Ce matin, j'ai entendu un échange entre un animateur radiophonique et un auditeur qui faisait part de son désarroi face à la justice dans le dossier du réseau de prostitution juvénile à Québec : des personnes seraient protégées, y a plus d'enquête, des présumés clients ne feront pas face à la justice parce qu'ils sont des personnalités, etc.
Un dossier affreux à ne pas banaliser mais une partie de la population simplifie tellement le système judiciaire, qui n'est certes pas parfait, mais je le préfère à ces tribunaux populaires que de petits personnages radiophoniques ont popularisé.
Pour en revenir à cet auditeur qui cherchait à en découdre avec l'animateur qui tentait de lui expliquer la notion « d'innocence jusqu'à preuve du contraire », il a balancé cette bêtise qu'on entend trop souvent et qui témoigne de l'absence de questionnement et de sens critique :
- C'est vrai. Ils l'ont dit aux nouvelles à TQS (chaîne télévisée).
Depuis quelques années, les fresques urbaines se sont multipliées dans la ville de Québec et souvent, elles sont réalisées par des jeunes dans le cadre de projets d'insertion sociale. Voici la dernière dont le thème est la mondialisation et qui se situe en basse-ville de Québec dans le quartier St-Roch.

Source : Francis Vachon, Québec urbain
Dans un article précédent, j'ai insisté sur la nécessité d'accoucher de politiques urbaines mieux adaptées à notre environnement et au climat. Au Québec, notre position nordique et le climat qui lui est associé s’accompagnent de sentiments ambigus dans la population ; rapidement, l’émerveillement des enfants et des adultes pour les premiers flocons cède le pas aux grognements des adultes lorsque s’abat la première tempête de neige qui paralyse la ville.
Bien qu’imprévisibles à long terme, les chutes de neige sont inévitables à chaque année et nous apportent des précipitations de 200 à 500 centimètres en moyenne par an au Canada selon la région. Pour la région de Québec, les données climatiques recueillies entre 1961 et 1990 font état d’une moyenne annuelle de 337 centimètres, ce qui la place au deuxième rang des villes importantes du Canada pour ces précipitations, loin devant Montréal (214,2 cm), Toronto (135 cm) et Ottawa (221,5 cm) :
Moyenne des précipitations de neige dans les agglomérations
urbaines du Canada (1961-1990)

Source : Environnement Canada
UN CLIMAT RIGOUREUX
Outre les données relatives aux chutes de neige, un outil plus complexe nous permet d’évaluer les impacts de l’hiver sur la ville de Québec, à savoir l'indice de sévérité hivernale dont l’utilité est diverse:
« The Winter Severity Index can be used for a wide range of purposes, including remuneration allowances or compensation for working under severe climatic conditions, designation of localities by those suffering from weather-related illnesses, and knowledge of the data germane to planners dealing with projects related to workplaces, residences or recreational areas. » (1)
D. Philips a construit cet outil en tenant compte de multiples facteurs :
1. Facteurs d’inconfort :
- vents ;
- durée de l’hiver ;
- sévérité de l’hiver (froid) ;
2. Facteurs psychologiques :
- noirceur ;
- moyenne de jours de précipitations ;
- moyenne de la durée des ennuagements ;
- total des heures d’ensoleillement ;
3. Facteurs ponctuels :
- vents forts ;
- total des quantités de précipitations sous zéro degré celsius ;
4. Autres facteurs :
- nombre moyen de jours avec brouillard ;
- total des quantités des précipations sous zéro degré celsius.
Par une méthode de calcul, Philips arrive à assigner aux villes nordiques un indice de sévérité dont le tableau ci-dessous montre les principaux résultats. Ainsi, on a pu déterminer un indice élevé de 54 pour la ville de Québec et un de 49 pour Montréal, ce qui est près d’agglomérations comme Moscou (52), Saint-Petersbourg (50) et Ottawa (50).
Indice de sévérité hivernale pour quelques villes

Source : Pressman (1995)
L’importance des quantités de précipitations de neige annuelles ainsi qu’un indice de sévérité hivernale élevé démontrent que le territoire québécois doit faire face à un défi important, soit concilier ses politiques territoriales avec un climat hivernal vigoureux. Plus que dans d'autres territoires nordiques comme la Scandinavie, les villes doivent impérativement mettre en place des politiques urbaines pour optimiser les ressources mises en place.
(1) Norman Pressman : « Northern cityscape. Linking design to climate », Yellowknife, Winter cities association, 1995, p. 18.
Aujourd'hui, j'ai fait un petit saut à la clinique médicale pour déboucher cette oreille qui faisait la sourde. Dans la salle d'attente, beaucoup de personnes âgées et quatre petits enfants qui jouaient dans le coin avec les quelques jouets mis à leur disposition. Des enfants, ça se chamaille, ça pleurniche et parfois ça crie. Bref, ça fait tout ce qu'on fait nous aussi, mais eux, c'est en toute innocence.
À côté de moi, une vieille dame, bien vêtue et élégante mais une vieille fatigante qui n'a pas cessé de maugréer contre les enfants, à passer des petits commentaires sur les parents « qui ne s'occupent pas de leurs enfants » et qui m'a regardé en pensant que j'allais m'y mettre aussi. J'ai failli parler. Pour lui dire de se la fermer et de ronger son frein par contre.
La population est vieillissante paraît-il. Seigneur...
Je vous rassure : ça n'a rien à voir avec le charabias de l'astrologie. Non, j'ai plutôt fait la lecture fascinante d'un glossaire d'astronomie où je me suis rendu compte que nous ne sommes bien souvent que le reflet de certains phénomènes astronomiques. Les quelques définitions que j'ai retenues correspondent à des personnes, soit nous même ou celles qui se trouvent dans notre environnement, ou simplement à des attitudes et des comportements que nous connaissons. À vous de faire les rapprochements !
Aberration : en physique, on dit qu'un système optique présente une aberration lorsqu'il ne fournit pas une image nette et exacte de l'objet considéré.
Big Bang (théorie du) : une formidable explosion, le « Grand Boum », la « Grande explosion » qui, il y a 15 à 20 milliards d’années, aurait donné naissance à l’Univers et provoqué son expansion.
Centrifuge (force) : force agissant sur un corps ayant une trajectoire curviligne et tendant à le pousser radialement vers l'extérieur en direction opposée à celle de la force centripète.
Centripète (force ) : force qui doit être exercée sur un corps pour l'obliger à avoir une trajectoire curviligne. La force centripète a une valeur égale et opposée à la force centrifuge. Elle est donc toujours perpendiculaire à la trajectoire et dirigée vers le centre de rotation.
Céphéide : étoile variant continuellement de luminosité.
Comète : (du grec kométès, chevelu) corps errant du système solaire ressemblant à une boule de neige et de glace (diamètre 0.1 à 100 km); lorsqu’il s'approche du Soleil, ses constituants s'évaporent et, emportés par le vent solaire, forment la queue de la comète.
Constellation : (du latin stella, étoile) une des 88 parties en lesquelles le ciel est divisé ; groupe d'étoiles qui tire son nom d'un objet, d'un animal ou d'une figure mythologique.
Éclipse : obscurcissement d'un corps céleste par un autre, soit directement par passage de l'un devant l'autre, soit par projection de l'ombre de l'un sur l'autre.
Galaxie : (du grec galactos, lait) immense ensemble d’étoiles, de gaz et de poussières. C’est au sein des galaxies que naissent et que meurent les étoiles.
Géante : étoile plus brillante et plus grande que la plupart des étoiles de même couleur et même température.
Géocentrisme : système astronomique qui place la Terre au centre de l'Univers.
Gravitation : loi physique selon laquelle les corps s'attirent mutuellement et proportionnellement à leurs masses et inversement à leur distance.
