Au sujet des défusions municipales dont j'ai parlé à maintes reprises ici et qui m'obsèdent presque, tellement c'est un dossier que je trouve symptomatique de notre incapacité de nous retrousser les manches au Québec et bâtir du durable, j'ai écrit une lettre cette semaine au courrier des lecteurs de quelques journaux.
Quelques lignes se sont finalement étirées en deux pages où je me suis efforcé d'expliquer certains enjeux et réalités que semblent négliger les « défusionneux », consciemment ou non. Un copain l'a lue et l'a bonifiée, si bien que nous l'avons cosignée.
Cette lettre m'a redonné l'envie écrire sur les enjeux urbains, si bien qu'un autre article est en gestation dans ma p'tite tête et je compte bien le pondre dans les prochains jours. L'article sur les défusions est en annexe.
Pour un grand projet de ville
« L'heure est à la collaboration, affirment Boucher et Wilson », pouvait-on lire en page A3 du Soleil, édition du samedi 22 mai 2004. Les référendums maintenant acquis dans 12 anciennes municipalités, les défusionnistes de Québec entendent lutter pour disloquer la ville de Québec. Leur logique est simple : si toutes défusionnent, leur poids va permettre « au conseil d’agglomération de contrôler 66 % de la nouvelle ville » (Wilson). C’est faux.
D’une part, la loi 9 ne prévoit aucunement un quelconque pouvoir de cette structure sur la « nouvelle » ville de Québec. Si le scénario des défusions se concrétise, Québec se verra tout de même bonifiée de nouveaux pouvoirs. Plus important, le cadre juridique de la loi 9 sur lequel la population sera appelée à se prononcer prévoit une taxe d’agglomération et les citoyens des villes de banlieue défusionnées perdront le « contrôle » d’une partie de leurs taxes, puisqu’elle sera administrée par un conseil d’agglomération contrôlé par la ville-centre et qu’ils ne pourront voter pour les élus de cette même ville. Or, dans le fond, ils perdraient en démocratie, du moins en imputabilité. C’est surprenant que les leaders défusionnistes omettent ce point, eux qui se font les chantres de la démocratie.
Les défusionnistes répondront que si les mécanismes décisionnels de la loi qui prévoient grosso modo que la ville centrale et son maire, avec droit de veto faut-il noter, conserveront des compétences, non seulement sur son territoire, mais aussi sur celui de toute autre municipalité de l'agglomération ne leur donnent pas satisfaction, le gouvernement n'aura d'autre choix que de répondre à leurs demandes, précisent-ils. Voilà encore une approche simpliste de l'enjeu actuel, alors que les défusionnistes jouent d'hypothèses et lancent des bobards à la population pour les gagner à leur cause, car il est à noter que le législateur provincial demeure le seul maître du monde municipal québécois. Or, les récents propos du ministre Fournier et du gouvernement sont catégoriques : c'est la loi 9 ou la ville actuelle. Quant au Parti Québécois qui est le père des fusions municipales, gageons qu'il se ferait un joyeux plaisir de les envoyer paître.
Par ailleurs, ce qui choque et exaspère chez ces personnes, c'est leur ton revanchard et les propos qui appellent à créer les mêmes antagonismes et divisions entre le centre et la périphérie. Surprenant pour des personnes qui avaient fait les gorges chaudes quand le maire L'Allier avait glissé ce maladroit « maudites banlieues ». Ils sont les porteurs d'une vision urbaine archaïque et dépassée qui considèrent qu'une ville n'est qu'un prestataire de services comme réparer les nids-de-poule, déneiger les rues ou ramasser les ordures. De plus, ils galvaudent la notion d'appartenance et d'espace vécu à des fins purement partisanes, alors que la quotidienneté des citoyens n'a pas changé depuis la fusion. Le monticule de neige qu'ils ne voyaient pas auparavant prend aujourd'hui les dimensions d'un Himalaya avec la ville de Québec.
La ville et sa gouvernance sont des acteurs-clés du déploiement des villes sur l'échiquier mondial et Québec, avec sa taille modeste et ses problématiques urbaines somme toute réduites, est en meilleure position pour s'affirmer dans l'état actuel des choses. Nous sommes très loin de la méga-ville hors de contrôle comme certains aiment bien l'aboyer. Appuyer la ville de Québec fusionnée lors du référendum est porteur de défi et d'enthousiasme pour des jeunes au début de la trentaine comme nous qui s'opposent à la vision « gérontocratique » des défusionnistes.
D’autre part, en aucun de temps un vote à la question référendaire ne doit être réduit à un plébiscite à l'endroit du maire L'Allier. Seules les
élections municipales de 2005 sanctionneront ou non un éventuel nouveau mandat de M. L'Allier. Certains prennent un malin plaisir à personnaliser le débat pour exercer une vendetta qui n’a pas sa place, plutôt que dessiner les contours de la ville de demain et les enjeux auxquels nous ferons face. Cette absence de discours chez ces personnes serait-elle due à leur paresse, une quelconque nostalgie difficilement explicable ou bien à une incapacité de percevoir la ville comme un objet complexe ? Aussi, ne serait-il pas préférable de voter pour un maire d’une ville unique qui administre 100 % des taxes que nous payons que de voter pour un petit maire aux pouvoirs dilués qui n’administrerait qu’une fraction des taxes que les citoyens verseraient ?
En terminant, la logique de la loi 9 (fiscalité d’agglomération) devrait même être étendue à l’entièreté de l’agglomération, de la région d’appartenance, telle que définie par Statistique Canada et qui inclut bien d’autres municipalités qui sont économiquement et socialement rattachés à Québec, dont Lévis. Cela pourrait permettre d’intégrer tous ces changements avec une Communauté métropolitaine de Québec étrangement silencieuse depuis sa création… Et pourquoi pas un élu régional à la tête de cette dernière ? Le débat mérite d’être élargi.
Intéressant. J'espère qu'il sera publié. Je vais aussi essayer de faire ma part en soumettant un texte aux journaux dans les 15 prochains jours.
Je pense qu'il faut aussi dénoncer le mensogne des défusionnistes qui affirment « qu'ils ont eu 10%, et qu'il leur faut maintenant 35% du vote pour que la population retrouve les villes d'antan » alors que ce n'est pas ce que prévoient les conditions du référendum.
En effet, chaque fois qu'un citoyen va voter pour appuyer la nouvelle ville, ce pourcentage augmente... et dans le cas où 90% de la population irait voter, c'est 45% de la population totale qui devrait appuyer le démembrement pour qu'il prenne effet.
C'est pourquoi mon hypothèse est que le soir du 20 juin il n'y aura aucun démembrement... mais *beaucoup* de tensions sociales inutiles.
Un beau gâchis.
Envoyé par: Clément Laberge le mai 30, 2004 06:55 AM