L'espace n'est pas neutre. On le voit avec ses yeux, mais on le décode avec nos valeurs. Je m'émeus du champ qui s'étire derrière ce qui était jadis la grande maison familiale, le badaud n'y verra qu'une étendue, une plaine s'il parvient à mettre un mot précis à ce qu'il voit.
L'espace n'est pas neutre et on y intervient avec des valeurs. C'est la beauté, mais aussi la difficulté à laquelle est confronté l'urbaniste ; il doit concilier sa philosophie à des besoins et des impératifs. Les gens veulent se déplacer, l'enveloppe budgétaire est de x millions de dollars, je crois au développement durable, ma perspective est le long terme... Le casse-tête bien souvent.
Mon regard n'est pas neutre, si bien que l'urbanisme comme étude et discipline est avant tout une intervention. Et comme le mentionne avec justesse Benoît, il est politique :
« ...je revendique une conception de l'urbanisme, qui ne soit pas uniquement un champ technique, mais avant tout un choix du "vivre ensemble" et donc fondamentalement politique au sens noble du terme. » (Source : Chez Belan, Un urbanisme politique ?)
Comme la géographie, il est aussi politique — parfois géopolitique. De cette conception naît les prises de position, puis la décision. Je plais ou je déplais quoi. C'est le risque.
Envoyé par - François - le novembre 2, 2006 10:28 AM | TrackBackSalut François,
Je viens de mettre un lien vers ton commentaire sur mon article.
J'espère qu'il y aura de nombreuses réactions sur celui-ci. Ce soir, un ami urbaniste marocain devrait apporter sa propre contribution. N'hésite pas à intervenir de nouveau et plus en détails.
A bientôt
Envoyé par: Benoît L. le novembre 2, 2006 11:15 AMJ'y commenterai avec plaisir Benoît.
Envoyé par: Francois le novembre 2, 2006 12:29 PMOui, je crois moi-aussi que l'intervention de l'urbaniste (et de plusieurs acteurs urbains qui auraient intérêt parfois à posséder quelques notions de cette science) est politique.
Si cet individu possède un pouvoir de décision sur les orientations de sa ville, il pose un geste nécessairement subjectif. Il faut vivre avec, en souhaitant que son employeur l'ait engagé méticuleusement pour ses compétences, sans autre considérations et surtout, qu'il suive un tant soit peu ses conseils!
Envoyé par: Serge Alain le novembre 2, 2006 07:33 PMVotre opinion est même partagée par l'Ordre des urbanistes du Québec. Voici un extrait d'une prise de position de l'Ordre en 2000 :
"La politique d’intervention de l’Ordre des urbanistes du Québec n’étant pas une association ni un groupe de pression mais un ordre professionnel ayant un mandat spécifique du législateur québécois, les interventions de l’OUQ sur la place publique se doivent d’être en accord avec celui-ci et les responsabilités qui en découlent. Afin que l’OUQ puisse intervenir sur la scène publique sans interférer avec son mandat de protection du public, ce dernier s’est doté d’une politique d’intervention qui balise ses prises de position publique et ce, en accord avec les principes et les considérations suivantes :
a) L’aménagement du territoire relève d’un choix politique s’appuyant sur des mécanismes démocratiques permettant un arbitrage équitable des intérêts des diverses composantes de la population touchée [note de bas de page 1 :Faut-il le rappeler, l’urbanisme n’est pas une science mais un art qui s’appuie sur des connaissances scientifiques variées pour proposer des solutions d’aménagement du territoire visant à harmoniser et à améliorer le cadre de vie des populations en accord avec des principes de sécurité et de santé publiques ainsi que de préservation de l’environnement par la mise en oeuvre de mécanismes de développement durable.) ;
En fait, l'action de l'urbaniste sera politique s'il tend à vouloir changer le cadre dans lequel les individus évoluent. Un exemple simple qui me concerne et qui aura un impact sur l'ensemble du territoire Québécois, la fusion des lois sur l'affichage publicitaire : malgré la simplicité du sujet, les enjeux deviennent complexe lorsque l'on tente de concilier, et ce dans l'ordre, la sécurité routière, la protection des paysages et le développement économique.
Par contre, l'urbaniste municipal ou gouvernemental qui se contente de gérer des programmes de subventions (comme c'est trop souvent le cas) ne pose aucun acte de nature politique et se contente d'être la courroie de transmission de la partie politique de l'urbanisme sans en être partie prenante.
Bref, tout ceci pour dire que l'urbaniste sera tantôt politique, tantôt technique, mais dans les deux cas il demeure un conseiller qui, espérons-le, sera écouté et qui guidera l'ultime politique vers un choix éclairé...
Envoyé par: Lacasse le novembre 3, 2006 07:25 AMBonjour,
Ah, s'il suffisait d'un urbaniste éclairé et écouté par les élus, ce serait plus facile.
Mais les choses sont plus compliquées que ça.
Pour moi, le choix du "vivre ensemble" dépasse les limites étriquées dans laquelle on enferme en général l'urbanisme.
La question des usages est par exemple fondamentale car, consciemment ou pas, ils ne sont pas neutres.
Je vous invite donc à lire mon texte signalé par François.
A bientôt
Envoyé par: Benoît L. le novembre 3, 2006 10:53 AMIl est vrai que l'espace n'est pas neutre. Construire un territoire est un acte politique et donc demande une decision qui révèle souvent une sensibilité personnelle. Allier neutralité, objectivité, valeurs personnelles et concensus sont les items du "faire société"...le but étant de proposer et de construire un territoire pour "tous" et non pour une idée ou un concept porté par quelques hommes...
Mais j'essai de mon coté de garder une posture neutre, un peu à la Durkhein, meme si c'est pas facile je l'avoue...
Envoyé par: Guillaume Morin le novembre 25, 2006 03:03 PM