Magnitude : nombre qui caractérise l'éclat d'un astre selon une échelle logarithmique. Lorsque nous tournons les yeux vers le ciel par une nuit sereine et sans Lune, nous nous rendons aussitôt compte des différences qui existent d'un astre à l'autre: certaines étoiles sont brillantes, étincelantes ; d'autres ont une lumière pâle et d'autres encore sont à peine visibles à l'oeil nu.
Nébuleuse : ce sont les images floues du ciel qui furent longtemps appelées nébuleuses.
Planète : (du grec planein, errer) corps céleste errant de forme sphérique qui ne brille que par la lumière stellaire qu’il reçoit et réfléchit.
Pleine lune : phase lunaire pendant laquelle le disque est complètement illuminé par les rayons du Soleil.
Pulsar : stade ultime de l'effondrement d'une étoile sur elle-même.
Réflexion : phénomène par lequel une onde qui rejoint la surface de séparation entre des milieux aux caractéristiques différentes est renvoyée, en totalité ou en partie, dans le milieu d'où elle provient.
Satellite : objet en orbite autour d'une planète.
Spectre : décomposition de la lumière selon la couleur, la longueur d'onde ou la fréquence. Le spectre de la lumière visible le plus connu est l'arc-en-ciel. Ainsi, la spectroscopie est l'analyse du rayonnement émis par une étoile dans ses différentes longueurs d'onde.
Zénith : (de l'arabe, chemin droit) point de rencontre de la sphère céleste et de la prolongation vers le haut de la direction de la verticale ; point directement au-dessus de l'observateur, 90° au-dessus de l' horizon. Le Nadir est l'opposé.
(Source : http://www.astrosurf.com/astro_virtu/astro.htm)

En parcourant la blogosphère, j’ai lu récemment quelques billets sur la question de notre climat. Celui de Neige (24-10-03) était intéressant et citait le géographe Louis Edmond Hamelin, le père du concept de nordicité. Et c’est quoi la nordicité ? On peut la définir comme une notion qui fait référence à tous les éléments qui influencent les conditions de vie à l’intérieur de la zone froide de l’hémisphère boréal, tels que le froid associé à l’humidité, la neige, la glace, le vent, les extrêmes saisonniers.
Dans notre nordicité québécoise, le froid et la neige sont partie prenante de notre culture comme les nombreux contes et légendes en font foi. Pourtant, dans notre société, il semble que le climat froid ne soit pas tellement pris en compte dans l’urbanisme et la planification urbaine alors qu’il est assurément un agent de modification significative dans l’élaboration des politiques urbaines. Quelques auteurs dont le plus célèbre est peut-être Norman Pressman, ont évalué nos politiques urbaines en fonction du froid et ont voulu proposer des pistes de recherches devant aboutir à l’élaboration de ce qu’on pourrait appeler des politiques urbaines hivernales. C’était l’objectif que je poursuivais dans mon mémoire de maîtrise en urbanisme : élaborer des directives de planification et d’aménagements qui viseraient à mieux intervenir sur la ville nordique et dans mon cas précis, pour la Ville de Québec.
Au départ, un constat : de nombreux facteurs ont fait que nos politiques urbaines ont négligé le facteur climatique :
- avant la crise énergétique de1973, une croyance en des sources énergétiques inépuisables ;
- un haut standard de vie ;
- une tradition d’architecture et d’urbanisme calquées sur des concepts généraux ;
- une forme urbaine fortement inspirée de la forme américaine (faibles densités, maisons unifamiliales détachées, nombreux déplacements automobiles, etc.) ;
- une urbanisation rapide d’après-guerre ;
- peu de recherches appliquées en climatologie urbaine.
Selon plusieurs auteurs, tous ces aspects ont fait en sorte que la forme urbaine canadienne et québécoise, dans leur contexte nordique, sont inadaptées pour les plusieurs raisons :
- elles sont inefficaces énergétiquement ;
- leur gestion est coûteuse ;
- elles sont un calque de la forme urbaine du sud.
Comment peut-on justifier la répétition de la même forme urbaine pour les villes du Yukon et de la Nouvelle-Écosse, alors qu’il existe de fortes amplitudes thermiques ? L’explication résiderait dans la protection de la propriété privée, une valeur importante qui a comme effet de rendre difficile des innovations dans les établissements humains. En d’autres mots, la planification urbaine conventionnelle et la gestion qui en découle sont des pratiques fortement implantées qui négligent les différences climatiques régionales.
Par ailleurs, Pressman et Zepic (1) ont mis en lumière une série de facteurs socio-économiques comme l’énergie, la mobilité des personnes, l’habitat, l’espace public et l’environnement visuel qui ont contribué à l’édification d’une forme urbaine inadaptée au froid. Par exemple, la mobilité pour accéder au travail, aux services ou aux commerces se caractérise par de longs déplacements en automobile qui entraînent de la congestion, de la pollution, de nombreux accidents et des coûts énergétiques élevés. Dans une position nordique, le froid, la neige, le vent et la noirceur qui s’abat rapidement en hiver aggravent ces facteurs.
La nordicité nécessite inévitablement une planification urbaine qui lui soit adaptée et c’est pourquoi elle doit prioriser une approche microclimatique qui prend en compte les contraintes climatiques. Ainsi, il faut que la forme urbaine soit compacte, donc efficiente en termes de conservation de l’espace et de l’énergie.
Les avantages d’une forme urbaine compacte sont les suivants :
- conservation de terrains à des fins récréatives et agricoles ;
- protection de l’environnement par l’utilisation optimale des terrains ;
- économies d’infrastructures urbaines ;
- efficience et consolidation des services urbains, évitant la dispersion et la duplication d’institutions comme les écoles ;
- économies de temps dans les déplacements ;
- diminution de la consommation énergétique.
Une forme urbaine compacte efficace énergétiquement passe par une approche où les concepts de design urbain, les politiques de développement territorial et les stratégies d’implantation des services urbains tiennent compte du climat. Une plnification intégrée quoi.
En ce qui concerne plus précisément l’efficacité énergétique dans les communautés urbaines nordiques, son atteinte passe par six principes :
- accroître les densités commerciales
et résidentielles, réduisant ainsi la longueur des déplacements ;
- construire des bâtiments multi-fonctionnels ;
- favoriser la mixité des usages ;
- intensifier les fonctions en adéquation des infrastructures urbaines existantes ;
- favoriser les transport en commun ;
- intégrer les usages, c'est-à-dire favoriser le regroupement des activités complémentaires. Par exemple, les zones récréatives doivent être facilement accessibles à partir des zones résidentielles et d’emplois.
Ces diverses mesures devraient servir de guide dans la planification des nouveaux développements, car elles permettent de réaliser le meilleur ratio coûts-bénéfices dans la perspective énergétique. En ce sens, les auteurs ont fait mention d’une suite de directives pour le développement des nouvelles communautés mais aussi pour les zones urbaines existantes comme la consolidation des zones construites, la construction d’habitations à haut rendement énergétique, etc.
Finalement, je crois que l’urbanisme doit avoir une approche microclimatique des projet qui prend en compte les effets du climat sur la ville et l’ensemble du territoire et dont l’application dans le processus de planification permettra d’optimiser la gestion des services.
Y a un objectif important : rendre la ville d’hiver plus vivable. En ce sens, on ne peut que souhaiter qu’on révise nos politiques urbaines. On peut croire que le secteur public doit être le précurseur d’une nouvelle approche pour le développement et la gestion des villes nordiques.
C’est une proposition intéressante mais on peut douter de sa réussite ; notre forme urbaine, fortement implantée sur le territoire et dans nos valeurs, est perçue comme un standard quelque peu immuable. Pour véritablement agir sur la forme urbaine et rendre la gestion des services plus efficace et moins coûteuse, les instances en amont du processus de planification doivent adopter des mesures plus coercitives afin de favoriser cet état.
