l'air parfois poussiéreux et la foule des villes semblent frapper l'imagination, mais la rectitude littéraire semble interdire que l'on puisse faire un poème avec le purin, la pollution de la nappe phréatique, l'érosion des rives, et toutes ces saloperies qui font qu'en matière de pollution, la campagne n'a aucune leçon à donner à la ville.
Je ne sais pas si je suis mal tombé, mais j'entends quotidiennement des propos nombreux qui me laissent croire que les Québécois, et plus particulièrement les Québécois francophones, sont majoritairement urbanophobes. Est-ce cette urbanophobie qui alimente une certaine littérature ou l'inverse ?
Envoyé par: Jean le janvier 27, 2004 10:49 PMPeut-être existe-t-il encore vieux réflexes catho de la terre de cheu (sic) nous ?
Envoyé par: Francois le janvier 27, 2004 10:56 PM