mercredi, le 25 février 2004

Sens marqués (II)

Cette année là, je suis parti en même temps que l'hiver se pointait avec ses bottes. C'était à mon tour d'aller rejoindre M. Six mois de séparation, un visa tchécoslovaque de trois mois, un billet d'avion ouvert pour une année et de l'espoir plein le coeur. Je m'envolais.

Deuxième série en vingt-cinq petites vignettes de souvenirs de voyage : hiver 1992-93, Paris, Tchéco-Slovaquie et petites escapades limitrophes au pays, à l'âge de vingt ans.

- Les yeux de cet Ukrainien qui me parlait de sa vie dans le bus vers Prague. Humble.

- Le contraste encore visible entre deux mondes : l'avant et l'après rideau de fer, l'Ouest et l'Est, l'Allemagne et la Tchécoslovaquie. Frappé.

- Écouter la Vltava de Smetana au milieu du Pont Charles, fermer les yeux quelques instants et les ouvrir, Prague devant soi. Serein.

- M. qui marche vers moi sur le pont, habillée d'un long manteau de feutre beige, les cheveux attachés. Heureux.

- Mon premier matin à Bratislava et ce sentiment étrange. Inquiet.

- L’odeur de charbon qui se dégageait des cheminées des maisons dans les villages. Pénétré.

- Le grand-père de M. qui me servit un verre de fort à 8h00 du matin, le sourire aux lèvres. Assommé.

- Les petits lampions sur les pierres tombales allumés pour perpétuer le souvenir des disparus et qui brillaient dans la noirceur de la nuit. Calme.

- La petite dame de l’épicerie qui a couru après moi, panier à la main et qui me sermonnait parce que je n’en avais pas. Obligation.

- Mon invention et mon utilisation du mot « Québecski » au lieu de « Canadski ». Fier. ;-)

- Le réflexe d’avoir répondu en slovaque à une boulangère pour le choix d’un gâteau. Surpris.

- Le son du moteur des trolleybus. Graduel.

- La gardienne d’une salle de musée toute énervée de me montrer les mots Marc-Aurèle FORTIN et Québec dans une revue slovaque. Souriant.

- Les décorations de Noël à Vienne. Émerveillé.

- La lumière dans le vieux cimetière juif de Prague. Ému.

- Plus de cigarettes un dimanche soir et que tout, tout est fermé. Manque.

- Paris qui m’accueille encore en peine. Nostalgique.

- À l’aéroport Charles-de-Gaulle, mes oreilles qui sourirent d’entendre l’accent québécois après trois mois de silence. Amusé.

- L’est de la Slovaquie et la beauté des montagnes Tatras. Grandeur.

- Mes pirojki préférés que je mangeais chaud en attendant le trolley. Régalé.

- La savoureuse soupe piquante de la maman de M. Réconfortante.

- La vieille tzigane qui avait essayé de me passer des zlotys polonais au lieu des couronnes sur le marché noir. Méfiant.

- Le mot adieu prononcé à M. au départ pour Paris, elle qui me dit au revoir. Raison.

- La rue Mouffetard au petit matin à Paris et ses commerçants. Sympathique.

- Lire Libération aux jardins du Luxembourg une belle journée de printemps. Détendu.

Envoyé par - François - le février 25, 2004 08:50 AM
Commentaires

Salut François. Toujours intéressant de lire ces aventures par souvenirs.

Petite question : dans Sens marqués I tu indiques 20 vignettes et dans Sens marqués II tu indiques 25 vignettes. Passerons-nous à 30 pour sens marqué III :¬) (presqu'un bonhomme sourire MAC)...


Envoyé par: Pascal Lacasse le février 25, 2004 01:56 PM

Je trouve ca vachement sympathique, ces vignettes. Comme des images frappées à froid dans les yeux :)

Envoyé par: Meriallay le février 25, 2004 09:00 PM

J'aime beaucoup aussi ces instants, qui me rappellent la manière Perec, dans "Je me souviens"...

Envoyé par: Liseron le février 26, 2004 02:02 PM

Ha! Mouffetard...

Envoyé par: cfd le février 26, 2004 07:23 PM
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