On peut aussi mettre en évidence le caractère non-définitif des propositions émises qui intègrent bien la complexité des dimensions à tenir compte pour le développement des villes nordiques, où les emplacements des entités territoriales, la culture et les particularités respectives de ces communautés sont des aspects importants dans tout exercice de planification dans le nord comme ailleurs.
(1) PRESSMAN, Norman, ZEPIC, Xenia : « Planning in cold climates : A critical overview of canadian settlement patterns ans policies », Winter communities series, no. 1, 1986, 139 p.
Il arrivait que je la croise à la bibliothèque de la Faculté d'Aménagement. Parfois, c'était à la cafétéria où je pouvais même l'entendre parler. Une voix douce, des mots qui coulaient lentement et avec éloquence. Une fois, je lui avais retenu la porte de l'ascenseur.
- Merci beaucoup, m'avait-elle dit en souriant.
Premier contact.
Un samedi après-midi, alors que j'avais fui mon appartement pour aller bosser dans mon petit bureau niché au 4e étage du pavillon et duquel j'avais une vue sur la Côte Ste-Catherine, je la vis par ma fenêtre qui se dirigeait vers l'entrée. Je sortis de la pièce, courus vers l'escalier avec l'espoir de la croiser.
- Bonjour, lui dis-je en la croisant dans l'escalier.
- Bonjour, qu'elle me répondit.
Deuxième contact
Par la suite, à chaque fois qu'on croisa nos regards, y avait des sourires. Je l'avais baptisée Émilie. C'est un prénom si joli pour une aussi belle femme.
J'ai cessé de fréquenter la faculté. Je ne l'ai plus revue.
Wouahh ! Panther est disponible. La mise à jour de OS X de Mac est enfin disponible depuis ce soir. Rien de révolutionnaire dans les changements mais de jolis petits plus avec la légendaire stabilité du système X. À 99 $ si je passe par mon papa qui peut profiter du tarif éducationnel puisqu'il est prof, je n'attendrai pas longtemps !!!
Et alors ? Compris le titre ? Bien sûr, c'est de l'allemand. Et non, je ne connais pas cette langue autrement que « Ich liebe dich » (je t'aime) ou l'indipensable « Ein Bier ! » (une bière !). Ça veut tout simplement dire « Bienvenue sur le site web de Gasometer, Vienne, Autriche ». Et c'est quoi ce truc ?
Gasometer, c'est un exceptionnel exemple de recyclage d'un bâtiment industriel à des fins de mixité fonctionnelle comme l'institutionnel, le résidentiel et le commercial. Gasometer était autrefois un ensemble de réservoirs de gaz construits à la fin du 19e siècle qu'on avait entouré d'une enveloppe plus esthétique. Il y a quelques années, plutôt que détruire les réservoirs abandonnés, on les a mis au centre d'un vaste projet de revitalisation à la fois des structures que de l'environnement immédiat. On a confié la revitalisation de chacun des quatre réservoirs à un architecte différent, dont le plus connu est le Français Jean Nouvel (site toutefois un peu chiant en flash), en privilégiant à la fois la mixité des fonctions que celle de la clientèle. L'ensemble comporte aujourd'hui des bureaux, des magasins, un cinéma, une salle de spectacles et des appartements. Pour ces derniers, on en a réservé une partie pour les étudiants universitaires et les ménages à plus faible revenu.
Ce qui m'a séduit dans ce projet que j'ai découvert il y a quelques semaines dans une émission télévisée, c'est non seulement la qualité de la restauration mais le choix d'une architecture moderne, éclatée et audacieuse qui s'intègre à merveille avec le vieux bâti. Bref, on n'a pas cherché à faire de l'architecture pastiche.
Site web (site principalement en allemand).

Il y a le village de Kamouraska mais aussi le Kamouraska, la région. Elle se trouve à un peu plus d'une heure de Québec et compte plusieurs municipalités, dont Saint-Pascal. C'est le village d'où vient ma famille du côté maternel. Mais ce n'est pas de ma famille dont je veux parler.
À Saint-Pascal, on trouve les bureaux de la MRC (Municipalité régionale de comté), qui est en quelque sorte l'organisme supra-municipal qui coordonne la gestion du territoire. Bon. À chaque fois que je passe devant le bâtiment, je me pompe. Je n'ai pu mitrailler Kamouraska comme je le voulais avec mon appareil photo mais il y a une photo que je tenais mordicus à faire et qui montre que les discours de certains élus locaux sur le patrimoine bâti, la fierté et tout le tralala, c'est parfois du vent.
Plutôt que rénover un des vieux bâtiments qui ont certainement une belle valeur architecturale mais qui se meurent au coeur du village, on a préféré construire ça il y a plusieurs années. Le gris est à l'honneur...
J'aimerais conclure ce petit voyage à Kamouraska par ce magnifique texte sur le fleuve St-Laurent. Un fleuve qu'on admire, sur lequel voguent des rêves d'hommes et de femmes, où ses rives sont porteuses de multiples réalités de populations et dans lequel je me suis souvent perdu pour mieux vivre la vie qui s'écoule.
Ce texte est de Marc CHABOT, écrivain, essayiste, parolier et ami. Il l'a écrit et lu dans le cadre des festivités du 325e anniversaire de fondation de la seigneurie (1) de Kamouraska en 1999.
Merci à Marc d'avoir autorisé sa publication.
Le fleuve
Il y a des jours où je ne le vois pas. Alors, je sais qu’il me manquera du bleu. J’ai besoin de ce bleu. J’ai besoin de cette immensité en moi.
Partager avec les autres le beau et le bleu du fleuve.
C’est un paysage dans l’âme.
Le fleuve nous habite comme une idée. Il est tout aussi important que le sang qui coule dans nos veines.
Il y a des dizaines de fleuves. Celui de la baie de Beauport. Celui de l’île d’Orléans. Celui de l’île aux Grues. Celui de Montréal. Celui de Trois-Rivières et celui de Baie-Comeau et celui de Kamouraska.
Combien de rêves flottent sur ces eaux ? Des rêves qui se sont faits bateaux, bouteilles et goélettes. Des rêves qui sont devenus voyages, fuites et découvertes.
Une ligne d’eau que l’on suit dans nos villages et nos villes.
Une ligne d’eau qui est une ligne de vie.
Mes pieds qui s’enfoncent dans le sable de la grève.
Le bruit que font les vagues.
Une femme qui marche à mes côtés.
Un ami qui ne sait pas encore en voir toute l’étendue.
Je ne sais que m’asseoir devant.
Je suis d’une génération urbaine. De ceux et celles qui ont réduit le fleuve à un paysage.
Sur le quai, un enfant lance sa ligne. Il y a peut-être moins de poissons qu’avant, mais il peut y capturer quelques rêves et notre histoire.
À Kamouraska.
Sur le bord d’un quai qui aurait besoin d’être rénové.
Ils viennent en grand nombre pour parler. Ils viennent pour faire silence. Des gens du village et les autres.
Le soleil tombe et nous le regardons tomber. Nous le regardons s’enfuir derrière les montagnes de Charlevoix.
Lentement.
Parfois camouflé derrière des nuages, parfois rouge comme un feu qui refuse de s’éteindre.
Il n’y aura aucun coucher de soleil identique.
Ils seront tous différents. Mais je voudrais les voir tous. Je voudrais pouvoir marcher ici chaque soir.
La fin du jour y est apaisante.
C’est une invitation à la mer. Une invitation à l’infini du regard. Une invitation à plus loin que nous.
L’au-delà terrestre, peut-être. L’au-delà de l’humanité.
De Kamouraska on peut comprendre que le regard peut se perdre dans plus grand que lui. Comme l’homme qui tombe en amour, comme la femme qui tombe en amour. Les humains tombent en amour en même temps qu’ils s’élèvent vers plus grand qu’eux.
Parfois vient un poème, parfois vient un enfant. Le poème et l’enfant, il nous faudra apprendre à les mener au plus loin d’eux-mêmes.
