lundi, le 13 novembre 2006

Cartographie bloguesque

« Ce blog est destiné à présenter, sous forme d’esquisses ou de documents finalisés, des projets cartographiques en gestation (pour les présenter au public et pouvoir les développer collectivement), une réflexion sur la création cartographique, les manipulations et utilisations politiques des cartes, des projets artistiques dans lesquels la cartographie tient une place importante et des réalisations cartographiques ou géographiques anciennes (pour leur intérêt historique). » (Source : Visions cartographiques)

Oui, la cartographie est un langage qui se blogue.

Envoyé par - François - le lundi 13 novembre 2006 | Commentaire (1) | TrackBack

lundi, le 19 juin 2006

À côté de la carte

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Géographiquement et historiquement, la région des Balkans est une mosaïque de plusieurs pays : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, le Kosovo, l'Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie, la Grèce et la Turquie. Bref, le sud-est européen.

Dans sa définition la plus stricte, la géographie est une science descriptive et si on s'en tient à cette seule qualité, il faut un minimum de rigueur dans son utilisation. Or, à écrire et dire n'importe quoi, les médias deviennent parfois sources d'ignorance comme le fut Canoë avec ce titre : Balkans. La Slovaquie passe à gauche.

Pointilleux le mec ? Si, car c'est aussi ça ma géographie.

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Envoyé par - François - le lundi 19 juin 2006 | Commentaire (0) | TrackBack

jeudi, le 16 mars 2006

Du bois, de l'asphalte et de la matière grise

Jobboom nous offre un numéro intéressant qui consacre une section aux nouveaux modèles économiques et à la délocalisation économique des entreprises, plus exactement des régions-ressources vers les aires urbaines. Ainsi, l’extrait suivant me semble assez fidèle des défis auxquels sont confrontées non seulement les régions hors des centres urbains, mais aussi ces derniers avec leurs concurrents mondiaux :

« ...le nouveau modèle économique est d’abord axé sur la connaissance et l’innovation et promet des jours dorés au secteur tertiaire (informatique, finances, ingénierie, sciences, etc.). Or, ces créneaux se développent principalement dans les grandes villes, en raison de la présence de centres de recherche universitaires, de la disponibilité d’un important bassin de main-d’œuvre qualifiée et de la proximité de la frontière américaine, des grands axes routiers et de la voie maritime du Saint-Laurent. [...] » (Source : Jobboom)

Envoyé par - François - le jeudi 16 mars 2006 | Commentaire (0) | TrackBack

mercredi, le 30 novembre 2005

Ce Nord

Via Les dits du magoua qui en faisait écho lundi, voici un texte de Louis-Edmond Hamelin, professeur émérite de géographie et père du concept de la nordicité.

Grosso modo, son texte porte sur les thèmes du Nord et de la territorialité qu'il trouve absent du discours national, en plus de s'attarder en priorité au nord du nord québécois dans son cadre géographique et anthropologique. Toutefois, il serait malheureux de limiter cette lecture au Québec du Nunavik inuit. Hamelin fait le pont avec ce que j'ai déjà mentionné lorsqu'il écrit que « le Québec est le pays qui vit la nordicité la plus élevée [et qu'il] devrait découler de cette constatation l'exercice d'un certain leadership technologique et culturel. »

Je vais plus loin et je crois rejoindre Hamelin ; de ce problème de territorialité et d'identification - de sa perte ? -, serait-ce l'une des raisons pour lesquelles nous pateaugeons encore et toujours dans l'ambiguïté nationale ?

Envoyé par - François - le mercredi 30 novembre 2005 | Commentaire (0)

jeudi, le 24 novembre 2005

Sarajevo mon amour

« Emina vit en Suède, elle est de Sarajevo, elle est partie se réfugier en Suède en 1992. La vie à Sarajevo était difficile, les obus tombaient, faim et froid..., pas d’issue. Une soeur blessée, l’autre tuée. Il fallait avoir du courage et traverser la piste en courant, en ces jours de décembre. Emina a eu du courage, elle était prête à tout pour fuir cette ville invivable. On appelle cette ville "une ville sans avenir". Ainsi, elle s’est enfuie et vit à Stockholm, depuis deux ans, où elle travaille comme vendeuse. » [...] (Source : Sarajevo pour les débutants, La Revue des Ressources)

[...] « La Bosnie-Herzégovine est depuis lors divisée en deux «entités» : au nord et à l'est de la Bosnie s'étend le territoire en forme de croissant de la Republika Srpska le quasi-État des Serbes de Bosnie, qui représente 49% du territoire de l'ancienne République yougoslave. Le reste du pays est appelé la Fédération bosno-croate, elle-même divisée en une dizaine de cantons dotés d'une large autonomie, et le district autonome de Brcko. » [...] (Source : La Bosnie entravée par l'accord de Dayton, Le Figaro)

De cet Est violé, assassiné, décapité et meurtri, dont l'histoire sous nos yeux comme celui des manuels auraient dû être des leçons, je connais peu, si ce n'est que bouquins, articles de journaux à la va-vite, chronologies et quelques essais qui sont souvent des tentatives de comprendre la mosaîque des Balkans et les forces qui s'y opposent.

De ce dixième anniversaire d'un accord de paix qui laisse encore un goût amer, mais dont on voit poindre des gestes de réconciliation, j'aurais tant aimé ajouter ma maigre contribution à rebâtir les ponts. Un urbaniste sans frontières, pourquoi pas. Je n'y suis jamais allé, jamais je n'irai, mais pourtant.

Envoyé par - François - le jeudi 24 novembre 2005 | Commentaire (2)

mardi, le 11 octobre 2005

Ces tigres nordiques

Au chapitre des dix nations les plus compétitives du récent palmarès du World Economic Forum, on compte les cinq pays nordiques, dont la Finlande qui trône en tête juste devant les États-Unis. Plusieurs personnes tissent des liens entre le faible taux de syndicalisation et la compétitivité, comme c'est le cas des É-U - nonobstant Katrina et l'Irak -, mais ça ne semble pas si simple. Ainsi, comment peut-on expliquer le succès finlandais puisque le taux de syndicalisation et de couverture conventionnelle (employés couverts par une convention collective) sont respectivement de 75 % et 90 % ? Selon Augusto Lopez-Claros, économiste en chef et directeur du World Economic Forum’s, plusieurs facteurs expliquent la bonne performance de la Finlande et des états nordiques :

« The Nordic countries share a number of characteristics that make them extremely competitive, such as very healthy macroeconomic environments and public institutions that are highly transparent and efficient, with general agreement within society on the spending priorities to be met in the government budget. » (Source : World Economic Forum, Press release)

De plus, la question des taxes et des taux d'imposition qui sont très élevés ne semblent pas être un frein à la compétitivité :

« ...there is no evidence that these are adversely affecting the ability of these countries to compete effectively in world markets, or to provide to their respective populations some of the highest standards of living in the world. Indeed, the high levels of government tax revenue have delivered world-class educational establishments, an extensive safety net, and a highly motivated and skilled labour force... » (Source : idem)

Fardeau financier élevé des ménages, certes, mais un rapport coûts-bénéfices satisfaisant au niveau institutionnel.

La ministre danoise de l'Environnement et de la coopération nordique, madame Connie Hedegaard, ajoute et précise :

« ...we have organised our society in such a way that we hold our own well internationally. However, the competition will continue to be tough. Therefore we must develop our strong points together. The Nordic countries are characterised by a unique balance between growth and environment and we must become even better at exploiting and developing solutions which will ensure prosperity in our region for both the present and future generations. » (Source : Norden, infocourriel)

Les données sur le taux de syndicalisation ne sont qu'un indicateur et la ministre précise qu'au-delà de cette statistique, les états nordiques ont su concilier le libéralisme économique à ses responsabilités, notamment sociales, éducatives et environnementales.

