« Dans un voyage, le premier pronom personnel est incertain, il se réduit presque à une convention grammaticale. Qui est celui qui voyage ? Le « je » du voyageur n’est guère plus qu’un regard, une forme creuse où s’imprime le moule de la réalité, un récipient qui se laisse combler par les choses, leur donnant – par son tempérament, sa nostalgie et ses inquiétudes – une forme, comme un récipient donne forme à l’eau qui la remplit. »
Claudio MAGRIS : « Tchitches et Tchiribires », Déplacements, Éditions La Quinzaine littéraire – Louis Vuitton 2002, collection Voyager avec…
Ce « je » qui écrit aujourd’hui en écho à Magris est comme tout Homme, une forme malléable et non définitive. De ses voyages, ce « je » se rappelle des pavés arrondis par l’âge ou de ces pierres posées corps à corps, sculptant des œuvres : le château d’une ancienne dynastie, le domaine de l’évêque ou du roi, le vieux pont sur lequel ont défilé des vaincus, parfois des vainqueurs. Plus modestes, j’ai vu ces petites maisons comme ces boîtes où chaque appartement est l’alvéole d’une famille. Des supports de vie comme des décors pour des hommes et des femmes qui font parfois qu’une journée et son lendemain, un territoire nous sourit, tandis qu’un autre jour, les lieux d’hier semblent nous assaillir, presque inhospitaliers. Essentiellement, nous ne sommes qu’un regard de voyageur, nomade ou sédentaire de sa terre, qui voit beaucoup plus avec le cœur qu’avec les yeux.
Envoyé par - François - le juillet 10, 2004 12:48 PM