Sur Canoë, un reportage sur le couch surfing, un réseau où des personnes offrent l'hospitalité à des voyageurs. Formule économique et très chouette pour rencontrer des gens lors de vos voyages.
Québec, 10h20. Temps idéal, quoique trop humide avec un taux de 88 %. Superbe vent, une température de 22 degrés grâce à un soleil voilé. À peu de choses près le temps et la température sont parfaits. Mais y a le voisin qui a brisé cette quasi harmonie en préférant une autre symphonie ; exit les éléments de la nature, mononcle vient de démarrer sa tondeuse deux temps qui pue, pollu et fait un de ces boucans. Dommage.
Vous direz ce que vous voudrez, mais la SRC passe tous les jours de cette semaine un vieux film de Louis de Funès et ses gendarmes et moi, j'aime ça. Ça fait sourire.
Souvent, je suis séduit par un lieu comme d'un visage par la même mécanique ; une première impression, superficielle, qui appelle les sens et qui me retourne. Ensuite, le lieu comme le visage sont explorés et on en découvre toute la complexité et l'unicité qui font qu'il s'impriment en soi.
J'aime toucher les lieux et les espaces d'abord par les mots afin de participer à une sorte de jeu, à savoir si leur auteur a senti les choses comme moi et sinon, en quoi nos sens sont différement marqués. En géographie et en psychologie de l'environnement, il y a ce qu'on appelle la carte mentale, c'est-à-dire la représentation qu'on se fait d'un lieu, souvent grâce à des éléments physiques marquants, tel un monument ou un édifice public. Comme tous, je n' échappe pas au tactile, mais de menus détails presque « indisibles » m'ont souvent happé et j'ai peine à les décrire lorsque c'est le cas.
La littérature est souvent ce voyage que je m'offre, surtout à travers des essais qui flirtent fréquemment avec la forme romancée. Ils permettent d'associer les mots aux espaces qu'on aura peut-être la chance de ressentir, à notre tour. Les cartes m’ont toujours amusé tellement elles parlent, mais lorsqu’elles sont muettes, j’aime bien leur donner la parole comme à celle-ci, l’itinéraire d’un voyage impossible, autrement que par les mots qui m’ont été offert.

Récemment, des événements comme des écrits m'ont fait penser à ce lieu. Elle, elle s'y rendait, le 14 juillet on l'a embrasée, le Tour de France l'a saluée. Puis, la fermeture annoncée de la station radiophonique CHOI FM de Québec et les mots beuglés, tels dictature, perte de liberté d'expression, totalitarisme pour qualifier le non-renouvellement du permis de diffusion, ainsi que les commentaires entendus à la manifestation d'appui, m'ont fait grincer des dents et penser à ce jour de juillet 1991, à Carcassonne. Un lieu, mais surtout un visage de la véritable lutte pour la liberté.
C'est à Carcassonne que je fis véritablement la connaissance de M., une Tchécoslovaque (d'alors) faisant partie du même groupe de jeunes que moi, accueillis à Lézignan, une petite ville du Languedoc-Roussillon en France. Largués par le groupe, nous nous étions assis sur les remparts de la Cité. Je lui parlais du Québec, de ma vie, des projets que je me dessinais ; elle, elle faisait de même, tout en me racontant ce qu'était la vie sous le communisme jusqu'en 1989. Je me rappelle surtout d'une anecdote : elle me disa comment, à l'âge de 14 ou 15 ans, elle avait participé à la rédaction et la reliure d'un livre clandestin sur les événements du Printemps de Prague en 1968. Jusqu'au dégel de 1989, le régime communiste interdisait en effet la publication de bouquins et de photographies de cette page de l'histoire tchécoslovaque qui irritait les membres de l'apparatchik communiste. Adolescente, elle brava l'interdit au nom de la vérité et de liberté. Puis, ces « taupes » qu'elle décrivit, des personnes payées par les services secrets pour vérifier ce que les professeurs enseignaient aux étudiants, si le tout était « conforme à la vérité ».
Liberté, totalitarisme et j'en passe, ai-je entendu jeudi dernier. Faut avoir du culot, être un satané ignorant et méprisant envers ces Russes, Chiliens, Polonais et j'en passe qui ont combattu pour la liberté. Puis, oser comparer la situation à l'Iran comme l'a fait Demers, le proprio. de CHOI, alors on est dans le délire total.