Envoyé par - François - le mardi 11 octobre 2005 | Commentaire (0)

mardi, le 13 septembre 2005

Survoler d'un clic

Fantastique qu'est le logiciel Google Earth qui offre des images satellites et des informations géographiques de plusieurs villes et régions du monde. Plus qu'survol, j'ai revu avec émotion des lieux qui un jour m'ont habité et dont les images mentales se sont interposées à celles de l'écran.

Envoyé par - François - le mardi 13 septembre 2005 | Commentaire (0)

lundi, le 11 juillet 2005

La martyre

La géographie sert d'abord à faire la guerre, lança Lacoste dans son essai de 1976. Quant à sa fille, la géopolitique, elle sert à justifier qu'on la fasse ou non. L'une de ces illustrations, c'est Srebrenica en Bosnie dix ans plus tard et l'occident qui se flagelle aujourd'hui, en sale hypocrite.

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Envoyé par - François - le lundi 11 juillet 2005 | Commentaire (2)

mardi, le 21 juin 2005

Une image, moins de mille mots

L'image comme les mots, volés. Simplement ici, pour les mots et leurs nouvelles images.

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Extrait : « Le Château ambulant. Photographie, face à la Banque de France, rue Augier, Grenoble, hiver 2005. Autant de précisions invitent à croire à l’immobilité. À tort, assurément. Le vaste hublot derrière lequel se trouve l’affiche du Château ambulant reflète le mouvement de la ville. Une voiture passe au premier plan, un homme marche à l’arrière-plan. D’ailleurs, regardons bien, il tient un calepin d’une main, et téléphone de l’autre. Il est simultanément entre deux lieux ; sa conversation relie sa pratique urbaine de Grenoble et l’endroit de son interlocuteur – curieuse ubiquité. L’impermanence redouble le mouvement, avec la neige qui fond, la façade de la Banque de France qui a cédé son pouvoir de battre monnaie à la Bce de Francfort. Le reflet même sur la surface vitrée est fugace : que le soir tombe, une autre lumière s’y reflètera. L’immobilité apparente de la photo est donc trompeuse. Le cliché témoigne du mouvement à plus d’un titre. Par les reflets mouvants qu’il présente, par les mouvements qui s’y projettent, mais aussi par l’affiche même d’un film qu’on ne sait plus où situer : l’adaptation japonaise par Miyazaki d’un roman britannique de Diana Wynne Jones, film distribué par Buena Vista International. Plus étonnant, la photo nous met à la jonction de deux espaces, nous donne accès à deux univers : celui de la fiction représentée, celui du réel qui est reflété. Alors entrons dans le cinéma et, puisque la photo nous y invite, cherchons des correspondances entre ces deux univers. »

Source : Matthieu Giroud et Olivier Milhaud, "Sur Le Château ambulant.", EspacesTemps.net, Mensuelles, 30.05.2005

Envoyé par - François - le mardi 21 juin 2005 | Commentaire (0)

jeudi, le 5 mai 2005

Wake up, mes bon amis !!!, dit-il

De temps en temps, je ne dis pas non aux rayons laser et aux batailles inter-galactiques, mais cette sorte d'ados attardés trouvés chez Rooxy, comme je les trouve ridicules à attendre pendant des semaines l'arrivée de leurs héros avec des capes, des masques et autres babioles. Ça ne fait de mal à personne, je sais, mais il reste à espérer qu'ils feront preuve d'une aussi grande patience au guichet automatique ou à la caisse enregistreuse…

Ceci dit, j'ai reçu, enfin, le DVD de Un pays sans bon sens, l'extraordinaire documentaire du regretté Pierre PERRAULT que j'avais commandé sur le site internet de l'Office national du Canada (ONF), le 18 mars...

De cette oeuvre, certes moins bandante pour les sus mentionnés, l'ONF écrit ceci :

« Ce film est un essai sur une question cruciale dans l'état actuel du monde : la notion d'appartenance à un pays, telle qu'elle trouve racine dans le coeur de l'homme. Sentimentalisme attardé ou réalité psychologique profonde? L'action se déroule dans le contexte d'une nation qui se cherche : les Canadiens français, et d'autres peuples sans pays : les Indiens du Québec, les Bretons de France. On tente de cerner cette notion difficile; on relève les déviations qu'engendre la privation de pays, de patriotisme. On déniche un authentique réfugié culturel, un Canadien français ayant fui l'Ouest canadien pour s'installer à Paris. On pose la question fondamentale : quels sont les peuples «viables» dont la «maturité» leur permet de «se donner» l'autonomie et le territoire? Et inversement, quel est le milieu qu'un peuple puisse appeler «son pays»? » (Source : ONF)

Je ne cesse de me questionner sur ces trente-cinq années qui me et nous séparent de la réalisation de ce film. J'avoue avoir été touché comme bouleversé par son écoute, elle qui permet un regard introspectif sur la collectivité québécoise et ce « nous », d'abord défini en terme ethnique auquel on cherchait un sens en 1970 et qui est aujourd'hui élargi et plus inclusif, mais toujours au nom flou et vague.

Mon questionnement, que je limite volontairement à la dimension territoriale, précisément à la notion d'oekoumène de Paul Vidal de la Blache, soit l'interdépendance entre l'humain et son habitant, je la trouve vitale à la compréhension de l’état des lieux et le destin de la collectivité québécoise. Autrement dit, du rapport au territoire, peut-on comprendre les choix (politiques) et les interventions (architecturales, aménagistes, urbanistiques, etc.) ? La mise en forme de mots et d’images, elle commence.

L'homme et la froidure

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Envoyé par - François - le jeudi 5 mai 2005 | Commentaire (0)

mercredi, le 29 décembre 2004

Tremblement de coeur

Je n'insisterai pas trop sur l'horreur de la catastrophe en Asie, car de nombreux articles s'en chargent. Sinon, que peut-on ajouter en voyant le drame et la désolation chargés par les flots ?

D'un point de vue à la fois géologique et géographique, il est tout de même fascinant de constater comment la Terre est vivante et que la tectonique des plaques modifie les paysages, les écosystèmes et les cartes (selon les échelles). Finalement, je me souviens de mes cours de géographie physique à l'université ; les plaques tectoniques, les zones de subdution et toutes ces notions de géomorphologie qui me semblaient parfois quasi abstraites ont trop parlé ces derniers jours.

Envoyé par - François - le mercredi 29 décembre 2004 | Commentaire (0)

vendredi, le 17 décembre 2004

Saisons marquées

Passage à Rovaniemi, Finlande, pour un petit article bien sympa au sujet de leurs huit saisons.

Envoyé par - François - le vendredi 17 décembre 2004 | Commentaire (0)

jeudi, le 9 décembre 2004

Au vol !

En atterrissant sur le site de Aéroports de Montréal afin de vérifier si l'avion de madame sera à l'heure, j'ai lu ce communiqué qui amènera de l'eau au moulin de ceux qui s'étaient opposé au transfert des vols internationaux de Mirabel à l'aéroport de Dorval, rebaptisé Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. PET pour les intimes.

Ainsi, compte tenu de l'ampleur des investissements, que penser des autorités aéroportuaires et du fédéral - c'est sa juridiction -, si ce n'est qu'ils sont incompétents, lorsqu'on lit que « [l'aéroport Trudeau ] suffirait aux besoins du transport passagers pour au moins trente ans et qu’un retour éventuel des vols passagers à Montréal-Mirabel serait alors possible » ? Ou plutôt n'est-ce qu'un cadeau à Air Canada qui souhaitait ce déménagement ? Bordel pour l'accès, bordel pour les voyageurs, puits financer qui semble sans fond, voilà ce qui se dessine pour l'aéroport PET, alors que le scandale du dossier des aéroports de Montréal est multiple. D'abord, on a exproprié et dépossédé démesurément des citoyens, ensuite on a fermé Mirabel au profit de PET et on a le culot d'envisager un retour ! Précaution mon oeil ! Incompétence, grenouillage et mépris. Voilà un immense scandale au silence médiatique troublant.

