Pour voyager moins bête, il y a les bouquins. Non, pas ceux qui vous disent où est le plus proche McDo, mais ceux des écrivains. Tiens, des bêtes, du tourisme et du McDo, voilà qui me rappelle une anecdote. Si vous permettez, je vous la raconte. Ça illustre ce que j'entends par tourisme bête. Premier de deux :
Prague, hiver 1993. Voilà deux mois que je suis dans un pays qui a changé de nom ; Tchécoslovaquie à mon arrivée, maintenant République tchèque à l'ouest et Slovaquie à l'est. Voilà deux mois que j'ai quitté le Québec et son accent, excepté le mien qui me suit et que je ne remarque pas, mais que certains Français résidant à Bratislava m'ont rappelé. Et il ne me manque pas, sinon celui de quelques personnes qui le portent ; des proches, des amis et la famille qu'on est heureux d'avoir par temps dur. Mais en voyage, je n'appelais pas, sauf pour rassurer un grand-papa inquiet. Pas de nouvelles bonnes nouvelles, me disais-je un peu égoïstement.
En ce jour de février, glacial pour les Pragois, frisquet pour moi, je déambule dans les rues du vieux quartier juif. Il y a quelques minutes, je visitais son vieux cimetière, un véritable enchevêtrement de pierres tombales. Selon mon souvenir, le fait que le cimetière soit un lieu exigu obligea qu'on y supperpose des centaines, voire des milliers de pierres tombales à travers les siècles. Par contre, ce dont je me souviens, et cela pourrait paraître anecdotique, c'est d'abord cette lumière ; tamisée malgré le jour, elle donnait à ce lieu une atmosphère de sérénité, indispensable au repos éternel. Puis, pour ajouter à cette ambiance solennelle, il y avait le silence omniprésent, qui perdait parfois son nom le temps du chuchotement de visiteurs ou de la neige qui craquait sous les pas. Enfin, à côté du cimetière se trouve la synagogue et à proximité de celle-ci, un petit musée dédié à la mémoire des personnes internées au camp de concentration de Terezin lors de la Seconde guerre mondiale. Secoué par toutes ces images, matraqué par des récits de l'horreur, je marchais dans la Prague hivernale en méditant sur la futilité de certaines choses de la vie.
Malheureusement (ou heureusement), la réalité de la vie peut nous rattraper au tournant d'une rue...
À suivre...
Le cimetière sous la neige
Février 1993

Touchant récit et "belle photo".
Tu as dû croiser le fantôme de Kafka, cet illustre Praguois juif et tchèque, qui écrivait en allemand, si je n'm'abuse... ou alors, quelque Golem aux pieds d'argile...
Envoyé par: Serge Alain le juin 18, 2007 08:18 PMSerge : lorsqu'on visite ce cimetière, on ne peut qu'être touché. L'ambiance y est incroyable. Ce jour là, nous avions la chance d'y être pratiquement seuls ; le silence invitait à la sérénité. Quant à Kafka ou le Golem, nulle trace, comme tu t'en doutes, mais en même temps étaient présentes toute la force mystérieuse de l'écriture du premier et l'imaginaire qui a permis la naissance du Golem comme personnage.
Envoyé par: Francois le juin 18, 2007 09:25 PM