Le plus loin de nous est parfois tout près de nous.
Le plus loin de nous est parfois tout près de nous.
Marc Chabot
8 août 1999
(1) Grosso modo, la seigneurie est d'abord un ancien système politique mis en place par le régime français en Nouvelle-France à partir du 17e siècle. C'est aussi un découpage du parcellaire où les terres sont divisées en longues bandes étroites avec un accès au réseau fluvial. Pour en savoir plus.

Le titre de ce texte est en quelque sorte un hommage à ce film de Pierre Perrault, Michel Brault et Marcel Carrière. « Pour la suite du monde », qui date de 1962, est une oeuvre phare du documentaire et du cinéma direct québécois où on suit sur pellicule des habitants de l'île aux Coudres qui renouent avec la tradition de la chasse aux marsouins.
Renouer avec son histoire, ses sources et peut-être avec soi-même. Son essence.
***
Il y avait plus de trois ans que je n'avais pas respiré cet air salin, celui de Kamouraska. Mardi, j'ai renoué avec ce paysage et cette odeur typique du fleuve : un mélange d'eau, de terre, de sable et de végétaux que j'ai toujours respiré avec bonheur. Cette odeur apparaît et disparaît au rythme des saisons mais le vent est toujours porteur de quelque chose lorsqu'il souffle.
Dans la maison, on entend parfois sa fureur et lorsqu'on regarde par les fenêtres, on voit comment il agite les eaux du fleuve. C'était le cas mardi. Une fureur que je qualifierais de douce puisque c'est comme une musique apaisante auprès du feu.

Bravant cette force de la nature, nous nous sommes dirigés vers le quai en empruntant cet étroit chemin qui borde le St-Laurent. En chemin, on peut y voir un petit où prendre le café du matin doit être meilleur en été. Il y a aussi ces jolies maisons qui font face au fleuve, d'anciennes demeures de la bourgeoisie francophone du début du 20ième siècle, plantées là comme pour défier les riches anglophones d'en face à Pointe-au-Pic dans Charlevoix.
Le quai. Le quai qu'on a laissé mourir en même temps que les goélettes cessaient de voguer sur le fleuve. La honte. Je m'y suis souvent reposé sur ce quai, assis sur ce bloc de béton, placé là comme un bloc erratique. J'y scrutais longuement l'horizon pendant de longues minutes. Nos yeux peuvent apercevoir la silhouette de la côte de Charlevoix et l'Île aux Corneilles sur laquelle on peut traverser en suivant la marée baissante. Mais quand j'y étais le plus heureux, c'était dans les moments de solitude ; le quai m'appartenant, j'y voyais l'invisible. « On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux », a dit un jour St-Exupéry. Dans le passé, y avait ce futur que je dessinais à
grands coups de crayon, parfois bien naïvement, mais je l'avais bien en main. À cet instant, j'ai regardé ce bloc bien immobile comme témoin du présent et de la fatalité.
Avant de quitter le quai pour fuir la violence du vent qui entrait en nous si fortement qu'il nous asphyxiait, j'ai regardé vers le nord-est, vers cette Côte-Nord et cette fille du pays plus éloignée que jamais, mais à laquelle je pense souvent, surtout en prévision de cette journée de jeudi.
J'ai quitté le Kamouraska de ma famille et de moi-même à contrecoeur. Ce Kamouraska de l'hiver, de cette lumière et de ce soleil qui se noie comme la rivière dans le fleuve.

Un homme de tête a-t-on dit de moi. Un être rationnel et cartésien.
Non.
Un homme d'équilibre qui bégaie parfois ses sentiments, les opposent et qui se contredit ? Si.
Finalement, mon Kamouraska m'aura fait le plus grand bien.
Les premiers flocons qui présagent l'hiver s'abattent, le temps seulement d'écrire ces quelques mots, malheureusement. La saison du pleurnichage approche...
« Lorsque l'on se regarde, on se désole ;
lorsque l'on se compare, on se console. »
Un peu simpliste cette maxime mais la petite recherche à laquelle je me suis livré sur l'internet m'a confirmé quelque chose. Non, elle m'a plutôt rassuré.
Que la vie ait décidé un jour que j'aurais à en découdre plus avec elle que la majorité des personnes est une chose. Mais a contrario de ce que j'ai pu lire dans mes résultats de recherche dans la blogosphère où j'ai souvent rencontré pathétisme - dans le sens négatif du terme j'entends -, misérabilisme et immaturité, j'ai fait preuve jusqu'ici d'une force de caractère dont je suis assez fier. C'est certain que j'ai parfois mes petits coups de blues ; j'entre alors dans une période où ma vision de la vie s'embrouille, les souvenirs d'un temps de certains rêves et ambitions me prennent à la gorge et je rame tout en demeurant sur place. Mais ça se dissipe et je continue ma route avec tout ce bagage en moi.
Ça fait plus de deux heures que j'essaie d'écrire quelque chose sur ce site. Y a bien ces quelques paragraphes que j'ai commis sur cette semaine à renier et à oublier, cette matière bien personnelle écrite avec une retenue qui limite certainement mon écriture. Peut-être que m'étaler ici c'est pas mon truc ? Pourtant, ce n'est pas mon genre de chercher mes mots. Un mot envoyé ici, cette phrase effacée, ça à ne pas écrire et puis ceci ou cela...
Je suis de retour, à tout le moins pour compléter les articles sur la muséification de la Place Royale de Québec. J'ai tenté d'apporter un éclairage sur cet espace urbain qui a été fortement affecté par des opérations de restauration et de reconstitution. Alors voici la conclusion de cette série de plusieurs articles tirés d'un mémoire de géographie que j'ai publié en 1998. J'ai mis des liens vers les articles précédents pour ceux et celles qui ne les auraient pas lus.
Suite et fin des articles. Vous pouvez accéder l'introduction, la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec, l'historique de la restauration et la reconstruction de la Place Royale et son espace vécu.
LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)
© François MARCOTTE
Extraits
CONCLUSION
Au départ, le constat le plus flagrant qu’on puisse faire dans le projet de la Place Royale réside dans le décalage entre le projet initial et le résultat final. L’objectif de départ était « la conservation et la restauration d’un ensemble historique qui portait les marques de trois siècles d’architecture » (1) mais qui a finalement été l’objet d’une véritable reconstitution dans sa forme du XVIIIe siècle « en faisant valoir des arguments idéologiques et touristiques » (2).
Quarante ans plus tard, force est de constater que les réflexions et l’opération de restauration/reconstruction en elle-même sont fort discutables, compte tenu des conséquences qu’elles ont entraînées sur la dynamique urbaine du secteur. La citation suivante est fort probante des réactions suscitées chez certains spécialistes :
« Ainsi, la moitié de la restauration architecturale dans l’arrondissement de Place Royale est basée sur des approximations livresques et sur une conception mesquine et faussement « nationaliste » d’un patrimoine urbain qui supprime deux siècles d’histoire urbaine (après la Conquête de 1760) et l’apport précieux des Britanniques à la beauté et à l’urbanité du Vieux-Québec. » (3)
Derrière le décor qui s’est érigé à la Place Royale se cache une intervention architecturale fort contestée qui a entraîné des conséquences dramatiques où, à toutes fins pratiques, l’âme d’une partie du quartier s’est dissipée. Certes, la Place Royale était dans un état de délabrement au début des années soixante et nécessitait la mise en place d’un programme de restauration. En réalité, ce fût une opération de table rase du secteur qui a fait naître trois principales caractéristiques :
- l’absence d’une multiplicité d’usages qui pourraient attirer les citadins ;
- la domination de certaines pratiques sur la place comme la traversée, la contemplation ou la courte flânerie ;
- la tendance à la muséification de la place, c'est-à-dire que son rôle n’est pas la satisfaction des besoins des habitants.