Envoyé par - François - le jeudi 9 décembre 2004 | Commentaire (1)

lundi, le 26 juillet 2004

Variations voyageuses

Souvent, je suis séduit par un lieu comme d'un visage par la même mécanique ; une première impression, superficielle, qui appelle les sens et qui me retourne. Ensuite, le lieu comme le visage sont explorés et on en découvre toute la complexité et l'unicité qui font qu'il s'impriment en soi.

J'aime toucher les lieux et les espaces d'abord par les mots afin de participer à une sorte de jeu, à savoir si leur auteur a senti les choses comme moi et sinon, en quoi nos sens sont différement marqués. En géographie et en psychologie de l'environnement, il y a ce qu'on appelle la carte mentale, c'est-à-dire la représentation qu'on se fait d'un lieu, souvent grâce à des éléments physiques marquants, tel un monument ou un édifice public. Comme tous, je n' échappe pas au tactile, mais de menus détails presque « indisibles » m'ont souvent happé et j'ai peine à les décrire lorsque c'est le cas.

La littérature est souvent ce voyage que je m'offre, surtout à travers des essais qui flirtent fréquemment avec la forme romancée. Ils permettent d'associer les mots aux espaces qu'on aura peut-être la chance de ressentir, à notre tour. Les cartes m’ont toujours amusé tellement elles parlent, mais lorsqu’elles sont muettes, j’aime bien leur donner la parole comme à celle-ci, l’itinéraire d’un voyage impossible, autrement que par les mots qui m’ont été offert.

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Envoyé par - François - le lundi 26 juillet 2004 | Commentaire (2)

vendredi, le 2 janvier 2004

Ne plus rater le train

Joli joujou, très rapide mais quelque peu dispendieux...


Le premier train commercial à sustentation magnétique entre en fonction

Le «maglev», premier train commercial à sustentation magnétique dans le monde, est entré en fonction jeudi à Shanghaï sur la ligne de 31 kilomètres reliant le centre de cette mégalopole chinoise à l'aéroport international de Pudong.

La première liaison de ce train de fabrication allemande, capable d'atteindre la vitesse de 430km/h, a eu lieu jeudi matin entre la station Longyang et l'aéroport. Durée du trajet : 7 minutes et 20 secondes.

L'entrée en fonction du «maglev» (pour magnetic levitation, NDLR) est intervenue un an et un jour après son inauguration à Shanghaï par le chancelier allemand Gerhard Schroder, venu saluer le succès d'une technologie de 1,2 milliard de dollars conçue par un consortium comprenant les groupes Siemens et ThyssenKrupp.

Entre ces deux dates, une phase d'essai a permis de roder ce train révolutionnaire, fruit de décennies de recherches. Plus de 200 000 personnes l'ont ainsi emprunté lors de tests réalisés sur différents week-ends.

La ville de Shanghaï a fait cet investissement de prestige pour montrer ses ambitions en matière de haute technologie en vue de l'Exposition universelle qu'elle accueillera en 2010.

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Source : Canoë

Envoyé par - François - le vendredi 2 janvier 2004 | Commentaire (2)

lundi, le 8 décembre 2003

Une mer qui se meurt

En feuilletant le journal du samedi, le géographe que je suis a trouvé un article sur un coin du monde qu'il affectionne particulièrement : la région de l'ex-URSS. C'est bien connu qu'en disparaissant des atlas géopolitiques, le territoire de cette ex-URSS a laissé apparaître de nombreuses catastrophes écologiques comme ces vieux dépôts de sous-marins tout rouillés qui pourrissent dans le port de Vladivostok ou comme le cas que je vous présente, la disparition d'une mer intérieure, la mer d'Aral.

Le traces de cette lente agonies apparaissent nettement sur cette carte tirée du journal Le Monde diplomatique et la photo ci-dessous. On y aperçoit clairement les anciennes zones submergées par la mer.

Pourquoi cet assèchement, cette désertification ? La raison principale est la suivante comme on peut le lire dans un article publié dans le journal Le Devoir : « [la mer] se transforme depuis les années 60 en désert de sable et de sel du fait de l’irrigation massive mise en oeuvre pour la culture du coton par les anciens dirigeants soviétiques. Les deux fleuves qui s’y jettent, le Syr-Daria et l’Amou-Daria, n’alimentent plus suffisamment la mer. » (Le Devoir, 6 et 7 déc. 2003, A9)

Image satellite de l'assèchement de la mer d'Aral

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En modernisant les pratiques agricoles, en érigeant une digue et en régularisant le cours de ses affluents, les scientifiques et les autorités espèrent que la mer aura gagné deux mètres d'ici trois ans et 870 km2, ce qui demeure tout de même insignifiant par rapport à la situation qui prévalait il y a plus de cinquante ans.

Quelques chiffres :
- les pêcheurs kazakhs et ouzbeks ont vu les côtes reculer de plus de 150 kilomètres en 40 ans ;
- 28 des 30 races de poissons ont disparu ;
- des 85 000 habitants de l’Aral kazakh, 40 000 vivaient
de la pêche et 16 000 ont quitté la région ;
- la mer a baissé de 53,40 mètres en 1960 à 30 mètres au sud et 40 au nord.

À voir aussi, le dossier Les chantiers de l’environnement à l’Est du Monde diplomatique publié en 2000.

Envoyé par - François - le lundi 8 décembre 2003 | Commentaire (2)

samedi, le 29 novembre 2003

Que tombe l'Apigianngaut

Dans la langue inuktitut des Inuits, il existe plus d'une vingtaine de noms pour définir la neige :

Aniu :
neige que l'on fait fondre pour obtenir de l'eau (pour boire ou pour la cuisson des aliments).

Aniugaviniq :
neige très dure, compacte et gelée.

Apigianngaut :
la toute première chute de neige de l'automne.

Apijaq :
couverture de neige laissée par une tempête.

Aput :
neige au sol.

Katakartanaq :
neige à croûte dure qui cède sous les pas.

Kavisilaq :
neige durcie par la pluie et le gel.

Kinirtaq :
neige compacte et mouillée ; elle a la consistance d'un « pain de bannique » ou de la pâte à pain. De consistance épaisse, elle contient peu d'eau. Ce mot est employé pour décrire de la pâte, de la mélasse ou de la neige mouillée qui est compacte parce qu'imbibée d'eau, bien qu'elle se soit égouttée un peu.

Mannguq :
neige mouillée fondante.

Masak :
neige mouillée qui tombe (mais pas la neige au sol).

Masavuq :
chute de neige douce.

Masaaqijuq :
neige douce qui tombe.

Cet après-midi, c’est une qannialaaq qui tombe, une chute de neige légère. Une neige qui devient une natiruvaaq parce que le vent qui souffle fort la pousse. Elle se ballade presque parallèle au sol, cherchant vainement un endroit où elle pourra se déposer.

Elle est comme ces personnes qui ont malheureusement perdu la maîtrise de leur propre vie, prises dans un tourbillon qui les balote et qui cherchent vainement à s’ancrer.

Envoyé par - François - le samedi 29 novembre 2003 | Commentaire (7)

dimanche, le 23 novembre 2003

Touché au coeur

Sur le carnet Saute-ruisseau, j'ai lu ce billet intitulé Le métier de Pénélope avec émotion. Il rend compte d'une adolescence difficile mais surtout d'une quête de connaissance et de découverte d'une jeune Roumaine.

Envoyé par - François - le dimanche 23 novembre 2003 | Commentaire (0)

jeudi, le 6 novembre 2003

Des lieux comme des personnes...

Vieille discussion qui remonte à plusieurs années avec mon ancienne petite amie slovaque qui parle très bien français (à faire rougir bien des Québécois en passant...) :
- Mon père viendra nous chercher demain après sa rencontre à Grand-mère, lui dis-je.
- Très bien, qu'elle me répond.

Quelques heures plus tard...
- Ton père arrivera quand après être allé chez ta grand-mère ?
- Hein ? Il est pas chez ma grand-mère, lui dis-je.
- Mais tu m'as dit qu'il allait chez ta grand-mère ???

Immense éclat de rire de ma part devant elle qui ne comprend pas.
- C'est que Grand-mère est le nom d'une ville du Québec...

