Enfin, il est arrivé. Jeudi dernier, plus exactement. J'éprouve toujours un grand plaisir avec les mots de Magris et depuis la semaine, il a encore réussi à m'éblouir.
Quelques auteurs ont réussi à semer en moi, mais rares sont ceux dont les semences ont fait naître tant d'images, de souvenirs de lieux ou de projets devenus vains, ceux-là mêmes que je retrouve travestis en rêve selon Nietzsche ; le rêve véritable, c’est la capacité de rêver en sachant qu’on rêve, écrit alors Magris, lorsqu’il cite le philosophe et écrivain allemand.
Puis, il y a cet « indisible » ; mes mots seraient de vaines explications de sentiments, alors que les siens sont pour moi l’expiation non pas de pêchés ou de fautes, mais de mon impuissance à faire des rêves de Nietzsche des réalités de François. Sans le savoir, l’écrivain aux mots de papier est comme mon Arche sacré :
« Le fleuve de l’Histoire emporte et engloutit les petites histoires individuelles, le flot de l’oubli les efface de la mémoire du monde ; écrire, c’est aussi marcher le long du fleuve, remonter son cours, repêcher des existences naufragées, retrouver des épaves accrochées aux rives et les embarquer sur une précaire arche de Noé en papier. »
Claudio MAGRIS
Utopie et désenchantement
Traduit de l'italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau.
Gallimard, coll. L'Arpenteur, 2001, 450 pages.
C'est une citation très belle, et particulièrement juste.
Envoyé par: aqb le janvier 25, 2005 04:22 PM