L'Hôtel Sovetskaya de Saint-Pétersbourg devait ressembler à l'Hôtel Dukla de Bratislava de 1992. Le téléphone de Bertrand était rouge, le mien, celui de ma chambre, il était beige, peut-être vert. C'est flou, car les souvenirs ont perdu de leur précision, si bien que les couleurs ont fondu dans ma mémoire après toutes ces années. Par contre, si j'ai un doute quant au téléphone, je me souviens fort bien du poste radio qui était jaune et limité à une seule fréquence, celle d'État, et par laquelle on devait diffuser autrefois une bonne nouvelle enrobée de mensonges. Le son qui en sortait était exécrable, ajoutant à l'atmosphère romanesque digne des bouquins de John Le Carré, me disais-je, amusé de cette impression. Et combien de tractations eurent lieu ici, et combien de complots on a dû fomenter dans le rouge glorificateur de cette petite suite, je m'imaginai aussi.
À peine trois ans après la chute du mur, frontière et symbole derrière lequel on avait érigé les faussetés en système et dont l'ombre portait loin à l'Est, j'étais dans cette chambre des empreintes.
Envoyé par - François - le novembre 22, 2005 11:30 AM