La toponymie a de ses trésors...

Envoyé par - François - le jeudi 6 novembre 2003 | Commentaire (9)

jeudi, le 30 octobre 2003

Un urbanisme du nord

Dans un article précédent, j'ai insisté sur la nécessité d'accoucher de politiques urbaines mieux adaptées à notre environnement et au climat. Au Québec, notre position nordique et le climat qui lui est associé s’accompagnent de sentiments ambigus dans la population ; rapidement, l’émerveillement des enfants et des adultes pour les premiers flocons cède le pas aux grognements des adultes lorsque s’abat la première tempête de neige qui paralyse la ville.

Bien qu’imprévisibles à long terme, les chutes de neige sont inévitables à chaque année et nous apportent des précipitations de 200 à 500 centimètres en moyenne par an au Canada selon la région. Pour la région de Québec, les données climatiques recueillies entre 1961 et 1990 font état d’une moyenne annuelle de 337 centimètres, ce qui la place au deuxième rang des villes importantes du Canada pour ces précipitations, loin devant Montréal (214,2 cm), Toronto (135 cm) et Ottawa (221,5 cm) :

Moyenne des précipitations de neige dans les agglomérations
urbaines du Canada (1961-1990)

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Source : Environnement Canada

UN CLIMAT RIGOUREUX

Outre les données relatives aux chutes de neige, un outil plus complexe nous permet d’évaluer les impacts de l’hiver sur la ville de Québec, à savoir l'indice de sévérité hivernale dont l’utilité est diverse:

« The Winter Severity Index can be used for a wide range of purposes, including remuneration allowances or compensation for working under severe climatic conditions, designation of localities by those suffering from weather-related illnesses, and knowledge of the data germane to planners dealing with projects related to workplaces, residences or recreational areas. » (1)

D. Philips a construit cet outil en tenant compte de multiples facteurs :

1. Facteurs d’inconfort :
- vents ;
- durée de l’hiver ;
- sévérité de l’hiver (froid) ;

2. Facteurs psychologiques :
- noirceur ;
- moyenne de jours de précipitations ;
- moyenne de la durée des ennuagements ;
- total des heures d’ensoleillement ;

3. Facteurs ponctuels :
- vents forts ;
- total des quantités de précipitations sous zéro degré celsius ;

4. Autres facteurs :
- nombre moyen de jours avec brouillard ;
- total des quantités des précipations sous zéro degré celsius.

Par une méthode de calcul, Philips arrive à assigner aux villes nordiques un indice de sévérité dont le tableau ci-dessous montre les principaux résultats. Ainsi, on a pu déterminer un indice élevé de 54 pour la ville de Québec et un de 49 pour Montréal, ce qui est près d’agglomérations comme Moscou (52), Saint-Petersbourg (50) et Ottawa (50).

Indice de sévérité hivernale pour quelques villes

indice.jpg
Source : Pressman (1995)

L’importance des quantités de précipitations de neige annuelles ainsi qu’un indice de sévérité hivernale élevé démontrent que le territoire québécois doit faire face à un défi important, soit concilier ses politiques territoriales avec un climat hivernal vigoureux. Plus que dans d'autres territoires nordiques comme la Scandinavie, les villes doivent impérativement mettre en place des politiques urbaines pour optimiser les ressources mises en place.



(1) Norman Pressman : « Northern cityscape. Linking design to climate », Yellowknife, Winter cities association, 1995, p. 18.

Envoyé par - François - le jeudi 30 octobre 2003 | Commentaire (2)

jeudi, le 23 octobre 2003

Le fleuve en soi

J'aimerais conclure ce petit voyage à Kamouraska par ce magnifique texte sur le fleuve St-Laurent. Un fleuve qu'on admire, sur lequel voguent des rêves d'hommes et de femmes, où ses rives sont porteuses de multiples réalités de populations et dans lequel je me suis souvent perdu pour mieux vivre la vie qui s'écoule.

Ce texte est de Marc CHABOT, écrivain, essayiste, parolier et ami. Il l'a écrit et lu dans le cadre des festivités du 325e anniversaire de fondation de la seigneurie (1) de Kamouraska en 1999.

Merci à Marc d'avoir autorisé sa publication.


Le fleuve

Il y a des jours où je ne le vois pas. Alors, je sais qu’il me manquera du bleu. J’ai besoin de ce bleu. J’ai besoin de cette immensité en moi.
Partager avec les autres le beau et le bleu du fleuve.
C’est un paysage dans l’âme.
Le fleuve nous habite comme une idée. Il est tout aussi important que le sang qui coule dans nos veines.
Il y a des dizaines de fleuves. Celui de la baie de Beauport. Celui de l’île d’Orléans. Celui de l’île aux Grues. Celui de Montréal. Celui de Trois-Rivières et celui de Baie-Comeau et celui de Kamouraska.
Combien de rêves flottent sur ces eaux ? Des rêves qui se sont faits bateaux, bouteilles et goélettes. Des rêves qui sont devenus voyages, fuites et découvertes.
Une ligne d’eau que l’on suit dans nos villages et nos villes.
Une ligne d’eau qui est une ligne de vie.
Mes pieds qui s’enfoncent dans le sable de la grève.
Le bruit que font les vagues.
Une femme qui marche à mes côtés.
Un ami qui ne sait pas encore en voir toute l’étendue.
Je ne sais que m’asseoir devant.
Je suis d’une génération urbaine. De ceux et celles qui ont réduit le fleuve à un paysage.
Sur le quai, un enfant lance sa ligne. Il y a peut-être moins de poissons qu’avant, mais il peut y capturer quelques rêves et notre histoire.
À Kamouraska.
Sur le bord d’un quai qui aurait besoin d’être rénové.
Ils viennent en grand nombre pour parler. Ils viennent pour faire silence. Des gens du village et les autres.
Le soleil tombe et nous le regardons tomber. Nous le regardons s’enfuir derrière les montagnes de Charlevoix.
Lentement.
Parfois camouflé derrière des nuages, parfois rouge comme un feu qui refuse de s’éteindre.
Il n’y aura aucun coucher de soleil identique.
Ils seront tous différents. Mais je voudrais les voir tous. Je voudrais pouvoir marcher ici chaque soir.
La fin du jour y est apaisante.
C’est une invitation à la mer. Une invitation à l’infini du regard. Une invitation à plus loin que nous.
L’au-delà terrestre, peut-être. L’au-delà de l’humanité.
De Kamouraska on peut comprendre que le regard peut se perdre dans plus grand que lui. Comme l’homme qui tombe en amour, comme la femme qui tombe en amour. Les humains tombent en amour en même temps qu’ils s’élèvent vers plus grand qu’eux.
Parfois vient un poème, parfois vient un enfant. Le poème et l’enfant, il nous faudra apprendre à les mener au plus loin d’eux-mêmes.
Le plus loin de nous est parfois tout près de nous.
Le plus loin de nous est parfois tout près de nous.

Marc Chabot
8 août 1999




(1) Grosso modo, la seigneurie est d'abord un ancien système politique mis en place par le régime français en Nouvelle-France à partir du 17e siècle. C'est aussi un découpage du parcellaire où les terres sont divisées en longues bandes étroites avec un accès au réseau fluvial. Pour en savoir plus.

Envoyé par - François - le jeudi 23 octobre 2003 | Commentaire (3)

mercredi, le 22 octobre 2003

Pour la suite de mon monde

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Le titre de ce texte est en quelque sorte un hommage à ce film de Pierre Perrault, Michel Brault et Marcel Carrière. « Pour la suite du monde », qui date de 1962, est une oeuvre phare du documentaire et du cinéma direct québécois où on suit sur pellicule des habitants de l'île aux Coudres qui renouent avec la tradition de la chasse aux marsouins.

Renouer avec son histoire, ses sources et peut-être avec soi-même. Son essence.

***

Il y avait plus de trois ans que je n'avais pas respiré cet air salin, celui de Kamouraska. Mardi, j'ai renoué avec ce paysage et cette odeur typique du fleuve : un mélange d'eau, de terre, de sable et de végétaux que j'ai toujours respiré avec bonheur. Cette odeur apparaît et disparaît au rythme des saisons mais le vent est toujours porteur de quelque chose lorsqu'il souffle.

