Onze années plus tard, je relis le journal de ce rendez-vous avec celle que j’aimais alors. Le style d'écriture a changé, mais pas tant que ça je dirais. Première page des premières impressions de Prague découverte au matin du 21 décembre 1992, une journée avant mon vingtième anniversaire de naissance. Le corps fatigué d'une longue nuit en autocar depuis Paris, la Tchécoslovaquie, qui disparut le 1er janvier 1993 pour faire place à deux états, était sous mes pieds. Voici une page de ce journal que j’aurai écrit durant trois mois :
Prague, le 21 décembre 1992
Je suis arrivé à Prague vers 7h30. La consigne du terminus de bus n'étant pas trop rassurante, je trimbale les kilos de mon sac à dos... sur mon dos. Il est un peu plus de 11h00 et j’écris d’un petit café situé place de la Vieille Ville où je me suis réfugié pour manger et boire un peu. La place est entourée de superbes bâtiments et joliment décorée d’un immense sapin et de lumières de mille couleurs qui rappellent que Noël n’est plus que dans quelques jours. Sur le menu du café, j'ai reconnu les mots pivo et sandwich. Alors je me suis rabattu sur une bière et ce qui s'avère être un petit sous-marin au jambon. Le petit resto est calme et joue de la musique et des chansons tchèques. Normal, j'y suis, enfin. Une année et demie après notre rencontre en France, six mois après son séjour trop court au Québec, me voilà enfin dans son pays à quelques heures de nos retrouvailles. Elle doit me rejoindre à 16h30 au beau milieu du pont Charles. Ensuite, nous quitterons la ville pour rejoindre la sienne, Bratislava. J’ignore si nous voyagerons en train ou en bus mais je serai crevé après les 400 kilomètres qui séparent les deux villes. Je crains 16h30. L’excitation est mêlée d’appréhension.
Je me souviens que la ville m'avait littéralement enivré. Ce jour-là, malgré le poids de mon attirail, j’ai sillonné les rues des différents quartiers du centre, me régalant de l’architecture et des cours intérieures où je m’engouffrais pour sentir la vie praguoise. Je regardais nerveusement ma montre aux cinq minutes pour voir si le temps avançait plus rapidement et comme on surnomme Prague « la ville aux mille clochers », les horloges qui les ornent battaient en moi le rappel de l’heure de sa chaleur et de ses bras.
Envoyé par - François - le février 11, 2004 09:45 PMComment c'etait, autour de toi, en ce qui concerne la situation politique? Est-ce que tu as ressenti l'important changement qui allait se produire quelques jours plus tard? Quel effet ca a fait de s'endormir un jour dans un pays et de se reveiller le lendemain dans un autre? ... ou est-ce que tu etais trop amoureux pour penser a des choses aussi triviales a ce moment-la? ;)
Envoyé par: lulu le février 11, 2004 10:28 PMHonnêtement, même étant sur place, je n'ai peu ressenti les changements. Il y a bien la monnaie, les couronnes, qui portaient des timbres pour différencier celles slovaques des tchèques mais je ne sentais rien, même pas de l'effervescence, puisque la population n'appuyait pas en majorité ce changement, me semble-t-il. Un choix de politiciens, car il n'y a pas eu de référendum.
Envoyé par: Francois le février 12, 2004 11:27 AM