mercredi, le 28 avril 2004

Robert à la plage...

« Chers papa et maman,
...Je continue ma lettre à bord de notre péniche d’assaut, qui nous amènera à notre cible. Nous sommes chanceux, car la mer est très calme, la température ainsi que le temps sont au beau. L’on nous dit que l’engagement avec l’ennemi prendra place vers 5h30. [...]

La lune nous éclaire suffisamment pour que je puisse continuer. Il y a deux heures et demie que nous naviguons, et je dois faire vite avant la nuit noire. J’en profite pour vous demander pardon pour toute la peine et les fautes que j’ai pu vous causer, surtout lors de mon enrôlement. [...] Si je reviens vivant de cette aventure et si je retourne à la maison, à la fin de la guerre, je ferai tout pour sécher tes larmes, maman, je ferai tout en mon pouvoir afin de vous faire oublier toutes les angoisses dont je suis la cause. [...] Mais lorsque vous apprendrez avec quelle bravoure je me serai battu, vous me pardonnerez toutes les peines que je vous ai causées. [...]

L’on nous avertit que nous sommes très près de la côte française. Je le crois, car nous entendons la canonnade ainsi que le bruit des explosions, même le sifflement des obus passant au-dessus de nos têtes. Je réalise enfin que nous ne sommes plus à l’exercice. Une péniche d’assaut directement à côté de la nôtre vient d’être atteinte, et elle s’est désintégrée avec tous ceux qui étaient à son bord. [...] Oh! mon Dieu, protégez-nous d’un pareil sort. Tant de camarades et amis qui étaient là voilà deux minutes sont disparus pour toujours. C’est horrible. Si je devais être parmi les victimes, Jacques vous apprendra ce qui m’est arrivé, car nous avons fait la promesse de le faire, pour l’un ou l’autre, au cas où l’un de nous ne reviendrait pas. Je vous aime bien et dites à mes frères et sœurs que je les aime bien aussi du cœur. »

Robert

C'était une lettre de Robert Boulanger, un soldat québécois qui sera tué dans la boucherie de Dieppe en France le 19 août 1942 en pleine seconde guerre mondiale. La lettre m'a touché : lire cet homme, conscient de sa mort prochaine, est troublant. Mort au combat.

Source : Nouvel Observateur

Envoyé par - François - le avril 28, 2004 11:36 AM
Commentaires

Et quand donc la race humaine pourra dire la tête haute: plus jamais la guerre?

Envoyé par: Guy le avril 28, 2004 01:31 PM

Guy > Jamais je crains...

Envoyé par: Francois le avril 28, 2004 01:39 PM
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