Dans la maison, on entend parfois sa fureur et lorsqu'on regarde par les fenêtres, on voit comment il agite les eaux du fleuve. C'était le cas mardi. Une fureur que je qualifierais de douce puisque c'est comme une musique apaisante auprès du feu.

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Bravant cette force de la nature, nous nous sommes dirigés vers le quai en empruntant cet étroit chemin qui borde le St-Laurent. En chemin, on peut y voir un petit où prendre le café du matin doit être meilleur en été. Il y a aussi ces jolies maisons qui font face au fleuve, d'anciennes demeures de la bourgeoisie francophone du début du 20ième siècle, plantées là comme pour défier les riches anglophones d'en face à Pointe-au-Pic dans Charlevoix.

Le quai. Le quai qu'on a laissé mourir en même temps que les goélettes cessaient de voguer sur le fleuve. La honte. Je m'y suis souvent reposé sur ce quai, assis sur ce bloc de béton, placé là comme un bloc erratique. J'y scrutais longuement l'horizon pendant de longues minutes. Nos yeux peuvent apercevoir la silhouette de la côte de Charlevoix et l'Île aux Corneilles sur laquelle on peut traverser en suivant la marée baissante. Mais quand j'y étais le plus heureux, c'était dans les moments de solitude ; le quai m'appartenant, j'y voyais l'invisible. « On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux », a dit un jour St-Exupéry. Dans le passé, y avait ce futur que je dessinais à
grands coups de crayon, parfois bien naïvement, mais je l'avais bien en main. À cet instant, j'ai regardé ce bloc bien immobile comme témoin du présent et de la fatalité.

Avant de quitter le quai pour fuir la violence du vent qui entrait en nous si fortement qu'il nous asphyxiait, j'ai regardé vers le nord-est, vers cette Côte-Nord et cette fille du pays plus éloignée que jamais, mais à laquelle je pense souvent, surtout en prévision de cette journée de jeudi.

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J'ai quitté le Kamouraska de ma famille et de moi-même à contrecoeur. Ce Kamouraska de l'hiver, de cette lumière et de ce soleil qui se noie comme la rivière dans le fleuve.

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Un homme de tête a-t-on dit de moi. Un être rationnel et cartésien.
Non.
Un homme d'équilibre qui bégaie parfois ses sentiments, les opposent et qui se contredit ? Si.
Finalement, mon Kamouraska m'aura fait le plus grand bien.

Envoyé par - François - le mercredi 22 octobre 2003 | Commentaire (0)

samedi, le 18 octobre 2003

La place royale de Québec, une place urbaine muséifiée (V)

Je suis de retour, à tout le moins pour compléter les articles sur la muséification de la Place Royale de Québec. J'ai tenté d'apporter un éclairage sur cet espace urbain qui a été fortement affecté par des opérations de restauration et de reconstitution. Alors voici la conclusion de cette série de plusieurs articles tirés d'un mémoire de géographie que j'ai publié en 1998. J'ai mis des liens vers les articles précédents pour ceux et celles qui ne les auraient pas lus.


Suite et fin des articles. Vous pouvez accéder l'introduction, la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec, l'historique de la restauration et la reconstruction de la Place Royale et son espace vécu.

LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)

© François MARCOTTE

Extraits

CONCLUSION

Au départ, le constat le plus flagrant qu’on puisse faire dans le projet de la Place Royale réside dans le décalage entre le projet initial et le résultat final. L’objectif de départ était « la conservation et la restauration d’un ensemble historique qui portait les marques de trois siècles d’architecture » (1) mais qui a finalement été l’objet d’une véritable reconstitution dans sa forme du XVIIIe siècle « en faisant valoir des arguments idéologiques et touristiques » (2).

Quarante ans plus tard, force est de constater que les réflexions et l’opération de restauration/reconstruction en elle-même sont fort discutables, compte tenu des conséquences qu’elles ont entraînées sur la dynamique urbaine du secteur. La citation suivante est fort probante des réactions suscitées chez certains spécialistes :

« Ainsi, la moitié de la restauration architecturale dans l’arrondissement de Place Royale est basée sur des approximations livresques et sur une conception mesquine et faussement « nationaliste » d’un patrimoine urbain qui supprime deux siècles d’histoire urbaine (après la Conquête de 1760) et l’apport précieux des Britanniques à la beauté et à l’urbanité du Vieux-Québec. » (3)

Derrière le décor qui s’est érigé à la Place Royale se cache une intervention architecturale fort contestée qui a entraîné des conséquences dramatiques où, à toutes fins pratiques, l’âme d’une partie du quartier s’est dissipée. Certes, la Place Royale était dans un état de délabrement au début des années soixante et nécessitait la mise en place d’un programme de restauration. En réalité, ce fût une opération de table rase du secteur qui a fait naître trois principales caractéristiques :

- l’absence d’une multiplicité d’usages qui pourraient attirer les citadins ;
- la domination de certaines pratiques sur la place comme la traversée, la contemplation ou la courte flânerie ;
- la tendance à la muséification de la place, c'est-à-dire que son rôle n’est pas la satisfaction des besoins des habitants.

Quel pourrait être l’avenir de la Place Royale ? Assisterons-nous à plus ou moins long terme à la renaissance du secteur et par le fait même à une qualité de vie porteuse d’une augmentation des résidents ? Est-il permis de croire qu’on puisse concilier la mise en valeur de ce patrimoine, certes ressucité et contestable à plusieurs égards mais à tout le moins présent, avec un cadre urbain où se déroulent les fonctions élémentaires de l’habitat, du commerce et de l’emploi ?

Malheureusement, on peut douter que la Place Royale puisse évoluer en ce sens compte tenu de son statut juridique actuel et de la rigidité du paysage modelé sur un concept de quartier-musée. Bien que le projet de l’îlot 4, plus exactement la restauration et la reconstruction respectives des maisons Hazeur et Smith, a intégré des fonctions plus traditionnelles, avec par contre un centre d’interprétation, l’avenir du secteur n’apparaît pas plus porteur d’une émergence urbaine, à contrario du concept de quartier-musée si important pour les succès touristiques et qui continuera certainement à perdurer.

FIN



(1) Isabelle Faure : « La conservation et la restauration du patrimoine bâti au Québec. Étude des fondements idéologiques à travers l’exemple du projet de Place Royale ». Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Paris, oct. 1995, p. 357.
(2) Faure, op., cit., p. 310.
(3) Jean Cimon
: « Promoteurs et patrimoine urbain ». Montréal, Éditions du Méridien, 1991, p. 38.

Envoyé par - François - le samedi 18 octobre 2003 | Commentaire (0)

vendredi, le 10 octobre 2003

La place royale de Québec, une place urbaine muséifiée (IV)

Avant de conclure dans un prochain et dernier article sur le projet de la Place Royale, en voici un assez costaud qui analyse l'espace vécu de la place ou quelle est la relation qu'entretiennent pricipalement les résidents du secteur avec celle-ci. C'est un peu aride comme lecture et on est loin du simple billet, j'en conviens. Cependant, cette partie éclaire sur ce qu'on appelle la muséification.


Suite de l'introduction, de la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec et de l'historique de la restauration et de la reconstruction de la Place Royale.

LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)

© François MARCOTTE

Extraits

L’ESPACE VÉCU DE LA PLACE ROYALE

Il existe un consensus autour de l’idée que la place publique joue un rôle dans l’intensité des interactions sociales et qu’un tel type d’espace qui montre certaines caractéristiques négatives de ses fonctions ou qui ne favorise pas une certaine convivialité peut être qualifié « d’espace public incivil » selon l’interprétation qu’en a fait l’architecte Albert Lévy . Ce type d’espace qui résulte de certaines politiques urbaines comporte des déficiences qui en modifient son attraction. Parmi celles relevées par Lévy, l’une colle à la réalité actuelle de la Place Royale :

« Une négation du passé et de l’identité du lieu par une pratique de table rase, une indifférence à l’histoire et à l’inscription symbolique dans l’espace public, une non-prise en compte de la mémoire du territoire d’une manière active (sinon en termes patrimoniaux traditionnels) » (1)

Les profondes mutations dont a fait l’objet la Place Royale sur plus de trente années ont modifié le type de rapport entre la population et cet espace urbain, c'est-à-dire précisément l’espace faisant partie du patrimoine individuel et du domaine des perceptions. En fait, l’étude de cet espace qu’on peut qualifier d’espace vécu, permet la saisie des éléments spatiaux et socio-politiques qui ont modifié les pratiques des résidents de la Place Royale, ainsi que ceux qui établissent ou empêchent la multiplication des relations sociales et des échanges économiques actuels. Décoder les barrières qui ont modelé dans le passé comme au présent ces relations relève en partie d’une analyse du paysage de la place comme la configuration des rues et leurs conditions d’accès, le type de gestion particulier de la place et enfin, les perceptions et revendications des habitants qui découlent de la qualité du milieu de vie.

LES DÉPLACEMENTS

Lors de l’opération de reconstruction de la Place Royale, les promoteurs ont procédé à plusieurs destructions de bâtiments afin de mieux faire ressurgir du passé des espaces ou des bâtiments disparus depuis plus de deux cents ans, modifiant par le fait même les axes de circulation qui pénétraient dans la place. Par exemple, la rue Saint-Pierre traversait la place pour atteindre la place du Marché Champlain alors qu’aujourd’hui elle se bute à un bâtiment et à la Batterie-Royale, car les auteurs du projet ont conçu le paysage de la place, autant dans la partie centrale que dans les rues avoisinantes, sur un calque du 18e siècle. Ce type de rue inadapté aux besoins actuels comporte de nombreuses contraintes pour les résidents et les commerçants :
1. absence de cases de stationnements ;
2. rues étroites rendant difficile la circulation ;
3. difficulté d’accès aux résidences et commerces.

Il existe une certaine confusion sur le partage des rues environnantes entre les piétons et les voitures alors que celles-ci ne peuvent circuler pendant certaines heures de la journée, rendant impossible l’accès des résidents à leur habitation. Pourtant, des solutions comme par exemple les rues semi-piétonnes auraient pu être envisagées dès le départ afin de concilier les deux types de déplacements. Ces rues, de plus en plus répandues dans certaines villes européennes, tiennent compte de la mixité des déplacements automobiles/piétonniers alors que la situation actuelle renforce l’isolement de la Place Royale.

LA GESTION DE LA PLACE ROYALE

À cette problématique de la circulation à la Place Royale s’ajoute celle de la gestion de l’ensemble de la place. La responsabilité de l’arrondissement incombe à la SODEC, donc au gouvernement du Québec, qui veille à la gestion du parc immobilier tant commercial que résidentiel et qui confie les activités d
’interprétation au Musée de la Civilisation. On peut questionner le choix d’une gestion publique aussi interventionniste à la Place Royale pour plusieurs raisons. Premièrement, l’argument historique qui a toujours fait partie du discours des restaurateurs et des gestionnaires est contestable du point de vue d’une analyse historique comme l’a fait remarquer Isabelle Faure (2) dans son chapitre consacré à la valeur historique de la Place Royale. De plus, l’unité d’action nécessaire du secteur arguée par la direction de la SODEC (3) pour expliquer ses nombreuses propriétés et par le fait même l’impossibilité que des propriétaires privés habitent le secteur est un argument quelque peu douteux, car la situation actuelle ne favorise pas le sentiment d’appartenance au quartier comme le montre le fort taux de mobilité annuelle des ménages qui se situe approximativement à 50% (4).

Du même souffle, on compte à la Place Royale plusieurs intervenants qui compliquent la gestion de l’ensemble comme l’association des commerçants, la SODEC, le comité des locataires et la Ville de Québec. La multitude d’acteurs et les difficultés d’articuler entre eux les visions respectives sont critiquées par ces mêmes acteurs comme l’association des commerçants de la place, qui par la bouche de sa présidente, déplorait la structure décisionnelle alors que « les décisions sont toujours motivées par des considérations politiques et financières, prises par des gens basés à Montréal, n’ayant aucun intérêt pour la chose historique » (5). Par contre, on peut questionner la préoccupation de madame Roy pour « la chose historique » alors qu’un des commerçants affirmait dans le même article que la Place Royale est « un véritable disneyland », faisant référence à la détérioration de la qualité de vie dans le quartier en raison de l’invasion touristique. Mais il y a quelques années, le ministère de la Culture a mis sur pied une nouvelle structure appelée la Commission de Place Royale qui rassemble ces intervenants et dont l’objectif est de « permettre à la fois aux résidents, aux marchands, aux touristes et aux visiteurs d'être associés dans une même démarche... » (6).

Ce virage des responsables vers la consultation des gens du milieu contraste avec le contexte autoritaire et paternaliste de la reconstruction de la Place Royale où les habitants devaient se contenter de solutions toutes faites à saveur de vérité absolue.

De manière générale, la reconstruction de la Place Royale et sa gestion récente ont eu comme effet direct la modification du milieu de vie pour consacrer une idée du patrimoine ayant conduit à la muséification de l’espace. En d’autres termes, on est passé d’un espace support d’une partie des services quotidiens des habitants à une place dont le rôle est « de matérialiser l’idée du patrimoine commun et de réifier les valeurs qui sont liées à travers des édifices ou un ensemble architectural » (7).

LES PERCEPTIONS ET REVENDICATIONS ACTUELLES DES RÉSIDENTS DE LA PLACE ROYALE

Dans un chapitre du mémoire consacré à la fonction résidentielle de la Place Royale, il a été mentionné que la baisse démographique du secteur est attribuable à un contexte d’étalement urbain et que cette décroissance a été accentuée par l’opération de reconstruction mise en branle dans les années soixante et la disparition des commerces de services et de détail qui suivit.

Si la muséification de la place découlant de la philosophie des promoteurs et des gestionnaires semble évidente, les perceptions et revendications actuelles des résidents viennent confirmer que la Place Royale est un espace hors circuit du reste de la ville. En ce sens, l’analyse d’un sondage réalisé en février 1997 par le comité des locataires de la SODEC permet de qualifier l’état d’esprit des locataires.

Interrogés au départ sur le projet de restauration-reconstruction des maisons Hazeur et Smith, les résidents se sont montrés majoritairement (90%) sensibles à quatre préoccupations :
1. être consultés sur les étapes des travaux sur les maisons Hazeur et Smith ;
2. demander à la SODEC qu’elle élabore et soumette un plan global d’aménagement de la place ;
3. favoriser la vocation résidentielle de la place en adoptant une politique en ce sens et en créant de nouveaux logements ;
4. favoriser l’implantation de nouveaux services pour les résidents.

De prime abord, l’expression de ces préoccupations majeures tout comme le désir qu’il y ait un moratoire sur l’ouverture d’un éventuel centre d’interprétation dans l’une des deux maisons ou la nécessité que la place soit animée en-dehors de la saison touristique montrent que les habitants sont conscients des carences du milieu. En ce sens, ils interpellent la SODEC pour qu’elle apporte des ajustements à ses priorités.

Le deuxième aspect intéressant du sondage a trait à la satisfaction des locataires envers la SODEC, d’une part, dans la gestion des immeubles, et d’autre part dans le déroulement de la vie quotidienne dans le quartier. Au départ, une très large majorité des répondants (92%) se sont dit satisfaits de la qualité des services de la SODEC comme l’entretien et la réparation des bâtiments. Par contre, on peut opposer cette satisfaction de la gestion courante des opérations aux préoccupations des habitants sur la
qualité de vie à l’échelle de l’ensemble de la Place Royale :
- la SODEC devrait intervenir dans le choix des commerces qui se localisent à la Place Royale ;
- l’impression que le développement touristique passe avant les résidents ;
- les habitants devraient pouvoir se prononcer sur le type d’animation à la Place Royale ;
- faire diminuer les nuisances sonores occasionnées par les autocars touristiques et la musique de certains commerces.

