mardi, le 23 novembre 2004

Faire « dur »

J'ai eu une petite réaction d'épouvante lorsque mon père m'a appris que le récent Salon du livre de Montréal honorait le livre gastronome (i.e. le livre de recettes...), justifiant son choix comme suit :

« Permettons-nous ici de rappeler que le Salon du livre de Montréal n’a jamais prétendu être un Salon uniquement littéraire, pas plus qu’il n’a été, cette année, un Salon culinaire, un « Salon du livre de cuisine ». Il a été en 2004 ce qu’il a toujours été : un Salon de TOUS LES LIVRES, un outil essentiel de promotion du plaisir de lire et de bouquiner. »

Je suis comme madame B : il y a une marchandisation du livre et de l'écrit qui me dérange. Ça ne date pas d'hier, car les vendeurs de livres sur les vertus des cristaux ont envahi le temple depuis longtemps. J'entends déjà des voix me traiter de snob, lui qui parle de la littérature avec un grand L et de la culture avec un grand C. Grand bien leur fasse de jouer aux populo, mais le « chus ben comme chus » de plusieurs qui s'offusquent parce que d'autres ont plus d'adverbes ou d'adjectifs dans leurs tiroirs qu'eux, par exemple, j'en peux plus. Père, pardonne-leur, ils sont si cons...

Et, pour amener de l'eau à mon moulin, j'ai lu ce matin une lettre d'opinion d'une enseignante de littérature révoltée par l'intention gouvernementale de diminuer, sinon abolir la littérature du réseau collégial. Au diable les Molière, Racine, Nelligan, etc. Le premier ministre québécois qui s'enorgueillit de vouloir faire du développement durable une spécificité du Québec, lui qui a a défendu bec et ongles le projet de central thermique, mais qui a reculé uniquement en raison de l'opposition citoyenne, auraît intérêt à dépasser la vision « matérielle » que lui inspire cette notion. Le durable, c'est aussi l'esprit et l'intellect qui se bâtissent de concret, d'éphémère et de rêverie. Et pour faire quoi ? Uniquement la connaissance...

Envoyé par - François - le novembre 23, 2004 11:11 AM
Commentaires

Cher François,
Tout est économie et commerce, même les arts: vois les prix des oeuvres des peintres classiques, les entrées aux grands concerts...
De même, il règne un "grenouillage" lors des remises des prix littéraires et les éditeurs ont toujours le mot de la fin!
C'est la différence entre les personnages de Racine et de Corneille, entre les utopistes et les réalistes.
Il est difficile de trouver le juste milieu entre les c..s et les exploiteurs...
La frontière entre les compromis et les compromissions est ténue.
Amicalement

Envoyé par: Armand le novembre 24, 2004 10:59 AM
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