Quel pourrait être l’avenir de la Place Royale ? Assisterons-nous à plus ou moins long terme à la renaissance du secteur et par le fait même à une qualité de vie porteuse d’une augmentation des résidents ? Est-il permis de croire qu’on puisse concilier la mise en valeur de ce patrimoine, certes ressucité et contestable à plusieurs égards mais à tout le moins présent, avec un cadre urbain où se déroulent les fonctions élémentaires de l’habitat, du commerce et de l’emploi ?
Malheureusement, on peut douter que la Place Royale puisse évoluer en ce sens compte tenu de son statut juridique actuel et de la rigidité du paysage modelé sur un concept de quartier-musée. Bien que le projet de l’îlot 4, plus exactement la restauration et la reconstruction respectives des maisons Hazeur et Smith, a intégré des fonctions plus traditionnelles, avec par contre un centre d’interprétation, l’avenir du secteur n’apparaît pas plus porteur d’une émergence urbaine, à contrario du concept de quartier-musée si important pour les succès touristiques et qui continuera certainement à perdurer.
FIN
(1) Isabelle Faure : « La conservation et la restauration du patrimoine bâti au Québec. Étude des fondements idéologiques à travers l’exemple du projet de Place Royale ». Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Paris, oct. 1995, p. 357.
(2) Faure, op., cit., p. 310.
(3) Jean Cimon
: « Promoteurs et patrimoine urbain ». Montréal, Éditions du Méridien, 1991, p. 38.
Pas d'ajout de billets sur ce site pendant un certain temps. Je sais que l'une des règles d'or des carnets est de l'alimenter régulièrement afin de conserver l'intérêt des lecteurs. Ben, mon propre intérêt n'est pas trop à ce site depuis peu, comme si le bon coup de massue d'hier qui m'a fait quitter le monde quelques instants avait replacé des choses en moi. Pour cette raison, je m'arrête.
L'automne confortablement installé, les feuilles ont rougi et jauni. Le vent soufflant aujourd'hui, le pédoncule des feuilles cède facilement et c'est la chute qui s'éternise parfois lorsque ces feuilles sont prises par le vent dans un long vol. Elles virevoltent longtemps, décrivant un ballet automnal que j'aime bien.
Comme les feuilles, j'ai chuté. Deux fois plutôt qu'une. L'une, lorsque le soleil montait dans le ciel, m'a fait voir le noir pendant quelques secondes, puis des étoiles. Quelques heures plus tôt, ce sont moi et mes illusions qui sont tombées.
La vie n'est pas toute tracée et immuable. Faut savoir prendre des décisions, les mettre en pratique mais surtout les assumer jusqu'au bout, quitte à s'être trompé et le reconnaître.
Avant de conclure dans un prochain et dernier article sur le projet de la Place Royale, en voici un assez costaud qui analyse l'espace vécu de la place ou quelle est la relation qu'entretiennent pricipalement les résidents du secteur avec celle-ci. C'est un peu aride comme lecture et on est loin du simple billet, j'en conviens. Cependant, cette partie éclaire sur ce qu'on appelle la muséification.
Suite de l'introduction, de la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec et de l'historique de la restauration et de la reconstruction de la Place Royale.
LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)
© François MARCOTTE
Extraits
L’ESPACE VÉCU DE LA PLACE ROYALE
Il existe un consensus autour de l’idée que la place publique joue un rôle dans l’intensité des interactions sociales et qu’un tel type d’espace qui montre certaines caractéristiques négatives de ses fonctions ou qui ne favorise pas une certaine convivialité peut être qualifié « d’espace public incivil » selon l’interprétation qu’en a fait l’architecte Albert Lévy . Ce type d’espace qui résulte de certaines politiques urbaines comporte des déficiences qui en modifient son attraction. Parmi celles relevées par Lévy, l’une colle à la réalité actuelle de la Place Royale :
« Une négation du passé et de l’identité du lieu par une pratique de table rase, une indifférence à l’histoire et à l’inscription symbolique dans l’espace public, une non-prise en compte de la mémoire du territoire d’une manière active (sinon en termes patrimoniaux traditionnels) » (1)
Les profondes mutations dont a fait l’objet la Place Royale sur plus de trente années ont modifié le type de rapport entre la population et cet espace urbain, c'est-à-dire précisément l’espace faisant partie du patrimoine individuel et du domaine des perceptions. En fait, l’étude de cet espace qu’on peut qualifier d’espace vécu, permet la saisie des éléments spatiaux et socio-politiques qui ont modifié les pratiques des résidents de la Place Royale, ainsi que ceux qui établissent ou empêchent la multiplication des relations sociales et des échanges économiques actuels. Décoder les barrières qui ont modelé dans le passé comme au présent ces relations relève en partie d’une analyse du paysage de la place comme la configuration des rues et leurs conditions d’accès, le type de gestion particulier de la place et enfin, les perceptions et revendications des habitants qui découlent de la qualité du milieu de vie.
LES DÉPLACEMENTS
Lors de l’opération de reconstruction de la Place Royale, les promoteurs ont procédé à plusieurs destructions de bâtiments afin de mieux faire ressurgir du passé des espaces ou des bâtiments disparus depuis plus de deux cents ans, modifiant par le fait même les axes de circulation qui pénétraient dans la place. Par exemple, la rue Saint-Pierre traversait la place pour atteindre la place du Marché Champlain alors qu’aujourd’hui elle se bute à un bâtiment et à la Batterie-Royale, car les auteurs du projet ont conçu le paysage de la place, autant dans la partie centrale que dans les rues avoisinantes, sur un calque du 18e siècle. Ce type de rue inadapté aux besoins actuels comporte de nombreuses contraintes pour les résidents et les commerçants :
1. absence de cases de stationnements ;
2. rues étroites rendant difficile la circulation ;
3. difficulté d’accès aux résidences et commerces.
Il existe une certaine confusion sur le partage des rues environnantes entre les piétons et les voitures alors que celles-ci ne peuvent circuler pendant certaines heures de la journée, rendant impossible l’accès des résidents à leur habitation. Pourtant, des solutions comme par exemple les rues semi-piétonnes auraient pu être envisagées dès le départ afin de concilier les deux types de déplacements. Ces rues, de plus en plus répandues dans certaines villes européennes, tiennent compte de la mixité des déplacements automobiles/piétonniers alors que la situation actuelle renforce l’isolement de la Place Royale.
LA GESTION DE LA PLACE ROYALE
À cette problématique de la circulation à la Place Royale s’ajoute celle de la gestion de l’ensemble de la place. La responsabilité de l’arrondissement incombe à la SODEC, donc au gouvernement du Québec, qui veille à la gestion du parc immobilier tant commercial que résidentiel et qui confie les activités d
’interprétation au Musée de la Civilisation. On peut questionner le choix d’une gestion publique aussi interventionniste à la Place Royale pour plusieurs raisons. Premièrement, l’argument historique qui a toujours fait partie du discours des restaurateurs et des gestionnaires est contestable du point de vue d’une analyse historique comme l’a fait remarquer Isabelle Faure (2) dans son chapitre consacré à la valeur historique de la Place Royale. De plus, l’unité d’action nécessaire du secteur arguée par la direction de la SODEC (3) pour expliquer ses nombreuses propriétés et par le fait même l’impossibilité que des propriétaires privés habitent le secteur est un argument quelque peu douteux, car la situation actuelle ne favorise pas le sentiment d’appartenance au quartier comme le montre le fort taux de mobilité annuelle des ménages qui se situe approximativement à 50% (4).