À bien des égards, ce sondage amène un éclairage sur le type de rapport qu’entretient l’habitant avec son espace de vie immédiat. D’abord, la gestion du parc immobilier semble satisfaisante selon les réponses des habitants et en ce sens, la SODEC paraît remplir son rôle avec diligence. En revanche, on peut affirmer que la préséance est accordée aux objectifs de rentabilité touristique compte tenu de l’importance des investissements financiers à la Place Royale et dont l’expression se traduit par une importance exagérée accordée à l’interprétation d’un patrimoine douteux.

Dans ce cadre, toutes les conditions ont été réunies pour favoriser la rupture entre les habitants et les fonctions traditionnelles de la place comme la satisfaction des besoins sensoriels et psychologiques (sentiment d’appartenance au quartier) et les échanges sociaux et économiques. Les nouvelles pratiques dominantes à la place comme la consommation esthétique, le passage et l’interprétation historique confirment le sentiment général des résidents qu’ils ne sont en quelque sorte que des figurants.



(1) Albert Levy : « L’espace public peut être incivil », Le Monde, 16 janvier 1998.
(2) Isabelle Faure : « Place Royale quelques choix d’interventions », Québec, Commission des biens culturels du Québec, printemps 1996, numéro 4, p. 3.
(3) Rencontre avec monsieur Benoît-Pierre Bertrand, directeur administratif au patrimoine de la SODEC, octobre 1997.
(4) Idem
(5) Éric Thibault : « Symphonie inachevée », Voir Québec, Vol. 2, numéro 6, 22 avril 1993, p. 7.
(6) Assemblée nationale du Québec, débats de la commission de la culture, mardi 29 avril 1997.
(7) Perla Korosec-Serfaty, op. cit., p. 114.

Envoyé par - François - le vendredi 10 octobre 2003 | Commentaire (0)

jeudi, le 9 octobre 2003

La place royale de Québec, une place urbaine muséifiée (III)

Voici un bref historique des deux périodes charnières de la restauration et de la reconstruction de la Place Royale de Québec et de leur contexte respectif.


Suite de l'introduction et de la section intitulée Le concept de place et son usage à Québec.

LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)

© François MARCOTTE

Extraits

LA RESTAURATION ET LA RECONSTRUCTION DE LA PLACE ROYALE

1967 à 1978 :

1967 est une année charnière car il s’agit de l’année de la promulgation de la Loi de la Place Royale. Cette loi délimite officiellement le secteur de la Place Royale, précise la composition du Comité consultatif et confère par-dessus tout l’entière responsabilité de l’opération de restauration de la Place Royale au ministère des Affaires culturelles, tout en n’accordant que très peu de place à la Ville de Québec, « chargée par ailleurs de la conservation de l’ensemble de l’arrondissement historique dont la Place Royale fait partie » (1).

Les larges pouvoirs accordés au ministère des Affaires culturelles par la loi de 1967 firent que tout le déroulement du projet de restauration de la Place Royale se caractérisa par un climat secret et autoritaire (2). En effet, les exemples suivants sont probants de l’attitude du ministère :
- expropriations ou évacuations par la force de résidents ;
- incapacité de donner des informations adéquates aux résidents sur la durée des déplacements et les modalités de retour ;
- peu d’explications sur les options de restauration ;
- une attitude belliqueuse de certains auteurs du projet.

Jusque là seul maître du projet de la Place Royale, le gouvernement provincial signe en 1970 une entente avec le gouvernement fédéral, « stipulant que le gouvernement fédéral financerait les trois quarts du projet pour une période de cinq ans » (3). À partir de ce moment, la direction du projet passe sous la responsabilité du Bureau de coordination de la Place Royale (BCPR), créé par le gouvernement provincial. Jusqu’à 1975, année où prit fin l’entente entre le provincial et le fédéral, le projet se déroula rondement et on assista à une reconstruction plutôt qu’à la restauration des bâtiments existants.

1978 à aujourd’hui :

En 1978 se tint un colloque sur l’avenir de la Place Royale réunissant divers spécialistes des questions de la restauration urbaine et patrimoniale. À la suite des vives critiques qui se dégagèrent du colloque, le gouvernement québécois réorganisa le projet. Aujourd’hui, autant l’entretien que la location des maisons sont la responsabilité à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), anciennement la Société générale des industries culturelles (SOGIC). En 1998, nous assistions à la restauration de la maison Smith et la reconstruction de la maison Hazeur qui fut complètement détruite par un important incendie, il y a plusieurs années. Ces travaux furent rendus possibles par un décret gouvernemental qui accorda un budget de sept millions de dollars au projet. Il est à noter que ce projet rompit avec la philosophie qui avait guidé l’ensemble de la restauration de la place ; au-delà de la notion patrimoniale, le projet a insisté sur la nécessité d’intégrer une mixité des fonctions où des logements et des espaces commerciaux côtoient un centre d’interprétation de la Place Royale.



(1) Isabelle Faure : « La conservation et la restauration du patrimoine bâti au Québec. Étude des fondements idéologiques à travers l’exemple du projet de Place Royale ». Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Paris, oct. 1995, p. 233.
(2) Isabelle Faure, op. cit., p. 277
(3) Isabelle Faure, op. cit., p. 235

Envoyé par - François - le jeudi 9 octobre 2003 | Commentaire (0)

vendredi, le 3 octobre 2003

La place royale de Québec : une place urbaine muséifiée (I)

Bien des choses ont été dites à raison mais aussi à tort et à travers sur le site de Québec urbain à la suite de mon billet sur la remise d'un prix Pollux à la Place Royale à Québec dans le cadre de l'émission de télévision Les francs-tireurs. Dans le but d'apporter un éclairage sur le projet de reconstitution de la Place Royale qui s'est mis en branle dans les années 60 et qui a conduit à sa muséification ou sa « disneylandisation », j'y vais d'extraits de mon mémoire de baccalauréat en géographie. Ils permettront peut-être de comprendre pourquoi plusieurs personnes, dont je fais partie, critiquent cette place.


LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE

© François MARCOTTE

Extraits

EN GUISE D’INTRODUCTION

Les opérations de restauration et de reconstruction des tissus urbains anciens posent de nombreuses questions qui dépassent le choix du parti architectural qui a été privilégié. En ce sens, la Place Royale dans la ville de Québec a fait l’objet d’une reconstitution dans sa forme du 18e siècle afin de symboliser le régime français. Pour faciliter l’atteinte de ce but, les promoteurs ont procédé à de multiples démolitions qui ont supprimé un paysage urbain qui s’était développé pendant plus de trois cent ans.

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L’espace urbain implique inévitablement la prise en compte que celui-ci n’est pas homogène mais qu’il se compose plutôt d’une multitude d’espaces comme les rues, les parcs et les boulevards avec lesquels les habitants entretiennent des relations. En fait, ces types d’espaces sont des éléments fondamentaux de la constitution de la ville et la nature de ces relations est susceptible d’être modifiée par certaines opérations de restauration ou de reconstruction urbaines. La place publique, fraction importante de l’espace urbain à travers les siècles, n’échappe pas à la possibilité de se voir dénaturée par ces types d’opérations.

Dans la ville de Québec, la toponymie indique moins d’une dizaine de places publiques dont certaines sont récentes comme la Place de la FAO sur la rue Saint-Paul et la Place de la Gare inaugurée durant l’été 1998. Cependant, c’est certainement la Place Royale qui illustre le mieux la complexité de l’espace public, tant aux niveaux de l’évolution de la morphologie que des fonctions et des perceptions.

Le secteur de la Place Royale occupe une place importante dans l’histoire de la ville de Québec ; c’est en effet à cet endroit que les premiers colons français ont implanté le premier établissement permanent regroupant les fonctions résidentielle, commerciale et portuaire. Pour cette raison, il est décidé dans les années soixante de recréer la Place Royale telle qu’elle était sous le régime français.

