
« Les services secrets constituaient la base du totalitarisme à l’Est. Rien d’étonnant à ce que, une fois le régime déchu, chaque pays se soit attaqué à ses archives. Avec plus ou moins de succès.
Dans la Rome antique, à l’occasion de la lustratio, acte de purification et de réconciliation, on offrait un sacrifice solennel. Peut-on dire que, à la suite du changement de régime dans les pays anciennement socialistes, les sociétés aient fait de même et qu’elles se soient purifiées des péchés du passé à l’occasion de la “lustration” [le mot latin a fait son entrée dans le vocabulaire de tous les pays ex-communistes] ? A chacun sa méthode : c’est la recette de la confrontation avec le passé communiste dans les pays d’Europe centrale. » (Source : Courrier international)
L'hebdomadaire Courrier international présente dans son plus récent numéro (n° 752 - 31 mars 2005) un fascinant dossier sur les polices politiques et les services secrets des ex-pays communistes d'Europe. Mensonges, trahisons, intimidation, la liste des crimes est longue et malgré les quinze années qui nous séparent de l'effondrement de ces dictatures, des personnes découvrent encore avec stupeur que leur voisin, leur frère ou leur tante était aussi une taupe. Actuellement, des citoyens doivent encore se battre uniquement pour avoir le droit de savoir et c’est au nom de la mémoire qu’ils luttent, comme le Roumain Radu Portocala. Extraits :
« Pendant quarante-cinq ans, la mémoire des Roumains a été maintenue sous le joug de la peur. Nul n’avait le droit de se souvenir, c’eût été un début d’accusation. Pourtant, la mémoire a survécu. Et cette survivance n’a fait, après 1990, qu’embarrasser ceux qui vous ont précédé. Parmi eux, certains nous ont intimé d’oublier le passé, nous insultant pour notre obstination à nous rappeler, nous expliquant que seul l’avenir comptait. […]
Le régime communiste fut un régime de haine, et de cette haine est née l’iniquité qui nous a tous frappés. Le régime communiste fut un régime du crime, et le fait d’avoir été empêchés jusqu’à nos jours d’en apprendre davantage n’est rien d’autre que la continuation du crime. […]
La Roumanie a besoin qu’on lui dise toute la vérité sur la dictature communiste qui lui a été imposée, afin qu’elle puisse, à partir de cette vérité, faire le procès de son passé douloureux. […] »
Puis, cette magnifique conclusion que l'auteur a écrite sur le champ de la mémoire et son importance pour l'ouverture vers l'avenir :
Envoyé par - François - le mars 31, 2005 12:32 PM« Un peuple dont on laisse la mémoire perdre sa substance risque de découvrir que son destin s’est métamorphosé en agonie. Un peuple qui finit par comprendre qu’il n’a plus rien à attendre de la justice est condamné à survivre dans la défiance et le désespoir. » (Source : Portocala : Un procès nécessaire pour la mémoire, in Courrier international, n°752)
Les pays de l'Est, ancien royaume de la dénonciation.
Envoyé par: Serge Alain le mars 31, 2005 08:37 PM