Du même souffle, on compte à la Place Royale plusieurs intervenants qui compliquent la gestion de l’ensemble comme l’association des commerçants, la SODEC, le comité des locataires et la Ville de Québec. La multitude d’acteurs et les difficultés d’articuler entre eux les visions respectives sont critiquées par ces mêmes acteurs comme l’association des commerçants de la place, qui par la bouche de sa présidente, déplorait la structure décisionnelle alors que « les décisions sont toujours motivées par des considérations politiques et financières, prises par des gens basés à Montréal, n’ayant aucun intérêt pour la chose historique » (5). Par contre, on peut questionner la préoccupation de madame Roy pour « la chose historique » alors qu’un des commerçants affirmait dans le même article que la Place Royale est « un véritable disneyland », faisant référence à la détérioration de la qualité de vie dans le quartier en raison de l’invasion touristique. Mais il y a quelques années, le ministère de la Culture a mis sur pied une nouvelle structure appelée la Commission de Place Royale qui rassemble ces intervenants et dont l’objectif est de « permettre à la fois aux résidents, aux marchands, aux touristes et aux visiteurs d'être associés dans une même démarche... » (6).
Ce virage des responsables vers la consultation des gens du milieu contraste avec le contexte autoritaire et paternaliste de la reconstruction de la Place Royale où les habitants devaient se contenter de solutions toutes faites à saveur de vérité absolue.
De manière générale, la reconstruction de la Place Royale et sa gestion récente ont eu comme effet direct la modification du milieu de vie pour consacrer une idée du patrimoine ayant conduit à la muséification de l’espace. En d’autres termes, on est passé d’un espace support d’une partie des services quotidiens des habitants à une place dont le rôle est « de matérialiser l’idée du patrimoine commun et de réifier les valeurs qui sont liées à travers des édifices ou un ensemble architectural » (7).
LES PERCEPTIONS ET REVENDICATIONS ACTUELLES DES RÉSIDENTS DE LA PLACE ROYALE
Dans un chapitre du mémoire consacré à la fonction résidentielle de la Place Royale, il a été mentionné que la baisse démographique du secteur est attribuable à un contexte d’étalement urbain et que cette décroissance a été accentuée par l’opération de reconstruction mise en branle dans les années soixante et la disparition des commerces de services et de détail qui suivit.
Si la muséification de la place découlant de la philosophie des promoteurs et des gestionnaires semble évidente, les perceptions et revendications actuelles des résidents viennent confirmer que la Place Royale est un espace hors circuit du reste de la ville. En ce sens, l’analyse d’un sondage réalisé en février 1997 par le comité des locataires de la SODEC permet de qualifier l’état d’esprit des locataires.
Interrogés au départ sur le projet de restauration-reconstruction des maisons Hazeur et Smith, les résidents se sont montrés majoritairement (90%) sensibles à quatre préoccupations :
1. être consultés sur les étapes des travaux sur les maisons Hazeur et Smith ;
2. demander à la SODEC qu’elle élabore et soumette un plan global d’aménagement de la place ;
3. favoriser la vocation résidentielle de la place en adoptant une politique en ce sens et en créant de nouveaux logements ;
4. favoriser l’implantation de nouveaux services pour les résidents.
De prime abord, l’expression de ces préoccupations majeures tout comme le désir qu’il y ait un moratoire sur l’ouverture d’un éventuel centre d’interprétation dans l’une des deux maisons ou la nécessité que la place soit animée en-dehors de la saison touristique montrent que les habitants sont conscients des carences du milieu. En ce sens, ils interpellent la SODEC pour qu’elle apporte des ajustements à ses priorités.
Le deuxième aspect intéressant du sondage a trait à la satisfaction des locataires envers la SODEC, d’une part, dans la gestion des immeubles, et d’autre part dans le déroulement de la vie quotidienne dans le quartier. Au départ, une très large majorité des répondants (92%) se sont dit satisfaits de la qualité des services de la SODEC comme l’entretien et la réparation des bâtiments. Par contre, on peut opposer cette satisfaction de la gestion courante des opérations aux préoccupations des habitants sur la
qualité de vie à l’échelle de l’ensemble de la Place Royale :
- la SODEC devrait intervenir dans le choix des commerces qui se localisent à la Place Royale ;
- l’impression que le développement touristique passe avant les résidents ;
- les habitants devraient pouvoir se prononcer sur le type d’animation à la Place Royale ;
- faire diminuer les nuisances sonores occasionnées par les autocars touristiques et la musique de certains commerces.
À bien des égards, ce sondage amène un éclairage sur le type de rapport qu’entretient l’habitant avec son espace de vie immédiat. D’abord, la gestion du parc immobilier semble satisfaisante selon les réponses des habitants et en ce sens, la SODEC paraît remplir son rôle avec diligence. En revanche, on peut affirmer que la préséance est accordée aux objectifs de rentabilité touristique compte tenu de l’importance des investissements financiers à la Place Royale et dont l’expression se traduit par une importance exagérée accordée à l’interprétation d’un patrimoine douteux.
Dans ce cadre, toutes les conditions ont été réunies pour favoriser la rupture entre les habitants et les fonctions traditionnelles de la place comme la satisfaction des besoins sensoriels et psychologiques (sentiment d’appartenance au quartier) et les échanges sociaux et économiques. Les nouvelles pratiques dominantes à la place comme la consommation esthétique, le passage et l’interprétation historique confirment le sentiment général des résidents qu’ils ne sont en quelque sorte que des figurants.
(1) Albert Levy : « L’espace public peut être incivil », Le Monde, 16 janvier 1998.
(2) Isabelle Faure : « Place Royale quelques choix d’interventions », Québec, Commission des biens culturels du Québec, printemps 1996, numéro 4, p. 3.
(3) Rencontre avec monsieur Benoît-Pierre Bertrand, directeur administratif au patrimoine de la SODEC, octobre 1997.
(4) Idem
(5) Éric Thibault : « Symphonie inachevée », Voir Québec, Vol. 2, numéro 6, 22 avril 1993, p. 7.
(6) Assemblée nationale du Québec, débats de la commission de la culture, mardi 29 avril 1997.
(7) Perla Korosec-Serfaty, op. cit., p. 114.
Voici un bref historique des deux périodes charnières de la restauration et de la reconstruction de la Place Royale de Québec et de leur contexte respectif.
Suite de l'introduction et de la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec.
LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)
© François MARCOTTE
Extraits
LA RESTAURATION ET LA RECONSTRUCTION DE LA PLACE ROYALE
1967 à 1978 :
1967 est une année charnière car il s’agit de l’année de la promulgation de la Loi de la Place Royale. Cette loi délimite officiellement le secteur de la Place Royale, précise la composition du Comité consultatif et confère par-dessus tout l’entière responsabilité de l’opération de restauration de la Place Royale au ministère des Affaires culturelles, tout en n’accordant que très peu de place à la Ville de Québec, « chargée par ailleurs de la conservation de l’ensemble de l’arrondissement historique dont la Place Royale fait partie » (1).
Les larges pouvoirs accordés au ministère des Affaires culturelles par la loi de 1967 firent que tout le déroulement du projet de restauration de la Place Royale se caractérisa par un climat secret et autoritaire (2). En effet, les exemples suivants sont probants de l’attitude du ministère :
- expropriations ou évacuations par la force de résidents ;
- incapacité de donner des informations adéquates aux résidents sur la durée des déplacements et les modalités de retour ;
- peu d’explications sur les options de restauration ;
- une attitude belliqueuse de certains auteurs du projet.
Jusque là seul maître du projet de la Place Royale, le gouvernement provincial signe en 1970 une entente avec le gouvernement fédéral, « stipulant que le gouvernement fédéral financerait les trois quarts du projet pour une période de cinq ans » (3). À partir de ce moment, la direction du projet passe sous la responsabilité du Bureau de coordination de la Place Royale (BCPR), créé par le gouvernement provincial. Jusqu’à 1975, année où prit fin l’entente entre le provincial et le fédéral, le projet se déroula rondement et on assista à une reconstruction plutôt qu’à la restauration des bâtiments existants.