La liberté que vous croyez défendre, elle laisse apparaître les chaînes de plusieurs, incapables de se forger des idées et qui manifestent pour que certains continuent à jouer aux justiciers comme au far-west : selon leurs règles. « Ils disent tout haut ce qu'on pense tout bas », entendais-je. Penser est un euphémisme chez plusieurs, car il préfèrent s'accrocher aux paroles des Filion et Arthur qui crient à l'injustice, sachant pertinemment que ce qui leur est reproché, ce n'est pas leurs opinions mais leurs mots qui ne sont que des vomissures. Ces manipulateurs parmi vous.
Il a récemment fait son entrée au Parlement européen à titre de député ! Qui ?

Bon. Je crois que je vais virer quelques blogues de mes signets si ceux-ci n'ont pas de fil XML ou RSS sous peu, ce permettrait de les suivre dans un agrégateur. C'est chiant de vérifier, une à une, les mises à jour.
Ça m'énerve les reportages de journalistes qui se précipitent à l'aéroport auprès de militaires à leur retour de mission de paix à l'étranger. Après l'ex-Yougoslavie et Haïti, voilà qu'un contingent canadien est revenu de l'Afghanistan. À chaque fois, le journaliste va rencontrer la femme restée au foyer et les enfants :
- Est-ce que tu t'es ennuyé de papa ?
Bien sûr, le môme répond oui et on le comprend. De quoi émouvoir le téléspectateur dans son divan. Ou encore, ce grand moment d'émotion qu'on cherche à nous faire partager lorsque le journaliste nous affirme que le mec n'avait pas encore vu son fils, né lorsqu'il était en mission.
Puis, lorsque le journaliste regarde le militaire et lui dit, en guise de conlusion, « Bon courage », c'est à se demander qui est le plus en peine : le kaki ou le gosse de Kaboul ?
Tiens, je viens de remarquer que le facho dont j'avais mis le lien vers le site s'est fait virer de son hébergeur. Bonne nouvelle.
À ne pas dénoncer ??? Liberté, comme ils disent...
Il est beaucoup question de la notion de liberté à Québec avec l'épisode de la licence de CHOI FM. Du « monde ordinaire » (pour reprendre l'expression de Filion et al.) aux commentateurs de l'actualité, en passant par votre humble serviteur qui s'est commis, plusieurs ont émis leur opinion sur la fermeture de la station le 30 août si le statut quo persiste. Je me commets encore une fois en attendant de nouveaux développements.
Ainsi, j'ai écrit que CHOI FM a voulu jouer au plus fin depuis deux ans et qu'il s'est brûlé face à une législation qu'on peut questionner, certes, mais qui prévaut. Quant à la sanction, elle m'apparaît sévère (mais légale), alors que l'onde de choc et ses illustrations (plusieurs ont crié au viol de la liberté d'expression, à la censure et au règlement de compte) me font rigoler tellement elles sont exagérées et disproportionnées. Mêmes sentiments pour cette réaction. Enfin... Je suppose qu'on perçoit la notion de liberté différemment selon notre bagage personnel. C'est mon cas.
Oh ! Criez tant que vous voulez pour sauver du naufrage une station radiophonique en confondant liberté d'expression et ce que j'appellerais l'étiquette du droit de parole, mais personnellement, je ne peux que rire jusqu'à ce jour des appels des intéressés. Votre cible est mauvaise : le CRTC est un organisme qui applique la Loi sur le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, adoptée par le parlement canadien. Puis, que ses membres ne soient pas élus n'a aucune importance, puisque le mode de nomination des commissaires ne diffère pas de celui des juges aussi nommés par le législatif, c'est-à-dire le gouvernement. Par ailleurs, j'ajouterais même que le CRTC se rapproche des ordres professionnels comme l'Ordre des ingénieurs du Québec ou le Collège des médecins. Chacun comporte des chartes qui régissent l'éthique, la déontologie et la pratique des membres. Alors, si vous souhaitez que le CRTC soit abolir ou que sa loi soit amendée, ça passe par les élus.
