Mon grand-père paternel est décédé en 1998 à l'âge vénérable de 90 ans. Grand-papa Roméo, comme nous l'appelions moi et ma soeur, ses seuls petits-enfants. Depuis notre naissance, ses sentiments pour nous ont toujours été la générosité, la bonté, la tendresse et un immense amour que moi et la petite soeur nous lui rendions avec autant de naturel. L'âge avançant, il devint plus aigri, voire désagréable, pas avec nous, mais à l'endroit de notre grand-mère qui écopait trop souvent en se taisant. Une femme de sa génération, trop silencieuse, malheureusement. Alors, grand-papa Roméo n'était pas un homme parfait, car au-delà de ses nombreuses qualités de générosité et de travailleur acharné, on disait de lui qu'il était têtu, entêté, bon râleur et parfois grognon. En ce sens, je dois bien admettre que je suis le digne petit-fils de mon grand-père...
Bon. À sa disparition, nous avons fait un grand ménage de toutes ces choses qu'il a accumulées et conservées religieusement. Toujours est-il que parmi nos découvertes, il y a eu ce petit cahier d'école de mon grand-père que mon père a égargé dans sa paperasse à lui. Le digne fils de son père. Par contre, a contrario de son paternel, lui a beaucoup moins d'ordre dans son désordre ;c) Néanmoins, il m'a apporté le dit livret cette semaine. C'est un cahier d'école aux feuilles jaunies et dans lequel mon grand-père écrivait de petites compositions que notait un professeur. Elles datent de janvier 1923 et mon grand-père avait alors quartorze ans, presque quinze. Je les aies relues avec émotion, m'étonnant de la qualité de sa plume et de la clarté de ses idées.
J'ai jugé primordial de les recopier dans leur intégrité pour mieux les conserver. Voici la première :
Envoyé par - François - le juillet 2, 2004 11:48 AMLequel des deux biens préférez-vous : la santé ou la richesse ?
Il est des personnes qui mettent la richesse au-dessus de tous les biens de ce monde.Être riche, disent-elles, c’est pouvoir se procurer tout. Rien d’impossible à l’homme fortuné : ses désirs à peine exprimés sont aussitôt exaucés et ses caprices immédiatement satisfaits. À ce compte, les personnes riches devraient être absolument satisfaites et heureuses puisque le bonheur consiste précisément dans la réalisation et l’accomplissement de nos désirs. Il n’en est pas ainsi et cette maxime « L’argent est la source du bonheur » reçoit de fréquents et formels déments. Tous les millions de la terre ne peuvent compenser l’absence d’un bien inestimable que seule la Providence détient et qui s’appelle la santé. La santé et non la richesse, voilà le plus inappréciable des biens. Être en bonne santé semble une chose si naturelle qu’on ne songe même pas à apprécier ce bienfait tant que l’on se porte bien. Mais vienne une maladie, une indisposition, une simple migraine ou un petit mal de dents et vite on appelle de tous ses vœux le rétablissement de cette santé sans laquelle la vie paraît si morose et si pesante.
Oui la richesse a ses avantages. Mais si j’avais à choisir entre elle et la santé, je n’ésiterais point un seul instant : je prendrais cette dernière car avoir la santé, avoir de la volonté et l’amour du travail, voilà la véritable et la seule richesse.
Roméo MARCOTTE
Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec.
20 janvier 1923
c'est tres bien dit en effet :)
Envoyé par: miss lulu le juillet 3, 2004 09:33 AMEt ce texte a été noté par son professeur?
Il y a quelques années, je suis tombée par hasard sur des lettres que ma grand-mère écrivait à sa mère juste après son mariage. C'était vraiment spéciale de voir cette relation entre ma grand-mère et mon arrière-grand-mère! :)
Merci François pour ce tendre rappel de mon parrain.
Envoyé par: Richard le octobre 1, 2007 02:42 PM