Le projet de « restauration » de cet ensemble suscita autrefois de vives controverses compte tenu de la nature des interventions, plus spécifiquement de la philosophie qui a guidé l’ensemble du projet. À ce sujet, une citation de Perla Korosec-Serfaty indique bien la difficulté d’un exercice de restauration urbaine :

« La restauration des monuments historiques suppose donc non seulement une compréhension préalable du passé, mais aussi une vision de l’usage social que l’on voudrait faire du passé. Elle oblige à réfléchir sur « l’objectivité » de l’histoire, sa relativité, comme sur la subjectivité du restaurateur, et sur la cohérence d’une politique de restauration. Elle conduit toujours à des choix doctrinaux, et donc à des controverses de nature à la fois technique, philosophique et esthétique ». (1)

Un survol de la Place Royale, dans sa partie centrale comme dans celle du périmètre juridique, fournit un exemple illustrant le propos de Korosec-Serfaty. Profondément remaniée par une opération de « restauration » urbaine, qui pour certains auteurs fut en réalité une reconstruction, la Place Royale actuelle ne semble qu’un lieu à vocation touristique. Les grandes visées patrimoniales ayant guidé le projet dans les années soixante semblent avoir eu raison de sa vocation première, c'est-à-dire une place urbaine comme support d’un milieu de vie, ce qui suppose la présence suffisante de certaines activités essentielles dans son environnement immédiat.

La question est de savoir comment le projet de reconstruction de la Place Royale a inscrit une rupture avec l’histoire d’un
espace qui était autrefois un lieu de convergence, de coexistence et d’échanges commerciaux dont les profondes mutations ont conduit à une place muséifiée, c'est-à-dire un espace caractérisé par l’absence ou la rareté des échanges sociaux, commerciaux et ludiques et qui, malgré ses qualités architecturales et morphologiques, n’est qu’une sorte de décor sans consistance.

Comment en est-on arrivé à parler de la Place Royale comme un simple décor ? En quoi le projet de reconstruction de la Place Royale a-t-il accéléré le déclin de certaines fonctions et empêché à toutes fins utiles la réémergence d’une vie urbaine diversifiée ? De plus, comment la reconstruction de cet ensemble urbain a-t-elle modifié les rapports entre la population locale et la place ?

À suivre



(1) Perla Korosec-Serfaty : « Muséification des centres urbains et sociabilité publique : effets attendus, effets déconcertants », in Annick Germain et Jean-Claude Marsan : Aménager l’urbain de Montréal à San Francisco. Montréal, Éditions du Méridien, 1987, p. 103.

Envoyé par - François - le vendredi 3 octobre 2003 | Commentaire (1)

jeudi, le 28 août 2003

L'éternelle poudrière

Deux communautés linguistiques, un éternel bourbier constitutionnel... Voici le Canada.

Alors, imaginez un territoire où se côtoient des dizaines de communautés culturelles et linguistiques, où on retrouve des haines historiques exacerbées par les uns et les autres, puis une guerre toute récente presque tribale qui a fait des milliers de victimes. Ça, c'est l'ex-Yougoslavie et tout le territoire des Balkans qu'on qualifie à juste titre de poudrière.

Le Monde diplomatique vient de publier sur son site web un article intitulé Les « petits peuples » oubliés des Balkans qui trace un portrait actuel de la région. Y a cette carte qui illustre très bien la complexité ethnique de la région et son grand intérêt pour les passionnés de géopolitique.

Envoyé par - François - le jeudi 28 août 2003 | Commentaire (0)

jeudi, le 0 décembre 0000

La place royale de Québec, une place urbaine muséifiée (II)

LA PLACE ROYALE, UN EXEMPLE DE PLACE URBAINE MUSÉIFIÉE (1998)

© François MARCOTTE

Extraits

Suite de l'introduction

LE CONCEPT DE PLACE ET SON USAGE À QUÉBEC

L’histoire de la place publique dans la ville de Québec ne se limite pas à la Place Royale. Moins riches en événements ou en usages que les places européennes en raison de leur relative jeunesse, les places québécoises témoignent néanmoins des mutations qui se sont produites dans la ville. En analysant le concept de place et son usage à Québec, nous verrons comment la place publique actuelle est une notion floue ayant des conséquences sur la création des nouvelles places.

Il y a quelques décennies, certaines places de Québec étaient des lieux privilégiés du déroulement de la vie économique et des échanges sociaux des habitants ; la place Jacques-Cartier et la place d’Youville, respectivement en basse et haute-ville, étaient autrefois des places de marché fort prisées. L’invasion croissante de l’automobile et sa pression sur les tissus urbains anciens, ajoutées à l’adoption de politiques urbaines faisant abstraction du rôle structurant des places à l’échelle des quartiers, ont conduit à la modification substantielle de ces espaces, voire à leur disparition complète comme la place Jacques-Cartier (1).

L’exemple de la « place Jacques-Cartier » actuelle est intéressant car il témoigne d’une double confusion du concept de place urbaine, à la fois d’ordre terminologique et morphologique. La première se situe dans la désignation de certains lieux comme place. Selon Hulbert (2), le terme est associé à tort aux complexes résidentiels, aux édifices à bureaux ainsi qu’aux centres commerciaux. Il note par ailleurs que certains espaces de circulation comme des carrefours, des élargissements de rue ou de simples terre-plein comme c’est notamment le cas de la « place Montcalm » sont aussi désignés par le terme place.

En multipliant les exemples fournis par Hulbert, nous arrivons rapidement au constat que le concept de place urbaine à Québec souffre d’une certaine incompréhension : un espace quelconque parfois résiduel de certains aménagements urbains devient une place par une volonté politique sans qu’une réflexion sérieuse n’ait été faite sur sa capacité à jouer un rôle socioéconomique à l’échelle du quartier.

Dans cet ordre d’idée, le récent projet de la place de la Gare est probant de la tendance à créer à Québec des places où priment les qualités esthétiques sur le rôle multifonctionnel de l’espace. D'abord, il faut se questionner sur le nom de « place de la Gare » alors que le communiqué de presse de la Commission de la capitale nationale (3), partenaire du projet, est assez ambigu en utilisant plusieurs terme : la « splendeur de la nouvelle place », « un parc urbain unique » et d’un aménagement « dans l’esprit des grands jardins français ». Par ailleurs, on parle de ce nouvel espace comme « d’un trait d’union entre la portion historique de Québec et le quartier Saint-Roch [...] » (4) alors qu’il est en réalité isolé des quelques îlots bâtis par d’importantes voies de circulation qui agissent comme frontière entre la place et le quartier. Pourtant, une proposition intéressante du CRAC (Comité régional action et circulation) suggérait le déplacement de la rue Saint-Paul en continuité du boulevard Charest vers la gare du Palais afin que la place soit plus fonctionnelle pour les citoyens du quartier (5).

Par cet exemple, nous constatons que cette conception de la place publique marginalise le rôle de cet espace dans la dynamique spatiale de la ville, en particulier sa capacité à satisfaire les besoins des résidents. C’est pourquoi il arrive que des groupes de citoyens s’organisent en s’appropriant des lieux comme ce fut le cas de l’îlot Fleurie. Mais dans le cas de la Place Royale, le contexte particulier de son aménagement que nous examinerons plus loin n’a pas permis une telle appropriation de l’espace.

À suivre



(1) Il existe actuellement une « place Jacques-Cartier » mais il s’agit d’un complexe immobilier qui s’est implanté sur l’ancienne place de marché.
(2) François Hulbert : « Places, parcs, jardins : enjeux autour de la recomposition d’espaces urbains », Québec, Université Laval, département de géographie, 1997, p. 2. (était à paraître)
(3) Commission de la capitale nationale : « La nouvelle place de la Gare - une porte d’entrée digne de la capitale », Québec, communiqué de presse, 3 juillet 1998.
(4) Idem
(5) François Hulbert, op. cit., p. 5.

Envoyé par - François - le jeudi 0 décembre 0000 | Commentaire (4)