Aussi, pourquoi vous ne vous en prenez pas à l'animateur Filion, lui qui porte la responsabilité de cette décision ? Comment osez-vous crier au viol de la liberté d'expression et à la censure, alors qu'il ne s'est même pas présenté pour se défendre aux dernières audiences du CRTC sur le renouvellement de la licence ? Puis, « liberté d'expression », connaissez-vous la signification de ces deux petits mots ? Êtes-vous conscients que des hommes et des femmes ont payé de leur carrière, voire de leur vie pour l'acquérir et la conserver ? Je trouve stupides ces semeurs de la victimisation qui ont le culot de parler de danger pour nos droits et notre démocratie. Quand l'un d'eux s'immolera ? Je fournis le gaz. Par ailleurs, jamais le CRTC n'a remis en cause le droit de fouiller ou de dénoncer tel ou tel dossier. On le confond avec les manières bas étage, mesquines et vicieuses qu'emploient souvent Filion et compagnie.
L'éducation. Sous toutes ses formes, voilà l'essence de votre liberté. Celle des bancs d'école, des voyages, tant de l'esprit que des pieds, de la multiplicité des écoutes et des lectures. Oui au grattage, à la dénonciation des aberrations ou des injustices ainsi qu'à la diversité des opinions, mais non à ces vomissures verbales qui ne montrent que le dénuement et la faiblesse.
Cette nouvelle rappelle que le conditionnel est souvent de mise...
Puis qui dit vache dit lait et qui dit lait dit beurre. Le beurre et son concurrent la margarine, dont le grand débat social et juridique sur la couleur trouvera bientôt sa conclusion comme nous l'apprend Lapin gourmand...

Ça sent Saint-Pascal. C'est le village de la vieille maison familiale et de la ferme. Sa ferme et ses vaches. Ce soir, le vent transporte les effluves des fermes de St-Augustin-de-Desmaures, l'ancienne ville fusionnée et défusionnée. Les agriculteurs ont dû répandre le fumier des vaches. Donc, en conséquence : ça sent Saint-Pascal. Meuuuuh !
Ahhh.... Comme l'air est bon avec cette nouvelle.
C'est lui le lapin de Laurent ??? ;c)
« Dans un voyage, le premier pronom personnel est incertain, il se réduit presque à une convention grammaticale. Qui est celui qui voyage ? Le « je » du voyageur n’est guère plus qu’un regard, une forme creuse où s’imprime le moule de la réalité, un récipient qui se laisse combler par les choses, leur donnant – par son tempérament, sa nostalgie et ses inquiétudes – une forme, comme un récipient donne forme à l’eau qui la remplit. »
Claudio MAGRIS : « Tchitches et Tchiribires », Déplacements, Éditions La Quinzaine littéraire – Louis Vuitton 2002, collection Voyager avec…
Ce « je » qui écrit aujourd’hui en écho à Magris est comme tout Homme, une forme malléable et non définitive. De ses voyages, ce « je » se rappelle des pavés arrondis par l’âge ou de ces pierres posées corps à corps, sculptant des œuvres : le château d’une ancienne dynastie, le domaine de l’évêque ou du roi, le vieux pont sur lequel ont défilé des vaincus, parfois des vainqueurs. Plus modestes, j’ai vu ces petites maisons comme ces boîtes où chaque appartement est l’alvéole d’une famille. Des supports de vie comme des décors pour des hommes et des femmes qui font parfois qu’une journée et son lendemain, un territoire nous sourit, tandis qu’un autre jour, les lieux d’hier semblent nous assaillir, presque inhospitaliers. Essentiellement, nous ne sommes qu’un regard de voyageur, nomade ou sédentaire de sa terre, qui voit beaucoup plus avec le cœur qu’avec les yeux.
Joli coup de gueule d'un copain ce matin via le courriel. Je le lis, suis ses liens pour me pomper et m'insurger, à mon tour. Il est question de deux dossiers environnementaux où des paysages et des milieux naturels sont mis en danger par les desseins de compagnies.
Dans un premier cas, il s'agit de l'exploitation d'une carrière de granit au Cap-Brûlé sur le territoire de la MRC de la Côte-de-Beaupré, dans la grande région de Québec. Le projet menace un secteur récréo-touristique fort prisé, mais le ministère de l'Environnement a octroyé le permis d'exploitation malgré l'opposition du milieu, prétextant que la loi lui interdit de ne pas octroyer de permis. Voici un bel exemple de nos carences législatives en matière environnementale au Québec. On préfère sacrifier le bien commun.