1978 à aujourd’hui :
En 1978 se tint un colloque sur l’avenir de la Place Royale réunissant divers spécialistes des questions de la restauration urbaine et patrimoniale. À la suite des vives critiques qui se dégagèrent du colloque, le gouvernement québécois réorganisa le projet. Aujourd’hui, autant l’entretien que la location des maisons sont la responsabilité à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), anciennement la Société générale des industries culturelles (SOGIC). En 1998, nous assistions à la restauration de la maison Smith et la reconstruction de la maison Hazeur qui fut complètement détruite par un important incendie, il y a plusieurs années. Ces travaux furent rendus possibles par un décret gouvernemental qui accorda un budget de sept millions de dollars au projet. Il est à noter que ce projet rompit avec la philosophie qui avait guidé l’ensemble de la restauration de la place ; au-delà de la notion patrimoniale, le projet a insisté sur la nécessité d’intégrer une mixité des fonctions où des logements et des espaces commerciaux côtoient un centre d’interprétation de la Place Royale.
(1) Isabelle Faure : « La conservation et la restauration du patrimoine bâti au Québec. Étude des fondements idéologiques à travers l’exemple du projet de Place Royale ». Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Paris, oct. 1995, p. 233.
(2) Isabelle Faure, op. cit., p. 277
(3) Isabelle Faure, op. cit., p. 235

C'est peut-être le propre de l'Homme de se mentir soi-même pour mieux se fuir. Rêver, c’est parfois cet opium par lequel on se laisse aller pour plonger dans le passé afin de réinventer le présent. Rêver, c’est aussi vouloir présager l’avenir, anticiper l’idéal de sa vie. Tout compte fait, le rêve est le vagabondage de nos pensées. C’est cette même vie qui peut venir nous arracher à nos rêves, ceux qu’on se dessinait bien éveillé et qui deviennent des utopies et des chimères. L’inaccessible étoile de BREL.
La ville s'endormait. Peut-être ma chanson préférée de Jacques BREL. Il en a écrit de si jolies mais si je devais en choisir une, ce serait elle-ci. J'avais 18 ans quand j'ai découvert BREL et ce qui me fascine encore chez-lui, c'est qu'il y a toujours une de ses chansons qui correspond à l'instant de notre vie. Ce soir, il y avait un hommage au chanteur à la télé. Encore une fois, en l'écoutant, il m'a eu.
La ville s'endormait
Paroles et Musique : Jacques Brel (1977)
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Et la nuit peu à peu
Et le temps arrêté
Et mon cheval boueux
Et mon corps fatigué
Et la nuit bleu à bleu
Et l'eau d'une fontaine
Et quelques cris de haine
Versés par quelques vieux
Sur de plus vieilles qu'eux
Dont le corps s'ensommeille
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Et mon cheval qui boit
Et moi qui le regarde
Et ma soif qui prend garde
Qu'elle ne se voit pas
Et la fontaine chante
Et la fatigue plante
Son couteau dans mes reins
Et je fais celui-là
Qui est son souverain
On m'attend quelque part
Comme on attend le roi
Mais on ne m'attend point
Je sais depuis déjà
Que l'on meurt de hasard
En allongeant les pas
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Il est vrai que parfois près du soir
Les oiseaux ressemblent à des vagues
Et les vagues aux oiseaux
Et les hommes aux rires
Et les rires aux sanglots
Il est vrai que souvent
La mer se désenchante
Je veux dire en cela
Qu'elle chante
D'autres chants
Que ceux que la mer chante
Dans les livres d'enfants
Mais les femmes toujours
Ne ressemblent qu'aux femmes
Et d'entre elles les connes
Ne ressemblent qu'aux connes
Et je ne suis pas bien sûr
Comme chante un certain
Qu'elles soient l'avenir de l'homme
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s'endormait
Et j'en oublie le nom
Et vous êtes passée
Demoiselle inconnue
À deux doigts d'être nue
Sous le lin qui dansait
Ça crépite, ça craque et ça s'entend. Ça fume, ça brûle et ça réchauffe. Et en plus, ça sent bon. À 11h00, en ce samedi matin gris, le premier feu de foyer de l'automne a été allumé.
Merde... J'aurais jamais cru dire ça un jour mais je vais m'ennuyer de notre premier ministre canadien Jean CHRÉTIEN avec de telles déclarations. :-))
Un joint pour Jean Chrétien ?
Le premier ministre Jean Chrétien affirme ne jamais avoir fumé de marijuana, mais en riant, il se dit prêt à en faire l'expérience une fois que cette drogue aura été décriminalisée.
À la blague, M. Chrétien, âgé de 69 ans, a parlé d'expérimenter la marijuana, dans le cadre d'une entrevue accordée à Ottawa et publiée dans les pages du quotidien Winnipeg Free Press, vendredi.
À la veille de sa dernière visite dans la capitale du Manitoba à titre de premier ministre, M. Chrétien s'est fait demander ce qu'il pensait du fait que sa carrière politique prenne fin par l'adoption de lois visant à décriminaliser la marijuana et à rendre légales les unions de personnes de même sexe.
«La décriminalisation de la marijuana normalise une pratique, a-t-il affirmé. Cela demeure illégal, mais croyez-vous que les Canadiens souhaitent que leurs jeunes de 17 ou 18 ans, qui ont fumé de la marijuana une fois et se sont fait prendre par la police, se retrouvent avec un casier judiciaire pour le reste de leur vie ?
«Ce qui s'est passé est tellement illogique qu'ils ne sont plus poursuivis. Faisons en sorte que la loi soit le reflet de la réalité. Cela demeure illégal, mais ils devront verser une amende. C'est en phase avec notre époque.
«J'ignore ce que c'est que (de fumer de) la marijuana. Peut-être que j'en ferai l'expérience lorsque ce ne sera plus un crime. J'aurai mon argent pour l'amende (dans une main) et un joint dans l'autre main.»
Au sujet des mariages de personnes de même sexe, M. Chrétien a estimé préférable d'errer en accordant trop de droits plutôt que d'en enlever. Il n'a toutefois pas voulu préciser si cette question lui avait causé des problèmes en tant que catholique.
Source : Canoe
Petite sieste en début d'après-midi en écoutant Radio-Galilée, une station radiophonique religieuse de Québec. Pas pour les prières de monsieur le curé mais parce qu'à certaines heures, on y diffuse une si belle musique classique. On n'a qu'à fermer les yeux et hop, on est parti.
Y avait cette magnifique musique dominée par un violoncelle à l'écho à la fois grave, triste, nostalgique et dramatique je dirais. Ça m'a rappelé une image très forte vue à la télé il y a plusieurs années et qui m'avait pris d'émotions.
Un violoncelliste vêtu d'un costume noir de concert était assis sur une chaise au beau milieu d'une rue qui ressemblait à un boulevard il me semble. Un boulevard sans voitures, sans piétons. Autour de lui, il n'y avait que des ruines et les rares fous qui s'y aventuraient couraient pour sauver leur vie. Le musicien jouait une sorte d'hymne mortuaire, l'Adagio d'Albinoni. Ou peut-être jouait-il à travers des ruines. Je ne me souviens plus exactement. Est-ce si important où il jouait ?
On devait être en 1993-1994. Lui, il était à Sarajevo, à portée de tir des « sniper » cachés dans les collines environnantes qui s'amusaient à voler des vies. Et lui, il jouait, pour défier la mort.
Bien des choses ont été dites à raison mais aussi à tort et à travers sur le site de Québec urbain à la suite de mon billet sur la remise d'un prix Pollux à la Place Royale à Québec dans le cadre de l'émission de télévision Les francs-tireurs. Dans le but d'apporter un éclairage sur le projet de reconstitution de la Place Royale qui s'est mis en branle dans les années 60 et qui a conduit à sa muséification ou sa « disneylandisation », j'y vais d'extraits de mon mémoire de baccalauréat en géographie. Ils permettront peut-être de comprendre pourquoi plusieurs personnes, dont je fais partie, critiquent cette place.
LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE
© François MARCOTTE
Extraits
EN GUISE D’INTRODUCTION
Les opérations de restauration et de reconstruction des tissus urbains anciens posent de nombreuses questions qui dépassent le choix du parti architectural qui a été privilégié. En ce sens, la Place Royale dans la ville de Québec a fait l’objet d’une reconstitution dans sa forme du 18e siècle afin de symboliser le régime français. Pour faciliter l’atteinte de ce but, les promoteurs ont procédé à de multiples démolitions qui ont supprimé un paysage urbain qui s’était développé pendant plus de trois cent ans.

L’espace urbain implique inévitablement la prise en compte que celui-ci n’est pas homogène mais qu’il se compose plutôt d’une multitude d’espaces comme les rues, les parcs et les boulevards avec lesquels les habitants entretiennent des relations. En fait, ces types d’espaces sont des éléments fondamentaux de la constitution de la ville et la nature de ces relations est susceptible d’être modifiée par certaines opérations de restauration ou de reconstruction urbaines. La place publique, fraction importante de l’espace urbain à travers les siècles, n’échappe pas à la possibilité de se voir dénaturée par ces types d’opérations.
Dans la ville de Québec, la toponymie indique moins d’une dizaine de places publiques dont certaines sont récentes comme la Place de la FAO sur la rue Saint-Paul et la Place de la Gare inaugurée durant l’été 1998. Cependant, c’est certainement la Place Royale qui illustre le mieux la complexité de l’espace public, tant aux niveaux de l’évolution de la morphologie que des fonctions et des perceptions.
Le secteur de la Place Royale occupe une place importante dans l’histoire de la ville de Québec ; c’est en effet à cet endroit que les premiers colons français ont implanté le premier établissement permanent regroupant les fonctions résidentielle, commerciale et portuaire. Pour cette raison, il est décidé dans les années soixante de recréer la Place Royale telle qu’elle était sous le régime français.
Le projet de « restauration » de cet ensemble suscita autrefois de vives controverses compte tenu de la nature des interventions, plus spécifiquement de la philosophie qui a guidé l’ensemble du projet. À ce sujet, une citation de Perla Korosec-Serfaty indique bien la difficulté d’un exercice de restauration urbaine :
« La restauration des monuments historiques suppose donc non seulement une compréhension préalable du passé, mais aussi une vision de l’usage social que l’on voudrait faire du passé. Elle oblige à réfléchir sur « l’objectivité » de l’histoire, sa relativité, comme sur la subjectivité du restaurateur, et sur la cohérence d’une politique de restauration. Elle conduit toujours à des choix doctrinaux, et donc à des controverses de nature à la fois technique, philosophique et esthétique ». (1)
Un survol de la Place Royale, dans sa partie centrale comme dans celle du périmètre juridique, fournit un exemple illustrant le propos de Korosec-Serfaty. Profondément remaniée par une opération de « restauration » urbaine, qui pour certains auteurs fut en réalité une reconstruction, la Place Royale actuelle ne semble qu’un lieu à vocation touristique. Les grandes visées patrimoniales ayant guidé le projet dans les années soixante semblent avoir eu raison de sa vocation première, c'est-à-dire une place urbaine comme support d’un milieu de vie, ce qui suppose la présence suffisante de certaines activités essentielles dans son environnement immédiat.
La question est de savoir comment le projet de reconstruction de la Place Royale a inscrit une rupture avec l’histoire d’un
espace qui était autrefois un lieu de convergence, de coexistence et d’échanges commerciaux dont les profondes mutations ont conduit à une place muséifiée, c'est-à-dire un espace caractérisé par l’absence ou la rareté des échanges sociaux, commerciaux et ludiques et qui, malgré ses qualités architecturales et morphologiques, n’est qu’une sorte de décor sans consistance.
Comment en est-on arrivé à parler de la Place Royale comme un simple décor ? En quoi le projet de reconstruction de la Place Royale a-t-il accéléré le déclin de certaines fonctions et empêché à toutes fins utiles la réémergence d’une vie urbaine diversifiée ? De plus, comment la reconstruction de cet ensemble urbain a-t-elle modifié les rapports entre la population locale et la place ?
À suivre
(1) Perla Korosec-Serfaty : « Muséification des centres urbains et sociabilité publique : effets attendus, effets déconcertants », in Annick Germain et Jean-Claude Marsan : Aménager l’urbain de Montréal à San Francisco. Montréal, Éditions du Méridien, 1987, p. 103.
En complément du billet qui portait sur le palmarès météorologique canadien d'Environnement Canada, voici un article assez drôle du journal La Presse qui se fait un peu l'écho des propos que je tenais. Du moins dans le ton ;-)
(Merci à Julie TELLIER pour le tuyau)
Vive la canadienne
Voilà l'argument décisif contre la souveraineté, que tous les fédéralistes attendaient. Montréal est la ville où le climat est le plus "canadien", établissait cette semaine une étude d'Environnement Canada. Et dire qu'au référendum de 1980, Jean Chrétien invoquait les Rocheuses comme symbole du Canada. Exit les montagnes, vive le climat!
La clé de ce succès, c'est la variété: les Montréalais expérimentent toutes les conditions météorologiques, froides, chaudes, orages, verglas, poudrerie. "Un peu de tout, mais peu d'extrêmes", résume Environnement Canada. Peu d'extrêmes? Avec un thermomètre qui monte et descend, entre décembre et août, de plus de 60 degrés centigrades? Mais nos hivers n'ont rien à voir avec ceux de la ville la plus froide, Yellowknife, qui affiche une température moyenne de - 28.9 degrés centigrades. Nos étés sont surpassés par ceux de Kamloops: température moyenne 27 degrés. En consultant le palmarès, on constate qu'il pleut beaucoup à Prince Rupert, qu'il neige abondamment à Val d'Or et qu'il tonne souvent à Windsor. Victoria remporte la palme du climat le plus agréable.
Déjà, nous étions obsédés par le temps qu'il fait: les récriminations contre les conditions météo constituent probablement le second sport national des Québécois après le hockey. Avez-vous déjà remarqué le nombre de minutes à la télé, le nombre de pages dans le journal qui sont consacrées au temps qu'il fait? Et maintenant, avec ce diable de palmarès, la météo risque de faire irruption... en politique!
Source : Katia GAGNON, journal La Presse, 2 octobre 2003.
Quelques clics à gauche et à droite dans le monde des cybercarnets pour me rendre compte que pour beaucoup de francophones, l'usage de petits mots en anglais est fort répandue. Personnellement, ça me tanne et je me demande bien pourquoi toutes ces personnes agissent ainsi. Pour vous en donner un aperçu, allez sur weblogues.com et choisissez au hasard. Le débat a déjà fait rage sur plusieurs cybercarnets et je n'ai pas l'intention de faire dans l'inquisition. C'est leur droit le plus strict d'agir ainsi mais honnêtement, je trouve ridicule cette surutilisation de mots anglais. Une explication ? Hum... J'en ai une mais je la garde pour moi...
C'était la première fois que je mettais les pieds dans ce cimetière vieux de plusieurs centaines d'années. La lumière de l'hiver et la neige conféraient à ce lieu une atmosphère mystérieuse qui imposait le silence, une situation bien différente de celle que j'ai trouvée en été lorsque les troupeaux de touristes envahissent le cimetière. Puis, on peut s'amuser à gratter la neige sur les pierres tombales placées pêle-mêle pour découvrir la date à laquelle on a conduit la personne à son dernier repos.
Sur celle d'un rabbin décédé voilà longtemps, on pose de petits papiers sur lesquels on écrit un voeu. Des cailloux de couleur éparpillés sur le sol tiennent en place nos souhaits les plus chers. Malheureusement, il arrive souvent que nos voeux s'envolent quand même...
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