jeudi, le 6 mai 2004

Se bousiller l'existence

Le taux de suicide augmente de façon alarmante

Le phénomène du suicide prend une ampleur inquiétante au Québec selon une étude publiée aujourd'hui par l'Institut national de santé publique.

Cette étude démontre que le taux de suicide au Québec est passé de 14,8 par 100 000 habitants à la fin des années 1970, à 19,1 en 1999-2001. Or, dans le reste du Canada et la plupart des pays industrialisés, les taux sont en baisse.

Comparé à 20 pays industrialisés, le Québec affiche le troisième taux le plus élevé de mortalité par suicide chez les hommes et le sixième chez les femmes. La situation s'améliore toutefois dans les pays qui précèdent le Québec, alors qu'elle se détériore ici.

Par ailleurs, le taux de suicide chez les hommes atteint 30,7 par 100 000 habitants au Québec et se détériore dans tous les groupes d'âge mais touche particulièrement les hommes de 30 à 49 ans, catégorie qui regroupe la moitié de tous les décès par suicide.

Sur le plan régional, les taux de suicide sont significativement plus élevés en Abitibi-Témiscamingue, en Mauricie-Centre-du-Québec, sur la Côte-Nord, en Chaudière-Appalaches, au Bas-Saint-Laurent, à Québec, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et en Estrie. Les régions de Montréal, Laval et la Montérégie affichent des taux en-deça de la moyenne provinciale.

L'étude est publiée alors que s'ouvre à Montréal aujourd'hui le congrès international Pratiques novatrices pour la prévention du suicide. Source : Canoe

À la suite de la lecture de cet article, je me suis posé cette question :
quel est le problème du Québécois face à la vie ???

Envoyé par - François - le mai 6, 2004 11:19 AM
Commentaires

Moi aussi...
Quelques hypothèses :
- le suicide des jeunes hommes serait dû à leur éducation biaisée par les principes féministes comme quoi l'homme est un être inférieur, combiné à la perte de modèles masculins valorisants, combiné à la croissance des familles monoparentales où ce sont les mères principalement qui s'occupent des enfants
- la recherche d'autonomie principalement financière à un âge de plus en plus précoce qui pousse les jeunes à travailler très tôt, à négliger l'école, d'où un taux élevé de décrochage scolaire qui rend plus difficile l'accès au marché du travail dit traditionnel, d'où un désenchantement
- le manque de repères sociaux-culturels (méconnaissance de l'histoire du peuple québécois, des mythes fondateurs etc.) remplacés par une sous-culture de consommation de masse véhiculée par les médias surtout la TV
- etc. etc.
Un vaste débat.

Envoyé par: Emil le mai 6, 2004 12:39 PM

Tes hypothèses sont bien posées et rejoignent quelques-unes des miennes. Par contre, je trouve que l'explication féministe a ses limites et sert trop souve de justification aux hommes pour leurs échecs.

Envoyé par: Francois le mai 6, 2004 01:08 PM

N'empêche que j'ai souvent entendu des Québécois dont les mères laissaient sous-entendre, de par leur attitudes ou leurs paroles, que les hommes étaient des merdes; pas bo pour l'égo!
C'est quoi tes autres hypothèses ?

Envoyé par: Emil le mai 6, 2004 01:19 PM

Il me semble qu'il y a des pistes intéressantes dans les hypothèses énoncées, mais pour ce qui est de l'explication féministe je suis plutôt sceptique. La raison de mon scepticisme est que s'il est vrai que les données indiquent un plus haut taux de suicide chez les hommes que chez les femmes, par contre le taux de TENTATIVES de suicide chez les hommes et chez les femmes est à peu près équivalent selon les données. Donc à peu près le même taux de tentatives (et de désespoir?) chez les hommes que chez les femmes, la différence majeure serait que les hommes "réussissent" mieux leur tentative que les femmes, d'où le plus haut taux de suicide (le taux de suicide est finalement le taux de tentatives "réussies"). En quelque sorte la différence hommes-femmes tiendrait surtout (ou d'abord) en ce que les hommes employeraient des moyens plus "efficaces" (par exemple, emploi d'armes à feu plutôt que surdose de médicaments).

Mon hypothèse est que dans ces conditions, la première donnée à retenir est peut-être davantage le groupe d'âge que le sexe. Il y a peut-être une donnée liée aux contingences générationelles.

Voir ce portrait :

http://www.telequebec.tv/idees/archives/20011202/theme.asp

Je pense principalement (à la 2e page) aux considérations sur la transmission (définit comme trans-mission), au désengagement du rôle de "père" (au sens biologique du terme, mais aussi et surtout au sens culturel et institutionnel) - le Rémy du Déclin de l'Empire américain est un exemple patent de cette "mentalité" de malaise avec la transmission (même dans les Invasions barbares, dans la scène autour du feu, Rémy et ses comparses disent leurs élucubrations *savantes* en s'écoutant parler et, fait significatif, en ignorant la présence des deux enfants qui ne sont pas intégrés à un dialogue - il s'agit plutôt d'un soliloque).

Mon autre hypothèse est qu'il s'ajoute possiblement aussi des considérations liés aux horizons professionnels, aux possibilités de carrière (d'un travail *significatif* pour soi / ou encore un travail qui ne débouche pas sur une précarité pouvant contaminer la vie en dehors du travail). Ce sujet est beaucoup plus délicat, car il est vrai que certaines personnes peuvent s'en servir trop souvent comme justification pour leurs échecs sans prendre la peine de se remettre en question, de faire un travail sur soi et s'améliorer. Par contre, selon le portrait du lien ci-haut, il est frappant de constater certaines disproportions dans les structures de travail et ouvertures de postes/emplois à la hauteur de sa formation. Ça pourrait peut-être mettre en perspective le taux de suicide plus élevé en région. Aussi, au niveau de "l'emploi", il est peut-être possible que les hommes aient été davantage défavorisés lorsqu'il y avait "discrimination positive" dans la profession(par exemple, si les circonstances économiques/démographiques font qu'un seul poste spécialisé dans un domaine x exigeant un diplome universitaire s'ouvre à tous les trois ans et qu'à dossier égal les candidatures féminines sont prévilégiés...). Mais bon, ces dernières considérations s'éloignent un peu du sujet d'origine (mais s'il y a une différence hommes/femmes, à mon avis elle se situe davantage au niveau des professions où peu de postes sont disponibles et où il y a "discrimination positive" plutot que dans le discour féministe sur l'éducation proprement dit).

Enfin, ce sont les premières hypothèses qui me viennent à l'esprit, j'espère qu'elles ne sont pas trop naïves...

Envoyé par: Émanuelle le mai 7, 2004 11:39 AM

Suffit de regarder autour de soi, à la télévision, dans les magazines, les journaux. Un regard sur les modèles que la société(éducation, famille, travail, etc) nous fait gober dès la naissance et vous aurez une bonne idée de la source du problème, autant pour les hommes que pour les femmes, que pour les jeunes et les plus âgés.

Autrement, c'est du cas par cas. Le désespoir a beaucoup trop de racines, impossible de ne pointer du doigt qu'un, deux, trois coupables.
Et il fait très noir dans ce coin là, on ne voit rien, c'est avec difficulté qu'on fini par trouver le/les bobo(s).

(De plus en plus d'enfants, oui des enfants de six, sept ou huit ans, parlent de suicide. Dans quelle société nous vivons, dites moi ?)

Envoyé par: ~MariÅnGe~ le mai 8, 2004 03:03 AM