Puis, il y a la compagnie forestière Kruger qui a déployé mille efforts pour aller sur l'île René-Levasseur comme il est écrit dans cet article que j'ai extrait d'une revue de la compagnie :
« ...plusieurs scénarios ont été analysés, dont l’utilisation d’un pont de glace, le transport de bois en vrac sur des barges et le transport de bois par camion à l’aide d’une barge. »
Pour tout raser, bien sûr.
L'île se trouve dans la partie septentrionale du Québec et est unique, car elle résulte de la chute d'une météorite il y a plus de 200 millions d'années.


La Coalition Sauvons l'île René-Levasseur se bat actuellement contre le projet de raser la forêt, lui qui défigurerait une formation géologique et une forête boréale exceptionnelles. Faudrait que les autorités comprennent que la forêt et son substrat géologique sont indissociables.
Après tout ça, j'en viens à la même conclusion navrante que mon ami : nos législateurs sont incapables de se projeter, d'avoir une vision du développement durable dans laquelle l'environnement doit être au coeur de celui-ci. Ils rejoignent certainement ce que disait Luc-Normand Tellier dans cette citation que m'a fait parvenir un autre copain en matinée :
« Le problème, […], c’est qu’il existe un blocage mental quand il s’agit d’imaginer des solutions, et un blocage politique quand il s’agit de trouver les moyens de passer aux actes. L’urgence vient de ce que le temps passe. Pendant ce temps, les blocages deviennent insurmontables. Les nouveaux rapports se contentent de citer les anciens, une sorte d’abdication intellectuelle s’installe et les responsables politiques se trouvent de plus en plus d’excuses pour expliquer leur impuissance ».
Je devais avoir à peine dix ans quand je suis allé « aux îles », mais j'en conserve de beaux souvenirs. Mon amie Amélie est allée en juin aux Îles de la Madeleine et a pris cette photo des falaises de grès sculptées par la mer, qui est en vérité le Golfe St-Laurent. La mer comme je l'aime : froide et agitée.

Quand la bêtise atteint des sommets. Le rêve du bilinguisme canadien n'a aucune limite...
C'était à prévoir que la Régie de l'énergie allait dire oui au Suroît. Au pays de l'hydroélectricité, on va importer de l'énergie pour en produire... Hâte de voir comment le ministre de l'Environnement justifiera le projet cet aprem.
Si on voulait faire un parallèle avec le hockey, je les comparerais aux Devils du New Jersey de l'époque du « coach » Lemaire : style ennuyeux, jeu défensif à outrance, un gardien de but qui fait les arrêts clés et de rares chances de compter sur lesquelles ils capitalisent. Oui, les Grecs ont remporté l'Euro 2004. Équipe au jeu d'une grande platitude mais terriblement efficace, la Grèce célèbre un championnant inespéré. Bravo et fêtez et fêtez mes amis grecs, car la facture des jeux olympiques risque d'être moins réjouissante...
On parie quoi de cette décision ? Vous pouvez miser ce que vous voulez, mais le premier ministre CHAREST dira (s'il ose se présenter en conférence de presse) :
- Le Québec est en face d'un déficit énergétique ;
- La demande d'électricité sera forte ;
- Malgré l'augmentation des gaz à effet de serre, le Québec fait lrgement sa part.
Suroît de l'avant ? Réponse lundi, mais j'ose un oui. La Régie se mouillera pour le gouvernement d'abord.
Sur mon mac, j'ai le logiciel Acrobat qui permet de convertir des documents au format PDF, mais aussi de les annoter ou souligner des passages. Acrobat permet d'ajouter une sécurité par mot de passe empêchant d'imprimer le document, d'en copier des extraits, souligner, etc. Quelqu'un connaîtrait un utilitaire permettant d'outrepasser ces sécurités ?
Français, Françaises... Saviez-vous, pour la petite histoire, que c'est à Québec que l'on retrouve l'une des seules statues du Général Charles de GAULLE, car dans son testament, il serait écrit qu'aucune statue de lui ne soit érigée en France. Par contre, il n'y aurait pas de mention pour l'extérieur du pays. Du moins, c'est l'histoire que j'ai entendue.
Lors de son dévoilement en 1997 (il me semble c'est cette année), il y eut une manifestation d'opposition à l'initiative du gros-gras André ARTHUR, animateur radiophonique de Québec dont plusieurs milliers de personnes boivent les paroles. Le général avait lancé le fameux « Vive le Québec libre » du balcon de l'hotel de ville de Montréal en 1967 et y a des cons de fédéralistes qui n'ont retenu que ça de la vie du monsieur.
Il s'avéra que je passais dans le secteur pour le boulot et je ne pus m'empêcher de me faufiler à travers la foule pour aller me foutre de la gueule de ces manifestants anti-de GAULLE. Que de plaisir à les ridiculiser ! Y a même un vieux qui voulut en venir aux coups avec moi :
- Calmez-vous, lui dis-je. Votre coeur ne tiendra pas, ajoutai-je par bonté.
Il survécut...

Marlon BRANDO est mort. Il était devenu si gros et c'est à se demander comment le coeur a pu tenir. On aurait dû faire avec lui ce qu'on a fait avec ce gros minet.
Mon grand-père paternel est décédé en 1998 à l'âge vénérable de 90 ans. Grand-papa Roméo, comme nous l'appelions moi et ma soeur, ses seuls petits-enfants. Depuis notre naissance, ses sentiments pour nous ont toujours été la générosité, la bonté, la tendresse et un immense amour que moi et la petite soeur nous lui rendions avec autant de naturel. L'âge avançant, il devint plus aigri, voire désagréable, pas avec nous, mais à l'endroit de notre grand-mère qui écopait trop souvent en se taisant. Une femme de sa génération, trop silencieuse, malheureusement. Alors, grand-papa Roméo n'était pas un homme parfait, car au-delà de ses nombreuses qualités de générosité et de travailleur acharné, on disait de lui qu'il était têtu, entêté, bon râleur et parfois grognon. En ce sens, je dois bien admettre que je suis le digne petit-fils de mon grand-père...
Bon. À sa disparition, nous avons fait un grand ménage de toutes ces choses qu'il a accumulées et conservées religieusement. Toujours est-il que parmi nos découvertes, il y a eu ce petit cahier d'école de mon grand-père que mon père a égargé dans sa paperasse à lui. Le digne fils de son père. Par contre, a contrario de son paternel, lui a beaucoup moins d'ordre dans son désordre ;c) Néanmoins, il m'a apporté le dit livret cette semaine. C'est un cahier d'école aux feuilles jaunies et dans lequel mon grand-père écrivait de petites compositions que notait un professeur. Elles datent de janvier 1923 et mon grand-père avait alors quartorze ans, presque quinze. Je les aies relues avec émotion, m'étonnant de la qualité de sa plume et de la clarté de ses idées.
J'ai jugé primordial de les recopier dans leur intégrité pour mieux les conserver. Voici la première :
Lequel des deux biens préférez-vous : la santé ou la richesse ?
Il est des personnes qui mettent la richesse au-dessus de tous les biens de ce monde.Être riche, disent-elles, c’est pouvoir se procurer tout. Rien d’impossible à l’homme fortuné : ses désirs à peine exprimés sont aussitôt exaucés et ses caprices immédiatement satisfaits. À ce compte, les personnes riches devraient être absolument satisfaites et heureuses puisque le bonheur consiste précisément dans la réalisation et l’accomplissement de nos désirs. Il n’en est pas ainsi et cette maxime « L’argent est la source du bonheur » reçoit de fréquents et formels déments. Tous les millions de la terre ne peuvent compenser l’absence d’un bien inestimable que seule la Providence détient et qui s’appelle la santé. La santé et non la richesse, voilà le plus inappréciable des biens. Être en bonne santé semble une chose si naturelle qu’on ne songe même pas à apprécier ce bienfait tant que l’on se porte bien. Mais vienne une maladie, une indisposition, une simple migraine ou un petit mal de dents et vite on appelle de tous ses vœux le rétablissement de cette santé sans laquelle la vie paraît si morose et si pesante.
Oui la richesse a ses avantages. Mais si j’avais à choisir entre elle et la santé, je n’ésiterais point un seul instant : je prendrais cette dernière car avoir la santé, avoir de la volonté et l’amour du travail, voilà la véritable et la seule richesse.
Roméo MARCOTTE
Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec.
20 janvier 1923